‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 49 sur 132 · AFFAIRES DE GÉORGIE 2H · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE GÉORGIE 2H

semMi'-l il, un soldai intrépide. Ses vassaux el ses voisins ne lui laissaient pas de répit. L'émir de Tiflis étanl mort, les « ber- », c'esi à dire les anciens de cette ville, lui Grenl hommage de cette grande ville. Il y lit une entrée triomphale.

i Après cela, continue l'Histoire de la d'orgie, Liparit, revenant à ses méchants projets d'insubordination, enleva traîtreusement à la reine Mariam, mère du roi, avec la ville d'Ani qui venait de se donner à cette princesse, divers » éristhaws t qu'il saisit aux portes de cette cité. Le roi, quittant Tiflis, vinl dans le Djawakheth et de là, par le Chawkbeth, en hiver, par d'horribles ouragans de neige, dans le Ehartli. Alors Liparit lit venir de Grèce une seconde fois Démétré, frère du roi Pakarat, appuyé de troupes et de trésors, el sema la division dans le royaume, les uns étant gagnés à Démétré, les autres restant lidèles au roi. Les Kakhes et leurs troupes, Davith roi Pagratide d'Agh'ouanie et ses gens tenaient pour Liparit et devenaient puissants de ce côté du Khartli. Toute l'adresse des deux parties était en jeu (1). »

Ici un détail très curieux : « Trois mille Vserings étant venus au secours de Pakarat, il les posta à Bach, en prit seulement sept cents et s'avança avec eux réunis aux forces du Ghida Khartli, sans attendre les Meskhes. » Les mercenaires russes ne s'enrôlaient donc pas seulement au service du basileus, mais aussi à celui de ses adversaires. Ceux qui venaient ainsi combattre à la solde du roi des Aphkhases, n'avaient qu'à Ira verser en droite ligne la Mer Noire dans leurs barques. Très probablement ils combattaient ici contre d'autres Vaerings, qui, eux, formaient l'élite des troupes du l>a~ileus Michel en ces parages. « L'on se battit, dit l'Histoire de la Géorgie, à l'entrée de la forêt de Sasireth. L'armée du Chida Khartli tourna le dos. Les Vaerings n'ayant pu prendre part au combat, Liparit fit donner des cribles, avec lesquels on prépara du pain, pour leur être présenté, de sorte qu'ils passèrent le temps gaiement (2).

A ce moment-là, Démétré, frère du roi Pakarat, étant déjà mort, Liparit était vainqueur sur toute la ligne. En vain Pakarat fit solliciter son

. 1 A propos de cette tentative de Démétré, ia ilimnique arménienne (voy. Histoire de la Géorgie, I, note 3 Je la p. ;jl dit . < Elle ne réussi! pas, el les troupes grecques qui se trouvaient avec lui Démétré s'en retournèrent, el le roi Pakarat devint grand. » 2 Cette phrase obscure ■•-t pour moi incompréhensible.

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arrogant vassal de lui accorder une entrevue. Il parait que la haine entre ces deux hommes remontait à des causes intimes profondes. Nous verrons plus loin que Pakarat aurait séduit la femme de son vassal, le second en puissance après lui. Liparit, par représailles, se serait de son côté porté aux derniers outrages envers la reine Mariam, mère de Pakarat. Le roi vaincu rentra en Aphkhasie.

La lutte recommença presque aussitôt entre les deux hommes et leurs partisans i I . Une grande bataille fut livrée auprès de la forteresse d'Arqis-Tzikhé. Cette fois les Grecs, dont la politique avait dû subir un changement par la mort de Démétré, combattaient du côté de Liparit avec les Kakhes et les Arméniens. Liparit fut encore une fois vainqueur et mit Pakarat en fuite. Toutes les forteresses du hautKhartli, dont les chefs prisonniers furent mis à la torture, tombèrent aux mains du vainqueur.

Liparit, poursuit Y Histoi?-e de la Géorgie, devenu très puissant, marcha alors avec cette même armée contre la forteresse de Tovin, pour faire la guerre à l'émir de cette ville, Abou'l Séwar, dans l'intérêt du basileus, puis il revint dans ses domaines.

Presque en même temps, en l'année 1041 probablement, peut-être seulement en 1042, d'importants événements s'accomplissaient dans le royaume même d'Arménie (2), sombre prélude de la fin lamentable si prochaine de ce malheureux royaume. Le roi des rois d'Arménie, autrement dit « roi Pagratide d'Ani », Jean Sempad III (3), et son frère Aschod, également Pagratide, le roi de Tachir, étant morts à un an environ l'un de l'autre, le premier, suivant Mathieu d'Édesse, en l'an 489 de l'ère arménienne (4j, le second en l'an suivant (5), il y eut un interrègne de

(1) Histoire de la Géorgie, I, p. 322.

(2) Voy. Tchamtchian, II, 910, ut surtout Arisdaguès de Lasdiverd, éd. Prudhomme, pp. 60 sqq.

(3) Ou o Sembat Johannès ».

(4) Mars 1040 à mars 1041.

(5) Aschod était en réalité mort le premier. Son rorps, transporté à Ani, fut enterré auprès de ceux des rois ses pères. Son frère Jean Sempad, qui redoutait infiniment sa force et sa bravoure, l'avait constamment tenu à l'écart de la capitale. Les historiens nationaux parlent de ce prince comme d'un héros national. Après sa mort, dit Mathieu d'Édesse, les troupes se relâchèrent du frein de la discipline et prirent en aversion le métier des armes ; elles courbèrent leur front sous le joug de la servitude des Romains, s'adonnèrent aux plaisirs de la table et firent leurs délices de la lyre et de la voix des chanteurs. Renonçant à cette union qui avait été l'élément de leur force, elle ne volèrent plus au secours les unes des autres. Les pays que le fer dévastait n'étaient plus pour elles qu'un sujet de plaintes lugubres ; elles se

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quelques semaines (I). A partir de ce momenl l'histoire de l'Arménie n'est que l'histoire de son agonie dans sa lutte désespérée non plus celte fois contre les Musulmans mais contre l'Empire de Byzance.

Les grands du royaume ne pouvaient s'accorder sur le choix du

successeur de Jean Sempad ni sans postérité 2\ et un parti existait

qui voulait l'exclusion de Kakig 11, lils d'Aschod, âgé seulement de quatorze ans 3). De ce fait, il y eul un interrègne d'environ deux ans. Cependant, un haut et perfide personnage, le vestis Azad | i ; Sarkis, prince de Siounik', intendant ou « vestis " du dernier roi, descendant de Ilaïg, profitant de l'anarchie générale pour trahir sa patrie, après avoir mis à sac le trésor royal des anciens rois et s'être enfermé un moment dans la citadelle même d'Ani, s'était retiré en emportant ses RUINES D'ANI, la capitale des l!"in des Rois Pagratides

d'Arménie au XI"' Siècle. — li;ili.<e </<■ Sourb-Grigor, — richesses mal gagnées, (Phot. commun, par M. J. de Morgan.)

dans une de ses forteresses d'Aphkhasie nommée Sourmar'i, dans le district de Djogadk', d'où

il avait agrandi par de nombreuses conquêtes de bourgs et de châteaux

contentaient de pleurer la perte de leurs frères, et s'abandonnaient réciproquement au glaive des Grecs. Ce fut ainsi qu'elles entraînèrent la ruine de leurs compatriotes et qu'elles méritèrenl d'Être comptées au rang de leurs ennemis. — Pour Tchamtcliian aussi io/i. cit., II, 122). Jean Sempad mourut dès 1039. — Voy. sur 1rs inscriptions précisant la date de la mort du roi Jean Sempad : Arisdaguès de Lasdiverd, éd. Prudhomme, note delà p. 50.

(1) Et non « de deux ans », comme le dit Tchamtchian.

(2) Voy. à ce sujet dans Arisdaguès de Lasdiverd, éd. Prudhomme, la note 2 de la p. GI.

(3) De dix-sept ou encore de dix-neuf ans, suivant d'autres sources.

(4) Ou « le noble ».

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ses domaines patrimoniaux, puis il était revenu à Ani, dont il tenait toujours la citadelle, avec l'intention de s'y faire proclamer ro:. II avertit le basileus et lui offrit la suzeraineté du royaume. « Le jeune prince Kakig, dit Samuel d'Ani, n'avait pas les inclinations belliqueuses nécessaires chez un prince, d'autant plus nécessaires qu'à cette époque les Ismaélites (1; s'agitaient, les Scythes (2) menaçaient d'une attaque, et les Grecs, alors soumis à une femme (3), n'étaient pas tranquilles. Pour Kakig, élevé dès l'enfance dans la lecture des livres, il s'y appliquait encore après son avènement. »

Mais presque aussitôt, le basileus Michel, qui avait appris ces événements, se basant, très justement semble-t-il, sur la célèbre cession post mortem faite à Basile par le roi Jean Sempad dès l'an 1019, avait envoyé réclamer la possession de la ville et du royaume d'Ani, exhibant à cet effet la lettre fameuse dont j'ai parlé souvent déjà (4), par laquelle cette cession avait été formellement consentie en faveur de l'Empire par ledit roi pour l'heure de sa mort. Michel exigeait l'exécution pure et simple de ce contrat en retour duquel Jean Sempad avait reçu de la part de l'Empire des présents et des honneurs durant quinze ans. Le basileus entendait profiter de cette occasion unique pour transformer l'Arménie vassale en simple province de l'Empire.

Les historiens arméniens, qui sont seuls à parler de cette première expédition byzantine en Arménie, alors que les historiens grecs ne parlent que de la seconde, disent que le basileus fit appuyer sa demande par une armée de cent mille hommes. Hélas, nous ne connaissons même pas le nom du chef qui commandait cet immense armement, probablement bien exagéré. Était-ce peut-être toujours le domestique des Scholes Constantin, le frère du basileus? (o). Sarkis (6), qui semble avoir été une

(1) C'est-à-dire « les Arabes ».

(2) C'est-à-dire « les Turks ».

(3) La basilissa Zoé.

(4) Voy. pp. 36, lil et 199 du présent volume.

(5) Mathieu d'Édesse, op. cit., p. 08, dit par erreur, me semble-t-il, que le basileus Michel vint de sa personne à la tête de l'armée jusqu'en Arménie.

(6) « A cet époque, dit fort bien M. Grene, op. cit., p. 123, en dehors de la dynastie des Pagratides, dont le seul représentant survivant était le jeune lils d'Aschod, Kakig, il y avait en Arménie deux familles: celle des Pakhlavides et celle des princes de Siounik', qui, par leur puissance et leur influence, pouvaient se poser en prétendants au trône royal. Les représen-

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parfaite figure de traître, se rendil en secret dans le camp des Grecs établi sous les murs mêmes d'Ani. la vieille cité royale d'Arménie. Il s'y rallia à eux, qui avaienl été prévenus par lui de tout ce qui se passait et s'oflril déloyalement pour les aider à conquérir définitivement ce vieux royaume que le roi Jean s'étail engagé à leur céder au moment de sa mort et que le faible successeur de ce dernier se refusait à leur livrer.

Les sources arméniennes parlent de plusieurs invasions successives des forces impériales conseillées el guidées par Sarkis. Lors de la dernière, il y eu! une action décisive sous les murs d'Ani. Il y avait longtemps que l'antique capitale des Pagratides n'avait vu flotter au pied de ses murailles les étendards du basileus de Roum. Dans cette terrible extrémité, l«' courage de la nation arménienne, affaibli par tant de dissensions intestines, semble s'être relevé I . Les nobles et leurs vassaux, demandant à marcher contre un ennemi qui venait porter la guerre dan- leurs foyer-. le blasphème et l'injure à la bouche », accouraient de toutes parts se ranger sous la bannière du chef du parti dynastique national : le vieux et illustre généralissime Vakhram le Pakhlavide, assisté de son non moins illustre el héroïque neveu, fils de son frère, Grégoire ou Krikorikos, surnommé Magistros, et de trente autres nobles, ses parents. Ces mortels ennemis du prince de Siounik' furent seuls à ne pas perdre courage dans ces heures si critiques. Mathieu d'Edesse avoue cependant que beaucoup de province* se soumirent pour éviter l'extermination dont les menaçaient les envahisseurs. Il n'est pas question, dans ces douloureuses conjonctures, du jeune roi Kakig II, non encore installé ni accepté par la masse de la nation. Probablement sa jeunesse et son inexpérience le maintenaient à l'écart de la tragédie qui se livrait sous les murs de la capitale de ses pères. Sarkis, lui, ne songeait qu'à une chose : ou se faire proclamer roi. ou devenir du moins le maire du Palais du jeune el inexpérimenté Kaki?.

tants des Pakhlavides étaient le vieux généralissime Vakhram, son fils Grégoire ou Krikorikos et son neveu, le fils du martyr, le fameux magistros également nommé Krikorikos. Les princes de Siounik' étaient représentés parle non moins fameux Sarkis.

(1) A ce même moment, on autre haut homme d'Arménie, Davith Anhogh'in, s'était enfui en Agh'ouanie et, y ayant recruté une foule de partisans, faisait en Arménie des incursions dévastatrices. Mathieu d'Edesse, éd. Dulaurier, chap. XLV1II.

L'action ne devait pas larder à se dénouer. Vakhram, ayant divisé son armée en trois corps, sortit de la cité royale d'Ani par la Porte de Dzalcotsi ou Dzaghigots, ce qui veut dire « la Porte des Jardins ». A la tète de vingt mille cavaliers et de trente mille hommes de pied (1), il attaqua à l'improviste, avec l'énergie du désespoir, l'armée byzantine qui, après avoir ruiné, saccagé, dépeuplé toute la contrée environnante, était occupée à préparer les balistes, catapultes et autres machines de siège. Surpris par celte attaque violente au delà de toute expression des guerriers arméniens, « pareils à des hèles féroces rendues furieuses », les soldats de Roum, i dont l'orgueil et la jactance étaient extrêmes », furent, contre toute attente, taillés en pièces et impitoyablement exterminés. Leur sang alla rougir les flots du bruyant Akhourian qui roule ses eaux sur le côté de la ville, dans un ravin profond d'une sauvagerie extrême. Ce fut un désastre sans nom. Les Arméniens, fatigués de tuer, s'excitaient au massacre par des cris de rage. Beaucoup de soldats grecs périrent, d'autres furent noyés. En vain les survivants demandaient grâce, en vain « le saint généralissime Vakhram le Pakhlavide », s'interposant comme un médiateur, suppliait ses guerriers de cesser cette tuerie! Seulement un fort petit nombre d'Impériaux purent échapper à la mort et s'enfuir sur territoire byzantin, à travers des souffrances infinies. La défaite de l'armée grecque fut complète. « Depuis lors, s'écrie fièrement l'historien national, Mathieu d'Edesse, les Romains ne vinrent plus revendiquer la cité d'Ani. Ils s'en retournèrent honteusement à Constantinople, auprès de Michel. » Hélas, c'était pour bien peu de temps que l'Arménie était ainsi sauvée !

L'habile Sarkis, dont les Pakhlavides, partisans dévoués des Pagratides, venaient ainsi d'arrêter les vues ambitieuses, trouva cependant moyen de rentrer dans Ani et de donner le change sur les motifs de son absence. A peine de retour, il se remit effrontément à conseiller aux Grecs de recommencer leurs attaques. Mais sur ces entrefaites le basileus Michel IV vint à mourir. L'Arménie se trouvait alors dans le plus pitoyable étal. Davith-sans-Terre, roi Pagratide Agh'ouanie, venait de fondre, à l'inspi-

(1) Trente raille hommes seulement en tout, au dire de Mathieu d'Edesse. Tous ces chiffres sont comme toujours infiniment problématiques.

COI R0NN1 MENT Dl ROI KAKIG II

ration des Grecs, sur la province de Chirag I . C'étail du reste pour son

propre compte que ce prince agissail ainsi el pour se faire procli r, lui

aussi, roi d'Arménie. L'agonie de ce beau royaume el de son antique el glorieuse dynastie allai! se terminer smis le règne du second successeur île Michel IV. le basileus Constantin Monomaque.

C'esl vers ce même momenl que le jeune roi Kakig, lils d'Aschod, neveu de Jean Sempad, qui devail être le dernier souverain indépendant d'Arménie, fui enfin reconnu roi par ses peuples à la faveur de ces événements. Voici comment Mathieu d'Edesse raconte ces faits : (2) « A celte époque fut suscité un jeune homme de dixneuf ans, nommé Kakig, de la race des Pagratides, lils du roi Aschod le Brave. Ce jeune prince était très vertueux, d'une

piété exemplaire. Tous RUINES D'ANI, la capitale des Rois des Rois Pagratides ' l d' [rmênie an XI"" Siècle. — Inscriptions lapidaires sur les

1rs barons d'Arménie, parois de la cathédrale. — (Phot. commun, par M. J. de

Morgan.)

principalement ceux qui

avaient conduit l'action contre 1rs troupes de Michel IV, se rendirent auprès du patriarche, le seigneur Bédros, et Kakigll, dans la splendide cathédrale d'Ani, fut sacré roi d'Arménie, par la grâce de l'Esprit saint et d'après l'ordre d'un prince illustre, ordre en vertu duquel notre grand et saint patriarche accomplit cette cérémonie. Ce prince illustre était de la race de Ilaïg et, par son père, descendait de la famille des Pakhlavides. Il portait le nom de Grégoire (3), comme issu de notre saint Illuminateur. Il brilla comme un second Samuel, émule du premier, qui sacra

1 Le vieux général Vakhram le vainquit deux toiset obtint qu'il retournât dans ses États. Tchamtchian, <>v. cit., II, 919.

i Op. cit., éd. Dulaurier, pp. 70 sqq.

:(. Krikorikos.

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David, roi d'Israël. Ce fut lui qui établit Kakig roi de toute l'Arménie. » Cet événement, au dire de Tchamtchian, eut lieu en l'an 1042. Samuel d'Ani fait du nouveau souverain le portrait le plus flatteur. Malheureusement, il était plus fait pour la vie pacifique des lettres que pour celle des camps qui était alors celle de sa malheureuse patrie de toutes parts assaillie par mille ennemis féroces.

Le prince illustre, « restaurateur de la couronne d'Arménie, » dont il s'agit ici, était Krikorikos ou Grégoire Magistros, héros national, qui devait jouer un grand rôle dans l'agonie de son pays. Ce personnage célèbre, dont les historiens arméniens font un éloge enthousiaste, devait son surnom de « Magistros » à la haute dignité de ce nom qui lui avait été conférée par le basileus.

Dans l'intervalle de ces événements, je le répète, le basileus Michel IV était mort. Pour la suite de l'histoire des luttes entre l'Empire et l'Arménie agonisante, je renvoie aux règnes suivants.

Passons à l'autre extrémité de l'immense Empire, aux thèmes byzantins d'Italie, pour dire ce qu'il advint en ces lointains parages occidentaux sous le règne de Michel IV, le Paphlagonien.

L'étoile de Pandolfe, le fameux prince de Capoue, y montait sanscesse plus haut à l'horizon ! Il dominait alors sans conteste dans toute l'Italie méridionale en face de l'influence grecque, fort diminuée depuis le départ de Bojoannès. Seuls les princes de Bénévent et de Salerne maintenaient encore leur indépendance vis-à-vis de lui. Tremblant de voir sa principauté subir le sort de toutes les autres seigneuries longobardes, le nouveau seigneur de Salerne, Guaimar V, fils et successeur depuis l'an 1027 de ce Guaimar IV qui avait été le premier à recevoir et attirer les Normands en Italie, saisit en 1035 (1), à la suite d'une vive discussion de famille, la première occasion pour rompre avec Pandolfe, dont il avait été jusqu'ici l'allié si dévoué (2). Il était cependant par sa mère le propre neveu de ce dernier, mais comme lui violemment ambitieux du premier rang. Voyant

(1) Plutôt en 1036 seulement, suivant l'opinion de M. Chalandon, op. cit., f. 84.

(2) Voy. sur le caractère de Guaimar V : Delarc, op. cit., p. 83. — Voyez pour le détail de ces événements, lleinemann, op. cit., pp. 62 sqq.

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