DÉFAITE DV DUC D'ANTIOCHE PAR LES ALEPITAINS
émirs el princes musulmans avaient, à l'envie, de toutes parts, repris aussi tôt forci' et espérance. Dès les premiers jours du règne nouveau, malgré l'anarchie extrême dans laquelle se débattait le Khalifat de Bagdad, ils avaient attaqué diverses cités frontières qui, jadis, avaient été leurs I). Ils en avaient massacré les garnisons et réoccupé victorieusement ces postes avancés. Les mobiles contingents de l'émir d'Alep en particulier, n'avaient cessé depuis ce i ut d'inquiéter tous les districts frontières, la banlieue d'Antioche surtout, par des razzias incessantes. <VI émir était Abou Camel Nasser Chibl Eddaulèh, ce qui signifie <• le Lion de l'Empire ». Il était le fils de Saleb le Mirdàside, chef 'les Bédouins Kélabites (2), el régnait à Alep, conjointement avec son frère Mouizz Eddaulèh Abou'Olwàn Thimâl, depuis que leur père avait été, en l'an 1029, en mai ou en juin, tué avec leur plus jeune frère dans une bataille contre les troupes égyptiennes d'Anouchtikin Al-Douzbéri :! . général du Khalife du Kaire, à Ukhuwàna, près de Tibériade, sur le Jourdain i . Le duc byzantin d'Antjoche, Spondyle, qui parait avoir été un personnage aussi présomptueux qu'incapable, du vivant encore du basileus Constantin, avait résolu d'aller châtier ces éternels envahisseurs à la tête de forces considérables. Il ne se mit en marche que plusieurs mois après l'avènement de Romain, probablement après que la défaite et la mort de Saleh lui eurent donné l'espoir d'arracher facilement Alep à son tils. Nous ne savons de cette expédition qu'une chose, c'est que les dispositions du 'lue d'Antioche furent si défectueuses que, le :!l octobre de cette même année 1029, il fut honteusement défait avec dos pertes énormes par les contingents alépitains. Ce même jour, signe funeste el redoutable, une comète était apparue aux cieux, se dirigeant d'Occident en Orient.
(I) Voy. entre autres : Uni el-Athîr, op. cit., IX, p. 27i;.
2 Voy. Épopé-, II, pp. 607 et 611.
I Le « Toubser », ou « I ousper « des Byzantins,
I Voy. Freytag, Selecta ex Historiu Huiebi,p. L6. L'allié de Saleh, Hassan Uni Al-Djarrah, le lils d'Al-Mouffaridj, émir des Béni Tai voy. Épopée, II. p. liOT1, maître d'une notable partie de la Palestine, avait été contraint, après cette défaite, de se réfugier sur territoire grec. Deux ans après, en l'an 122 de l'Hégire, il marcha sur Apamée avec de nombreux contingents, s'empara de cette grande ville, la mit au pillage >'t emmena ses habitants en captivité. Anouchtikin Al-Douzbéri, tout récemment nommé gouverneur de la Syrie pour le Khalife, leva des troupes de ce côté pour l'attaquer. — Voy. Wiistenfeld, op. cit., p. 224, et Weil, op. cit., III. p. 71. Chibl Eddaulèh, déjà 'U ili de l'Hégire 1030 de J.-C.'i, chassa son frère du pouvoir qu'il conserva pour lui seul jusqu'en i^'.i de l'Hégire [oct. 1037 à oct. 1038 .
Le duc Spondyle et ses troupes désorganisées étaient rentrés précipitamment dans Antioche, et leur retraite avait semblé plutôt une fuite. A cette époque vivait depuis fort longtemps déjà dans cette grande ville, interné sous une étroite surveillance, un chef arabe que Skylitzès nomme Mousaraf, jadis fait prisonnier par les soldats de Pothos Argyros (1). Ce louche personnage, voyant qu'il lui serait aisé d'abuser de la crédulité de ce pitoyable duc d'Antioche, esprit aussi superficiel et mobile que facile à inquiéter, complota de recouvrer sa liberté en rendant du même coup un signalé service à ses coreligionnaires.
A travers le naïf et incohérent récit des chroniqueurs on devine une intrigue très subtile. Voici d'après leurs dires ce qu'imagina Mousaraf : Par d'habiles discours il commença par persuader à l'inepte chef byzantin de faire construire sur la hauteur aux environs d'Antioche, évidemment en quelque point stratégique important sur la route d'Alep, un « kastron » destiné à contenir les futures incursions des contingents ennemis. Le chef sarrasin jura même avec tant de sincérité apparente de consacrer le reste de ses jours au service de l'Empire à l'égal du plus zélé des Grecs, que Spondyle fut assez imprudent non seulement pour lui rendre sa liberté, mais encore pour lui confier le commandement de la garnison de mille hommes installée dans la nouvelle forteresse baptisée du nom de Ménik. A peine le traître avait-il pris possession de ce château qu'il fit savoir secrètement à l'émir de Tripoli et à Anouchtikin Al-Douzbéri, généralissime des forces du Khalife d'Egypte en Syrie, que le « kastron » était leur et qu'ils n'avaient qu'à en venir prendre possession. Ce qui fut fait aussitôt. Les deux chefs, accourus avec leurs contingents en suite de ces ténébreuses négociations, furent introduits en secret dans le château par Mousaraf et les mille soldats impériaux massacrés jusqu'au dernier. Au lieu de les inquiéter, ce poste ainsi tombé par trahison aux mains des Musulmans leur donna sur les chrétiens un prand avantage de plus. De ce jour leurs incursions sur territoire de l'Empire en ces régions devinrent pires chaque jour.
(1) Je ne sais à quel Pothos Argyros se rapporte ce renseignement de Skylitzès (voy. Cédr., II, p. 490). Ce ne peut être au Pothos Argyros qui vivait sous Constantin VII. Voy Un Empereur byzantin au X° siècle, p. 257, note 1. Voy. encore le Pothos Argyros dont il est question dans le présent volume.
OECl IRATION DE GUERRE I L'EMIR D'ALEP
Sur ces entrefaites Romain Ârgyros avait depuis plusieurs mois déjà 9uccédé à Sun beau-père Constantin Vlll. Gomme le nouveau basileus brûlait du désir de signaler ^'>n règne par des liants faits, il saisit avec empressement cette occasion de se venger des Sarrasins de Syrie en leur déclarant une guerre impitoyable. Psellos va jusqu'à dire que n'ayani l>as de prétextes sérieux pour fondre sur l'émir d'Alep, il en inventa.
IVOIRE BYZANTIN. Un dès-petits côtés d'un coj][ret conservé au Musée National a Florence (voy. les grav. îles pp. 69 et 77). — Les saints Serge et Bacchus. — XI ■ - XII ■ Siècles.
Il semble cependant que la prise par trahison du fort de Ménik constituait un motif suffisant pour des représailles sanglantes.
Aussitôt après la nouvelle de ces événements malheureux, Romain eut la pensée de partir pour la frontière de Syrie et de prendre personnellement la direction des opérations, mais comme il ne voulait engager celles-ci qu'appuyé sur une formidable armée, il fallut d'immenses et très longs préparatifs. En attendant, il s'agissait avant tout de mettre un terme définitif à de pires désastres. L'incapable Spondyle fut rappelé et une expédition organisée dans Antioche même pour châtier l'émir d'Alep. Le commandement en fut confié au patrice Constantin Karanténos, mari d'une sœur du nouvel empereur, nommé duc d' Antioche à la place de
7i LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODORA
Spondyle. On lui fournit des troupes armées à la légère pour garder avec soin 1rs passages et prévenir le renouvellement des incursions sarrasines, avec ordre aussi de causer à l'ennemi le plus de mal possible sans toutefois l'attaquer en bataille rangée avant l'arrivée du basileus. C'était ilaus le cours de l'an 1030.
Cependant, après de longs mois. Romain Argyros avait iini par se mettre lui-même en route. Les préparatifs, minutieusement décrits par Psellos sur le ton légèrement ironique que cet écrivain applique a tout le récit de cette expédition considérée par lui comme insensée, avaient été 1res considérables. On avait complètement réorganisé les cadres de l'armée dont on avait très notablement augmenté les elfectifs. On avait assemblé de très nombreux contingents de mercenaires étrangers, des russes principalement (1). Le basileus avec ces forces si belles, se croyait invincible. Malgré les avis plutôt pessimistes îles principaux cbefs, Psellos affirme qu'il taisait tresser déjà les couronnes et les guirlandes pour son prochain triomphe lors de son retour victorieux dans la capitale.
Ce n'était pas seulement l'avis unanime des chefs de l'armée qui se montrait hostile à une guerre offensive dans cette dangereuse région de la Syrie. Les éléments, comme aussi les présages funestes dont l'importance était si grande aux yeux des foules à cette époque, s'en mêlaient. Des pluies incessantes, d'une terrible violence, tombées durant tout l'hiver, du mois d'octobre de l'an 1029 au mois de mars de l'an suivant, avaient fait déborder les rivières et, en causant d'affreuses inondations, abîmé la plupart îles routes. D'innombrables bestiaux avaient péri. Les eaux stagnantes, demeurées sur le sol, avaient, en mille endroits, détruit les récoltes. Aussi percevait-on déjà les symptômes avant-coureurs de la famine qui devait, durant tout le reste de cette année 1030, désoler les principales provinces de l'Empire. Tant de malheurs avaient naturellement réveillé les superstitions populaires. Les chroniqueurs naïfs notent en particulier un phénomène effrayant qui épouvanta les foules et eut pour théâtre les pentes inférieures du haut mont Kouzinas dans le thème des Thracésiens. Sur les bords d'une source d'une abondance et d'une limpidité admira-
(1) Voy. Wassiliewsky, La droujina vxringo-russe, etc., 1er art., p. 136.