PROCESSIONS CONTRE LA SÉCHERESS
en 129 de l'Hégire I par le fameux général du Khalife d'Egypte, Anouchtikin ÂJ-Douzbéri 1 , avait été reconquise après la mort «!<■ ce dernier, arrivée deux ans plus tard, par If Mirdâside Mouizz Eddaulèh Thamal Ihn Saleh Ihn Mirdàa. Celui-ci, après de longues luttes contre les lieutenants du Khalife Mostançer, après avoir été reconnu à plusieurs reprises par ce dernier comme son gouverneur à AJep, linil par abdiquer volontairement et à remettre sa cité aux mains du lieutenant du Khalife. C'était en l'an lis de l'Hégire (3).
Après le passage 'les sauterelles qui avaient dévasté une foule de régions de l'Empire durant trois années, une sécheresse extraordinaire, toujours en celle année 1IKÎ7, désola principalement les provinces d'Europe. Elle dura six mois et amena une abominable famine dans les thèmes de Thrace, de Macédoine, du Strymon, de Salonique et jusqu'en Thessalie. On fit à Byzance des processions solennelles en tête desquelles marchaient les frères du basileus, portant de leurs mains les très saintes Reliques. L'Orphanotrophe portait le saint s Mandylion » (4) ou « saint Linge » avec l'empreinte de la face du Christ, autrement dit la Véronique ou Sainte Face, « don inestimable du Christ au roi d'Edesse Abgare ». Le grand domestique portait la sainte Lettre du Christ à ce même roi Abgare, et le protovestiaire Georges les saints Langes de l'Enfant Jésus. Ils allèrent ainsi à pied du Grand Palais aux Blachernes. Le patriarche, de son côté, processionnait avec le clergé. Hélas, au lieu de la pluie qu'on attendait, il tomba une grêle terrible qui abattit les arbres et brisa les tuiles des toits de nombreux édifices. L'Orphanotrophe, pour remédier à la famine dans la capitale, fit acheter dans les thèmes de la Grèce propre et du Péloponèse cent mille mesures de blé.
(i) Oet. 1037 à ort. 1038.
(2) Aboulfaradj raconte que durant cet intervalle, en 432 de l'Hégire (sept. 1040 à août 1041:, Anouchtikin repoussa victorieusement une attaque des Grecs contre Alep. Un cousin filins patrui) du basileus fut pris et un certain grand eunuque tué.
(3) Mars 1056 à mars 1057. Voy. sur ces événements Weil, op. cit., III, pp. 106 et loT.
(4) MavSûliov, incorrect pour MavTr.Xiov.
PIECE D'OR on dinar du Khalife d'Egypte Mostançer, frappée à Misr
en l'on ln',7 dé ./.-' '.
206 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODORA
Ce subside fut d'un très grand secours à la misère des citoyens. Ce fut, du reste, une année extraordinaire sous le rapport des phénomènes célestes. Le 2 novembre, à dix heures du malin, la terre commença à trembler. 11 en fut ainsi jusqu'à la fin de janvier ! La rigueur de la température fut extrême. Partout des frimas inouïs! Au dire d'AbouIfaradj, il aurait neigé à Bagdad ! Le Tigre aurait gelé en décembre six jours durant !
Skylitzès note à l'an 1038 un fait intéressant. Le nombreux clergé de la grande cité et du thème de Salonique se trouvait brouillé avec son métropolitain Théophane dont l'impitoyable avarice l'avait poussé à bout. Bien loin de soulager la misère de ses prêtres accrue par tant de calamités, ce prélat indigne, par son inique parcimonie, aggravait encore leur misère en se refusant obstinément à leur faire délivrer les allocations alimentaires accoutumées auxquelles ils avaient droit, d'où conflit violent. Le basileus qui, alors déjà fort malade, fréquentait assidûment Salonique où l'attirait sa dévotion extrême au tombeau de saint Démétrius, s'y trouvait précisément à ce moment. II manda le métropolitain et le conjura de pratiquer la justice et de faire son devoir de pasteur. Comme l'entêté prélat résistait à toutes ses injonctions, accumulant pour se défendre les plus mauvaises raisons, finalement se refusant à obéir, Michel, exaspéré, décida d'user de ruse pour châtier tant d'avarice. Il dépêcha à Théophane un de ses lidèles pour lui emprunter une somme de cent livres d'or, un « kentinarion », en attendant que l'eunuque Joannôs lui eût envoyé les sommes qu'il attendait du Palais Sacré. Le prélat, défiant et avare, jura qu'il n'avait point trente livres d'or chez lui. Sur l'ordre du basileus, on le mit dehors de sa demeure épiscopale où des perquisitions amenèrent la découverte de la somme énorme de trois mille trois cents livres d'or. Be cet amas de richesses, on commença par payer son dû au clergé régional, tout l'arriéré depuis le début de l'épiscopat de Théophane jusqu'à ce jour. Le reste fut sommairement distribué aux pauvres. Théophane, chassé de l'Eglise et de son siège, fut relégué dans une de ses terres. Le basileus le remplaça sur le trône épiscopal de Salonique par un certain Prométhée auquel il ordonna de fournir à l'exilé tout juste de quoi vivre sur le pied d'un simple particulier.
EVENEMENTS DE PERGR1 207
En cette même année I ( » : : T I , disent Tchamtchian 1 et Arisdaguès de Lasdiverd '■'< , Nicolas Kabasilas, «lit Chrysélios, d'origine bulgare, gouverneur impérial de la province nouvellement annexée du Vaspoura çan, étant parti en expédition avec des forces considérables pour reprendre la ville de Pergri, sur le lac d'Aghthamar, près d'Ardisch, que les Turks Seldjoukides avaient <lfjmis longtemps enlevée aux Arméniens, réussi! dans son entreprise. Il lit prisonnier Khtric ou Khédrig, émir de cette ville, ri y mil une garnison de cavalerie. Il lut ensuite remplacé par un autre gouverneur dont nous ignorons le nom qui, au lieu de défendre Pergri, s'en alla fort loin de là dans la province d'Artsakb i . très riche en fourrage pour sa cavalerie.
L'émir Khtric, bien que gardé à vue dans sa forteresse, trouva moyen de prévenir de ce dépari d'autres chefs seldjoukides qui bloquèrent soudain la ville, la prirent par surprise, la pillèrent et délivrèrent Khtric après avoir fait un grand massacre de la garnison byzantine. Les troupes impériales, cantonnées à Ârtsakh, ne parvinrent point à la secourir. Mais un dynaste arménien nommé Gandzi, aidé de son iils Tadjat, assembla quelques contingents arméniens et grecs, pénétra a son tour par surprise dan- Pergri par une brèche et força les quelques Turks qui réussirent à échapper à son glaive, de se retirer dans la partie la plus haute de la citadelle. Bientôt, faute d'eau et de provisions, les assiégés souffrirent cruellement. La troupe de Grecs et d'Arméniens qui avait espéré les surprendre, sûre d'en finir avec eux, se laissait aller à tous les délassements. Aussi fut-elle attaquée à l'improviste par d'autres Musulmans qui, secrètement informés par Khtric, avaient couru au secours de la place. Grecs et Arméniens périrent en foule. Gandzi fut tué. Son fils, avec beaucoup d'autres, ne dut son salut qu'à une prompte fuite. Les Turks rentrèrent chez eux chargés des dépouilles des morts. Cependant Khtric, ainsi délivré, pour se venger des atroces souffrances de >e> deux captivités, fit
(1) Ou plutôt 1U38. Voy. Murait, op. cit., I. 616 : « la même année que le haut fait de Barazbatzé à Éde--
(2) Éd. de Bombay. II, 917. Lebeau, op. cit. XIV, 280.
(3) Op. cit., pp. 50 sqq.
(4) Ou Ardzag. C'est peut-être, dit In'ljidj. la même localité qu'Ardzgué, Tille très ancienne du district de Peznounik'. de ta province de Douroupéran sur le lac Van. entre Ardjisch et Kh. lât.
creuser une fosse de la hauteur d'un homme. Il la fit emplir du sang des prisonniers qu'il faisait massacrer. Il y descendit et s'y baigna « pour calmer la rage dévorante de son cœur ».
L'an d'après, au printemps, le basileus envoya des forces plus nombreuses qui reprirent définitivement Pergri après un siège en règle. Les assiégés, terrifiés par l'action foudroyante des catapultes, capitulèrent.
MINIATURE BYZANTINE d'un très précieux manuscrit de /'Histoire de Skylitzès, de la Bibliothèque Nationale de Madrid. — Procession contre la Sécheresse. — (Millet, H'"-Études, C. 1SU0.)
Ils eurent la permission de se retirer avec leurs familles. « Dès lors, dit Arisdaguès de Lasdiverd, Pergri fut irrévocablement soustraite à la domination des Turks. »
En l'an 1038 ou plutôt 1039 (1), il y eut des hostilités graves sur la frontière de Géorgie. Nous n'en savons du reste que peu de chose. Le jeune roi de ce pays, Pakarat IV, qui était toujours encore en guerre avec l'Empire, ayant attaqué vivement avec toutes ses forces le vestarque Michel Iasitès (2), « catépano » ou duc de la Haute-Ibérie, c'est-à-dire de
(1) Murait, op. cit., I, 617.
(2) Ou Iasitas.
\FFAIRES DE GEORGIE
cette portion de l'Ibérie qui avait été réunie à l'Empire, l'eunuque Joannès el le basileus dépêchèrent au secours de ce dernier leur frère, le domestiqué des Scholes d'Asie, Constantin, « à la tète • 1 « - huiles les liions de l'Orient ». Ils avaient, chose curieuse, promis à ce dernier de lui envoyer comme collègue, pour le conseiller dans cette guerre d'ordre tout spécial, Constantin Dalassénos, pour lequel lui professait autant d'estime que ses
RUflfES D'ANI, la capitale des Rois des Rois Pagratides d'Arménie au XI » » Siècle. Église grecque. — (Phot. commun, par M. J. de Morgan.
frères, l'eunuque surtout, avaient de haine. On se rappelle combien le mérite de ce personnage, dont Joannès était le pire ennemi, faisait ombrage à celui-ci et comment il le tenait depuis trois ans enfermé dans une douloureuse captivité dans une tour de l'enceinte urbaine. Comme l'eunuque ne remplit pas sa promesse vis-à-vis de son frère et qu'au contraire il témoigna à Dalassénos d'une haine toujours plus grande, le gardant plus étroitement enfermé que jamais, exilant aussi toute sa famille qu'il ne songeait qu'à détruire 1 , Constantin, s'estimant de ce fait
(1) Il voulait faire disparaître toute sa rare, t tout le este (Je ses proches (, entre autres
insulté, car il avait l'ait une condition sine qaa non de cet envoi de Dalassénos à l'armée, battit en retraite sans avoir rien tenté contre l'ennemi, sans avoir obtenu le moindre résultat, avant même d'avoir mis le pied sur le territoire géorgien.
Voici comment {'Histoire de la Géorgie (1) raconte de son côté ces faits obscurs : « Le roi Pakarat, qui venait d'obtenir la soumission de quelques « éristhaws » rebelles dans le Kaketh, revint sur ses pas en hâte, parce que Liparit, « éristhaw » îles « éristhaws », commençait à se livrer à des démarches tortueuses. Même, peu de temps après, ce vassal rebelle dont il va être si souvent question dans la suite de ce récit, fit revenir de Grèce, avec une armée, le frère du roi, Démétré, afin de le faire roi lui-même. D'autres « didébouls » et « aznaours » s'étant joints a Démétré, traversèrent la contrée d'en Haut, et entrèrent dans le Khartli. Ils assiégèrent Ateni, place importante, et dévastèrent diverses contrées. Mais Liparit, les Kakhes et les Grecs qui étaient avec lui, ne purent prendre la place parce que les commandants des citadelles étaient tous des hommes résolus et dévoués à Pakarat, à l'exception de Pharsman, « éristhaw» de Thmogwi et de Bechken Djaqel, « éristhaw » de Thoukharis. Le roi Pakarat alla alors dans le Djawakheth, où il commença à bâtir les remparts d'Akhal- Kalak, qui était pour lors sans murailles. L'hiver approchant, les Grecs voulurent se retirer chez eux, et Liparit se réconcilia avec Pakarat, qui lui donna 1' « éristhawat » du Khartli. Les Grecs s'en allèrent donc dans leur pays, emmenant Démétré (2). On le voit, 1' « éristhaw » des « éristhaws i>, Liparit, était devenu bien complètement l'allié du basileus Michel contre son propre souverain (3).
Ce pauvre roi Pakarat eut une existence vraiment agitée. Ce fut,
ses frères les patrices Théophane et Romain comme aussi son neveu (àve<|»â« Adrien. Gédr., II, 521, 7.
(1) Éd. Brosset, t. I, pp. 318 sqq.
(2) Je ne sais pourquoi Brosset, Hist. de la Géorgie, I, note 8 de la p. 318, dit que cette tentative des Grecs ne parait pas être la même que celle dont parlent les Byzantins en 1038 (1039 pour Murait).
(3) Voyez dans Brosset, Inscriptions géorgiennes et autres recueillies par le Père Nersétl Sargisian, etc., un certain nombre d'inscriptions arméniennes encore existantes, datant de cette époque du règne du basileus Michel IV : une de l'année 1030. p. 23; une de l'année 1032, p. l'J, enfin celle de l'année 1036 du patrice Djodjic à l'occasion de la restauration d'Eoch, p. 11.