HEUREUX DÉBUTS DU RÈGNE
dépouillé les populations les plus aisées de l'Empire et leur avait inspiré pour la mémoire de Basile, l'inventeur de cette charge inique, une véritable exécration. Il n'es! que juste de rappeler que Constantin V11I, au moment où la morl le surprit, s'apprêtait déjà à prendre île lui-même cette mesure d'une >i capitale importance I .
De même encore, Romain til sortir de prison un certain nombre de malheureux et d'abord Ions ceux si nombreux qui, dans tant de geôles de l'Empire, n'étaient enfermés que pour dettes. En une seule fois ce prince vraiment humain annula par décret toutes celles de ces dettes qui n'étaient qu'envers l'État. En même temps il payait généreusement de sa bourse toutes celles quï concernaient <les particuliers. Il fournit également des subsides aux évêques ruines par YAllêlengyon. Les infortunés captifs enlevés par les barbares Petchenègues à la suite de leurs fréquentes razzias au delà du Danube, furent de même par le~ soins de Romain soigneusement rachetés. Tous ceux que le défunt Constantin, ce prince au caractère si faible, si facile à tromper, avait ou fait mutiler ou dépouiller de leurs biens ou léser de quelque autre manière, furent dédommagés par l'octroi d'honneurs et de libéralités. Trois des plus importants sièges métropolitains d'Asie : ceux des cités de Cyzique, d'Euchaïta et d'Ephèse se trouvaient vacants. Romain y pourvut par la nomination de trois syncelles des plus méritants, aussi vertueux qu'instruits. Sur le trône épiscopal de Cyzique, il installa Démétrius Radinos, avec lequel, avant son élévation au trône, il avait été lié par l<s liens de la plus étroite amitié. A Euchalta, il nomma Michel, également nommé Radinos, proche parent du précédent 2 . A Ephèse • n tin , il envoya le syncelle Kyriakos, parent du patriarche Alexis Stoudite '■'< .
Jean le Protonotaire, l'ancien ministre du défunt hasileus Basile I . las des agitations du pouvoir, fatigué de la vie de cour, avait pris l'habit
;1 Voy. p. 20, note 1.
- Peut-être bien son frère : vniimv. Voy. Cédrénus, II, p. 874. Je possède dans ma collection de bulles de plomb byzantines deux sceaux .le membres de cette importante famille des Radinos.
(3) Voyez sur ces nominations : Gfrœrer, op. cit., III, pp. 130 et 131.
(4) Epopée, II, p. 621.
religieux et vivait au fond d'un monastère. Rappelé par le nouveau basileus, il fut créé par lui syncelle, c'est-à-dire coadjuteur du Patriarche, en outre surintendant de la maison de la seconde basilissa Théodora. Romain n'aimait pas cette vieille princesse et la soupçonnait injustement, malgré son grand âge, de quelque engagement secret, puisqu'elle lui avait, nous l'avons vu, refusé sa main (1). II la soupçonnait également de s'allier aux mécontents pour conspirer contre lui et Zoé. Aussi chargea-t-il tout spécialement l'ancien protonotaire de la surveiller très exactement. Ce fut là, pour la pauvre femme, peut-être pas tout à fait innocente des menées dont on l'accusa plus tard, le début de longues persécutions.
Beaucoup d'indigents, réduits à la dernière misère par les terribles taxes de Y Allélengyon, beaucoup de prêtres et de religieux aussi tombés dans le besoin, furent abondamment secourus par le basileus. Romain distribua également de très riches et abondantes aumônes pour le salut de son défunt beau-père Constantin et se fit, je l'ai dit, un généreux point d'honneur de réconforter tous ceux que ce prince avait injustement traités. Ainsi il s'empressa de conférer la très haute dignité de magistros à son beau-frère Skléros, mari de sa sœur qui, sous le dernier règne, on se le rappelle, avait été condamné tout à fait injustement à l'exil, puis avait eu les yeux crevés (2). De même, le patrice Nicéphore Xiphias, l'ancien rebelle d'Asie, exilé en l'an 1022 par Basile dans un monastère de l'île d'Antigoni, dans l'archipel des Princes (3), et maintenu constamment depuis dans cette claustration rigoureuse, fut gracié et rappelé dans la capitale en considération des services signalés qu'il avait rendus aux temps déjà lointains de la grande guerre de Bulgarie (4). Mais lui, décidément dégoûté du tumulte de ce monde, retourna presque aussitôt, cette fois de son plein gré, dans la vie du cloître. Il s'enferma pour le reste de ses jours au grand couvent de Stoudion, la plus illustre et vénérable maison monastique de la capitale.
(1) Voy. p. 58 iJu présent volume.
(2) Voy. p. 17 du présent volume.
(3) Épopée, II, p. :>ii. C'est par erreur que j'ai écrit, en racontant l'exil de ce personnage à Antigoni, que l'histoire ne parlait plus de lui dans la suite.
(4i lbid.,U, p. 215.
Encettemème année 1029, disent les chroniqueurs, toujours empressés à noter ces phénomènes célestes, «les pluies abondantes, tombées à la saison propice, produisirent dans tout l'Empire de très riches récoltes de céréales et d'huile. Le 23 mai, jour de la Pentecôte, fête très pieusement célébrée par l'Eglise orthodoxe, un violent tumulte populaire éclata dans la Grande Église durant les offices. L'origine en fut une lamentable contestation de préséance entre les métropolitains de séjour dans la capitale et les syncelles ou coadjuteurs du patriarche, sorte de chanoines du chapitre de Sainte-Sophie, auxquels ces hauts dignitaires ecclésiastiques ne voulaient pas céder le pas pour les sièges dans le « synthronon », c'est-àdire dans le chœur. Skylitzès qui note brièvement cet épisode curieux, ne nous dit pas en faveur de qui le différend fut tranché (1).
J'ai insisté plus haut sur les préoccupations d'ordre militaire qui, presque sans cesse, hantaient la pensée du nouveau basileus. 11 eut presque aussitôt après son avènement l'occasion d'en faire montre. Du côté de l'Occident, il ne restait guère de lauriers à conquérir. En Orient, par contre, il y avait de grandes el illustres choses à accomplir. Les expéditions des deux glorieux basileis, Nicéphore Phocas et Jean Tzimiscès, leurs victoires aussi grandes que répétées sur les Sarrasins, avaient reporté les frontières de l'Empire dans 1rs régions de la Syrie, jusqu'au delà de Damas. Basile II, leur non moins glorieux successeur, presque exclusivement absorbé par l'interminable guerre bulgare, n'avait pu, à travers tout son long règne plus que demi-séculaire, réaliser qu'une seule et quasi foudroyante incursion militaire en ces marches lointaines, mais la réputation de ses terribles armes avait presque constamment, durant cette longue période, contenu les entreprises des Musulmans. Tout avait subitement changé de face à la nouvelle de sa mort qui avait éclaté par toutes les terres chrétiennes d'Orient comme un glas funèbre, comme une délivrance, au contraire, pour les lils de Mahom. Apprenant la tin dece fameux homme de guerre qui, si longtemps, les avait forcés à garder une paix humiliante, enhardis par la faiblesse et la négligence trop connues de son successeur,
(1) Voy. sur cet inciilent : Gfrœrer, op. cit., III, p. 132.