‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 8 sur 132 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

Degrand, C. Enlart, R. Kœchlin, E. Bertaux, J. de Morgan, Dobrusky de Sofia, le professeur Sp. Lambros, doyen de l'Université d'Athènes, le père Petil des Assomptionnisles de Kadi-Keuï, le général de Beylié, la Société orthodoxe palestinienne, la Société impériale russe d'archéologie, la Société historique d'Athènes, qui m'ont confié et autorisé à reproduire les plus intéressants objets de leurs collections ou les plus précieuses photographies. Je dois des mentions spéciales à M. le professeur H. Grœven de Trêves qui a bien voulu me communiquer les photographies de quatre monuments inédits intéressants entre tous et se dessaisir en ma faveur du droit de les publier, et à mon jeune et savant ami M. Adamantios Adamantiou d'Athènes qui, avec un zèle touchant, a bien voulu m'économiser un temps précieux en traduisant à mon intention de très nombreuses pages de Psellos, cet auteur d'une lecture si peu aisée. MM. Hachette ont été, comme pour mon précédent volume, les plus aimables et les plus parfaits des éditeurs.

J'ai définitivement renoncé à publier le volume complémentaire que je destinais à l'art et à l'archéologie de la période dont je viens de terminer l'histoire. Je ne me sens plus assez vaillant pour entreprendre une œuvre aussi considérable dont je laisse le soin à de plus jeunes que moi. Je me bornerai tout au plus à publier d'ici à quelques mois un fascicule contenant la table des noms d'hommes mentionnés dans les quatre volumes de mon histoire, avec celle des illustrations groupées par catégories.

En terminant ce long el pénible travail, je ne puis que répéter le vœu que je formulais à la fin de Y Introduction du tome second : « Puisse le public de plus en plus nombreux qui s'intéresse aux choses de Byzance accueillir avec indulgence ce nouveau livre consacré à sa tragique et merveilleuse histoire (1) » !

Gustave Schlumberger.

Paris, Août 1904.

(1) Pour la Bibliographie des sources très nombreuses, je renvoie, comme pour le volume précédent, à celle très copieuse que j'ai publiée à la page 779 du tome I de l'Epopée. Les travaux ou documents que j'ai consultés exclusivement pour ce tome troisième sont cités en note. Je n'ai pas cru devoir reproduire une fois de plus les titres de cette longue suite d'ouvrages qui occupe plusieurs pages du tome I et à laquelle je prie qu'on se reporte en cas de besoin.

I OFFRET de bois à reliques, recouvert de plaques d'os sculptées avec tr lorare

ancienne. — Partie supérieure. Figure empruntée à on groupe antique et deux guerriers. — Travail byzantin d'origine italienne des -XI'- on XII Siècles. — Trésor de la cathédrale apo d'btria en htrie. — i.r,r.i,. Elfeobeimv., //. 16.

Mkfïïl

VIII demeun seul l>asileus d'Orient par ta mort de son frère Basile II. — ( iractère de ee

I rîn se. — Débuts du règne. Le pouvoir aux mains des eunuques. — Mesures de rigueur contre divers hauts

i nages. — Agressions des Petchenègues des corsaires sarj -ius. — Traité avec le Khalife d'Egypte.

Affaires de Géorgie et d'Arménie. — Affaires d'Italie. Ambassade de l'évêque Werner de Strasbourg à

Constantinople. — Mariage de Zoé, héritière du trône des basileis, avec Romain Argjros. — M<>i

Constantin VIII, le 11 novembre I0â8

n asile II, un des plus grands parmi les souverains de j) Bvzance, avait porté à nouveau, durant son règne de près de soixante années . la puissance des successeurs de Constantin à un degré inouï, inconnu depuis les temps glorieux de Justinien. Tous les adversaires les plus redoutables de l'Empire avaient été successivement détruits, abattus ou soumis. Le Trésor regorgeai! d'or. Tous les souverains étrangers sollicitaient le titre d'alliés-de l'Empire. Kl cependant, à peine le héros septuagénaire fut-il couché dans la tombe que l'éclatanl soleil qui avait si longtemps brillé sur la Ville gardée de Dieu commença à s'obscurcir. De lourds nuages s'accumulèrent presqu'aussitnt à l'horizon, sinistres avant-coureurs des pires tempêtes.

SOU D'OR -'" ■as i onstantin 17//.

2 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA

Tous 1rs chroniqueurs byzantins, Skylitzès, Zonaras, Clycas, Psellos aussi, bien qu'avec des réticences, celui-là exactement contemporain et témoin oculaire du règne, nous tracent de Constantin VIII un portrait infiniment peu flatteur à la date où, par la mort de son frère, le grand basUeus Basile II, qui l'avait, on se le rappelle, solennellement désigné pour sun successeur, il demeura, étant pour lors âgé d'environ soixantecinq ans 1 . le seul maître de l'immense Empire victorieusement restauré et relevé par ce dernier. Il fut proclamé basileus unique immédiatement après In mort de son aine (2 '■. J'ai tracé déjà, surtout d'après Psellos, dont le témoignage est ici si important, la description aussi complète que possible de ce caractère lamentablement faible (3). Constantin VIII, disent à l'envi les chroniqueurs, à l'opposé tout à fait de son illustre frère, était de nature infiniment molle, indolente i , liés efféminée, de vie étrangement dissipée et oisive. Aussi Basile n'avait-il jamais consenti à l'associer au pouvoir effectif. Extrêmement enclin à toutes les sortes de jouissances, il se plaisait particulièrement aux spectacles, aux divertissements licencieux. Sans cesse environné d'un groupe de familiers détestables, presque tous de basse extraction, il aimait à assister en leur compagnie aux courses de chevaux ou de chars, à t<>us les spectacles excitants de l'Hippodrome de Constantinople, aux représentations le plus souvent honteuses îles mimes et des baladins, passant ses jours à festoyer, à chasser, ses nuits à boire, à jouer aux dés. Il était avare, de nature très emportée.

A son avènement, il trouva le trésor de l'Empire rempli des sommes énorme- .'i accumulées par son frère et ne sut qu'en faire le pire usage, dissipant presque incontinent ces immenses richesses. Il n'était pas précisément lâche, mais son âme était vile, fuyant toute peine. Bien qu'il fût île prestance superbe, de très haute taille, bien constitué, d'essence très robuste, il ne pouvait supporter sans fatigue le poids de son armure de

1 Voy. Epopée, I, p. :i2S, note 2. Psellos fait erreur, semble-t-il, en disant qu'il était âgé de soixante-dix ans.

2 « Le lundi 13 décembre, dit Yahia, de grand matin. " En réalité ce fut le 15 décembre. Basile ''tait mort à la neuvième heure de ce jour.

3 Épopée, I. p. 333.

i " 'Pa8u|io; xai où Trivj rcepi tyjv T)yE|XOviav cmouSâÇuv ". dit Psellos. — Voy. le portrait tirs chargé de ce prince, tracé en opposition à celui de son frère, dans Manassès (vers 6033 à 6050). (5) On se rappelle qu'à la date de la mort du Bulgaroctone, il n'y avait qu'un arriéré d'impôt de deux année*.

PORTRAIT .VOUAI DE CONSTANTIN Vlli 3

mailles. Le smi des instruments guerriers lui étail . parail il, insupportable.

J'ai dit, dans la première partie de celle histoire, combien son rôle

avait été effacé durant le règne si long de Basile. Maintenant sa saule

jadis excellente était devenue à tel point mauvaise par l'âge, la goutte el les excès, qu'il était parfaitement incapable «le conduire au combat les armées impériales.

.le n'hésite pas à reproduire presque eu entier la description si vécue que Psellos nous fait de ce prince : s II était, nous dit-il, d'une volonté si faible que. le pouvoir n'avait pour lui guère d'attraits. Bien qu'elle habitât un corps robuste, son âme était timide. Trop âgé déjà, lors de son avènement, pour diriger en personne les guerres de l'Kmpire, il se dédommageait de cette infériorité en se montrant dur à l'excès à la moindre

nouvelle fâcheuse. Au lieu de c battre les nations barbares les armes à

la main. Il préférait les empêcher de nous faire la guerre en distribuant aux chefs «les dignités et des présents. D'autre part, il traitait avec la dernière rigueur ses sujets rebelles, les faisant châtier et mutiler cruellement. Plus prompt à la colère que quiconque, il ajoutait foi à toutes les calomnies, accablant de ses cruautés tous ceux qu'il soupçonnait d'aspirer au pouvoir. Il ne combattait pas ceux-ci à ciel ouvert, face à face; il ne leur infligeait ni l'exil, ni la prison, mais de suite il leur faisait crever les yeux! Insouciant de toute équité dans la distribution des châtiments, il punissait avec une égale sévérité les plus vénielles comme les plus coupables fautes, aussi inexorable pour l'intention seule du crime que pour le crime accompli. Son but unique était de s'assurer ainsi la tranquillité la [dus complète au prix de ces condamnations foudroyantes autant que draconiennes qui paralysaient et détruisaient instantanément toute hostilité, même naissante. Il traitait avec la même dureté les plus grands et les plus petits, n'épargnant pas les hommes d'Eglise, pas même les plus hauts placés. Une fois qu'il s'était mis en colère, il devenait presque impossible de lui faire entendre raison. Malgré ce caractère essentiellement irascible, il n'était pas étranger à toute pitié. Il savait se montrer compatissant pour les grandes infortunes, l'ami des malheureux. Il n'avait du reste pas la rancune opiniâtre comme son frère Basile. Ses irritations les (dus violentes étaient de courte durée. Il se repentait alors amèrement des

4 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET TBÉODORA

cruautés qu'il avait commises. Si, dans le cours de sa fureur, quelqu'un parvenait à lui faire entendre raison, loin d'en vouloir plus tard à celui-ci OU de le faire punir, il lui savait gré de l'avoir empêché de sévir. Par contre, si personne ne parvenait à se mettre en travers de sa colère, il brisait tout. Mais tout de suite aussi la raison lui revenait. II regrettai! alors sa folie, se jetait en pleurant dans les bras de celui qu'il avait maltraité et s'efforçait de justifier ses actes par des accents tels qu'ils faisaient couler les larmes des yeux de ses propres victimes.

« Il avait la main large à faire le bien, plus peut-être qu'aucun autre basileus, mais cette bienfaisance n'était jamais ni équitable, ni égale. 11 comblait de ses munificences ceux qui l'entouraient, mais il oubliait presque totalement ceux qui étaient au loin. Il ne faisait guère sa société que des eunuques du Palais qui étaient en réalité ses seuls amis. Ceux-ci', qui étaient d'humble naissance, généralement d'extraction païenne et barbare, ayant été élevés sous ses yeux, avaient pris de lui quelques-unes de ses qualités. Chose étrange, ces hommes s'efforcèrent, en général, de racheter l'ignominie de leur origine par leurs actes et se montrèrent d'esprit plutôt libéral, nullement avides de s'enrichir, plutôt empressés à rendre service, à combler chacun de leurs bienfaits (1). »

Ce faible et vieux souverain, si longtemps maintenu au second plan par siui frère, si longtemps confiné dans son rôle subalterne de second basileus, se trouvait enfin le maître d'en agir à sa guise. Comme je l'ai dit, il abusa presqu'aussitôt de ces pleins pouvoirs illimités. Apre à réparer les années perdues, sentant que le temps pressait, il s'en donna à cœur joie, « à bouche que veux-tu », dépensant sans compter pour ses plaisirs les immenses trésors de l'État accumulés dans les souterrains du Grand Palais avec tant de vigilance par son frère. « Ce fut comme son idée fixe, sa préoccupation unique, a-t-on dit fort bien, de dépenser ces richesses. » Il y en avait pour deux cent mille livres.d'or, au dire de Zonaras, qui se

(i; Yalii.i, oji. rit., éd. Rosen, p. 69, dit que Constantin fit mettre aussitôt en liberté tous les complices de Nicéphore Phocas et de Nicéphore Xiphias qui, pour avoir prêté secours à ces deux rebelles, avaient été emprisonnés par ordre de Basile, ainsi que beaucoup d'autres condamnés ;'voy. Épopée, H, pp. 314 sqq. . L'écrivain syrien est seul à parler de cette amnistie, dont les Byzantins oe semblent rien savoir. Mathieu d'Édesse dit pourtant, on le verra plus loin, que Constantin lit ouvrir les prisons à son avènement.

riïISTES DÉBUTS l>l RÈGNE

sim-I encore ici de cette expression pédantesque de « talents » donl probablement Psellos esl le véritable éditeur responsable. Si vraiment « talents i signifie « livres », il v en avail pour un nombre considérable de millions.

« Le mal que ce pauvre basileus lil en très peu de temps fut immense », dit, probablemenl avec quelque exagération, Skylitzès. Toul ce que Basile dans son règne si long avail assemblé autour du trône de fonctionnaires capables ou distingués par leur naissance ou leurs vertus dans les plus liantes fonctions de l'État, tout ce qu'il y avait de personnages considérables et dévoués à la dynastie, aussi bien dans le domaine civil que dans l'ordre .militaire, fut instantanément congédié, disgracié, remplacé dans les postes les plus élevés par les compagnons de plaisir, plutôt de débauche, du nouveau basileus, tous individus des moins recommandantes, s'il faut en croire la plupart des

chroniqueurs. Tous étaient de basse origine, pas un de naissance noble. Celaient d'anciens esclaves, des eunuques, des étrangers intimes, îles domestiques du Palais, personnages incultes, de vrais barbares, misérables comparses que Basile eût écrasé du pied et auxquels Constantin, poursuivant les errements de toute sa vie, accordait au contraire son entière faveur.

Le nouveau basileus n'était poinl dépourvu d'esprit. Il aimait à se mêler aux luttes de la parole et discutait avec quelque grâce. Bien que son éducation eût été très négligée, comme il était fort intelligent, il était doué d'une remarquable facilité de parole qui allait parfois jusqu'à 1 éloquence. Il était en ceci tout l'opposé de si m frère, le rude et peu disert Basile. Ajoutez à ces dons la voix la plus douce, la plus harmonieuse. Son parler était si rapide que lorsque, par aventure, il dictait quelque dépêche, le plus agile des secrétaires était inhabile à le suivre. Et cependant il avail

SCEAU DE PLOMB de ma Collection retrouvé à Constantinople, ayant appartenu à Nikolaos, proèdre, para kimomène de l'empereur Constantin \'III et domestique des Scholes d'Orient;

r, LES PORPHYROGÉNÈTES ZOÉ ET TÙÉODORA

la fortune d'avoir à son service de nombreux scribes écrivant très vite. Aussi le métier de ceux-ci était-il des plus fatigants. Souvent ils en étaient réduits à rendre par des signes tachygraphiques la pensée impétueuse du

maître.

Le grand Basile avait constamment tout fait par lui-même. Cela avait été pour lui une habitude invétérée. Constantin, bien au contraire, ne s'occupait en rien de gouverner. Tout au plus consentait-il à donner parfois audience aux ambassadeurs étrangers. Dans ces occasions solennelles, il remplissait son rôle de souverain avec une vraie maestria. Ou bien encore, comme je l'ai dit, dictait-il quelques lettres.

Après avoir ainsi fait place nette au Palais et dans les ministères et. congédié tous les excellents fonctionnaires depuis si longtemps mis à l'épreuve par son prédécesseur, Constantin se hâta de remettre toute l'administration de l'Empire aux mains de six eunuques, ses familiers, personnages d'ordre très humble. Au premier abord, en lisant dans les chroniqueurs, surtout dans Psellos, aussi dans Skylitzès, le portrait si chargé de ce prince lamentable, en voyant ceux-ci raconter à l'envi qu'à peine fut-il seul sur le trône, « il poursuivit son existence toute de volupté, en véritable esclave de son ventre et de Vénus », on pourrait croire à quelque exagération. Il suffirait alors de lire les noms des personnages qui composèrent le nouveau gouvernement pour s'apercevoir qu'il n'y en a vraiment aucune. La stupeur des bourgeois de Constantinople dut être extrême quand ils apprirent simultanément ces nominations scandaleuses, œuvre d'un basileus qui, méconnaissant à ce point tous ses devoirs, ne sut pas mieux choisir ses ministres qu'il ne savait se passer d'eux. Kcmitez el jugez : Xikolaos, premier cubiculaire, autrement dit premier valet de chambre du basileus, eunuque, fut, chose incroyable, nommé domestique des Scholes d'Orient, c'est-à-dire généralissime en Asie, la plus haute charge militaire, et parakimomène, autrement dit le premier des conseillers intimes, littéralement « celui qui couche à la porte de la chambre du basileus » (I). Nicéphore, second personnage de l'Empire après Xikolaos, également eunuque, fut créé protovestiaire, c'esl-

(d). Voy. à la page précédente le sceau de plomb de ce personnage, faisant partir de ma Collection.

/./•: POUVOIR ir.V MAINS DES EUNUQUES 7

à-dire chef du personnel < 1 1 1 Palais, préposée la garde-robe impériale I . Tn troisième, toujours eunuque, Syméon, qui parait avoir été le plus avanl dans la confiance «lu prince, el qui, plus tard, nous le verrons, arriva aussi à la dignité de parakimomène, lui « drongaire de la Veille », c'està-dire préfel de police de la Ville gardée de Dieu. Tous Imis furent en nuire élevés dans la fonction sénatoriale au rang si considérable de proèdres. Eustathios, très bas fonctionnaire, encore un eunuque, eut, dans un ordre de dignités quelque peu moindre, la charge si importante de grand bétériarque, c'est-à-dire de chef suprême de tous les corps de mercenaires étrangers ou barbares de la garde impériale. Ce fut en somme le gouverneur militaire du Palais. (Jn cinquième eunuque palatin, Spondyle, fut nommé due d'Antioehe, c'est-à-dire châtelain de la plus grande forteresse de l'Empire. Ce fut en de telles mains que fut remise la garde de l'illustre capitale de la Syrie reconquise, protectrice des marches impériales du Sud, en face de l'immensité sarrasine. Cette dernière nomination fut peut-être la plus scandaleuse. Ile la burine garde d'Antioche dépendait, on lésait, le salut îles grands et riches thèmes d'Asie exposés à l'incessante invasion arabe. Enfin, le nouveau duc ou gouverneur des marches d'Ibérie ou de Géorgie, c'est-à-dire de tous les territoires annexés à l'Empire par Basile à la suite de la mort de l'exousiocrator d'Ibérie Davith 2), fut un autre eunuque, Xicétas, originaire de Pisidie. Ces deux derniers parvenus étaient, semble-t-il, des hommes véritablement infâmes, de la plus louche origine, de vrais scélérats. Je sais bien que nous avons pour combattre cette opinion le témoignage de Psellos cité plus haut, qui parle de certaines bonnes qualités de ces tristes person-

1 Deux inscriptions dédicatoires encore aujourd'hui conservées dans l'église Je l'Assomption île la Vierge, à Nicée, concernent presque certainement cet eunuque Nicéphore, qui y figure avec les titn-s de patrice, de préposite, de « vestis » et aussi de grand hétériarque- Sur une fresque du narthex de cette • glise, fondée par lui, fresque grossière d'époque moderne très certainement calquée sur une plus ancienne, ce personnage figure en costume guerrier, agenouille devant la Vierge auprès de son basileus. — Voy. Ilyz. Zeitschr., X, pp. 707 sqq. — Voy. surtout O. YVulff. Die Koimesiêkirche in Nicsea und ihre Mosaiken, etc., 1903, pp. 10 et 301 sqq. — Voy. les vignettes du présent volume, pp. 361, 365 et 413. — Je possède également dans ma Collection le sceau de ce personnage avec son seul titre de grand hétériarque. Voy. la vignette de la p. 317 du présent volume. Quand j'ai publié pour la première fois ce sceau à la p. 3is de ma Sigillographie byzantine, je n'avais pas encore réussi à en identifier le propriétaire.

3 Voy. Épopée, II, chap. III et IX.

nages: mais cela a'était-i] poinl seulement bonne politique de leur pari pour se faire pardonner la honte de leur élévation? Il est bien difficile du reste de se faire une opinion en présence de ces témoignages contemporains si clairsemés, souvent si parfaitement contradictoires. « Cette bande de misérables, poursuit Skylitzès, mettant partout le trouble et la confusion, eut tôt fait «le bouleverser l'administration et de mettre à deux doigts de sa perte cet Empire si constamment florissant depuis l'époque déjà lointaine du père de Constantin, le basileus Romain, si constamment en progrès sous ces trois grands basileis : Nicéphore Phocas, Jean Tzimiscès ri Basile 11. devenu, par les hauts faits de ceux-ci, la terreur de toutes les nations voisines. .Non seulement Constantin, par cette conduite, se niellait en contradiction avec toute règle, avec toute sagesse, mais encore il pourchassai! les plus dignes, les plus illustras, tous ceux qui, sous les règnes précédents, n'avaient pas encensé ses vices, faisant le plus île mal qu'il pouvait aux meilleurs. » Il y a probahlemenl beaucoup d'exagération dans celte philippique. Très certainement cependant Constantin fut un souverain fort médiocre I . Surtout il poursuivit de sa haine les principales familles de la noblesse byzantine, constamment préoccupé des compétitions possibles au trône impérial 2).

Parmi les plus lamentables victimes de ce prince, il faut citer en première ligne le palrice Constantin Bourtzès, le lils du glorieux vainqueur d'Antioche, le magistros Michel Bourtzès. Le basileus Constantin qui haïssait dès longtemps ce personnage de haute vertu parce qu'il avait à mainte reprise courageusemeni dénoncé ses actes indignes à son frère le grand Basile, se hâta de lui faire crever les yeux. « Il avait une vraie prédilection, dit Zonaras, pour ce genre de supplice qui paralyse la victime et la frappe d'impuissance sans la faire cependant périr. Il usa sans <-i ssse durant son règne de cet affreux supplice pour réduire à rien une foule d'hommes éminents. On appelait cela à Constantinople d'un terme plein d'une douloureuse ironie : « la divine clémence de l'empereur ».

(1) Zonaras, qui s'inspire de Psellos, dit que Constantin ae régna que parla délation, prêtant l'oreille- .i toutes les calomnies. Knclin à la colère, mais moins opiniâtre que Basile dans son n — ■ - n t î 1 1 •■ ■ 11 1 . il changeait facilement d'avis, se montrant alors souvent désolé du mal qu'il avait causé.

2 Voy. Gfrœrer, op. cit., III, pp. 117 sqq.

MOSAÏQUE BYZANTINE de l'église cathédrale de Sainte-Sophie de Kiev.

(Phot. commun, par M. G. Millet).

Haine Etienne.

10 LES PORPHYROGÊNÈTES ZOÉ ET TIIEODOUA

Tels furent les premiers débuts de ce règne qui tranchait si tristement avec le précédent, période suprême de la puissance byzantine. En peu de semaines on fut loin des jours prospères du grand Basile. La suite fut pire encore. « Comment en raconter dignement l'histoire? » s'écrie lamentablement Skylitzès; « Constantin, une fois seul sur le trône, continua à mener la vie honteuse qui avait été constamment la sienne, consacrée au seul plaisir. Jamais homme ne vécut plus uniquement, plus passionnément, pour les joies du jeu, du théâtre, du sport, de l'Hippodrome surtout, de la chasse aussi. Il excellait à combattre les fauves, à les attaquer la lance ou l'épée à la main, à coups de flèches ou de traits.

11 semblait qu'il estimât n'avoir autre chose à faire en ce monde qu'à s'amuser delà sorte; Et alors il supportait aisément, avec une parfaite sérénité, le chaud, le froid, la soif. Il aimait à préparer lui-même ses chevaux pour la course du Cirque. Les exercices du corps et de la palestre étaient depuis longtemps en défaveur; il les remit en honneur, prenant part aux luttes, non en spectateur, mais en acteur infiniment désireux de l'emporter sur son antagoniste, non parce qu'il était basileus, mais parce qu'il s'efforçait de vaincre pour de bon. Telle fut son existence de chaque jour tant que sa santé le lui permit, n'ayant du reste jamais eu cure d'autre chose. » <c Il était, nous dit encore Psellos, fin gourmet et s'occupait fort de sa table qui était très recherchée. » Malheureusement il n'usait pas plus de sobriété que de continence. Aussi souffrait-il horriblement de la goutte, dans les pieds surtout. Il finit par ne presque plus pouvoir marcher. En fait, il ne faisait plus jamais un pas. Il était par contre excellent cavalier. « Il aimait le jeu d'un amour si intense, nous dit encore le même écrivain, que lorsqu'il tenait les dés toute affaire, même de la plus haute importance, cessait aussitôt pour lui. Alors il ne craignait pas de faire attendre les ambassadeurs étrangers. Il en oubliait le boire et le manger. » « C'est ainsi, s'écrie mélancoliquement Psellos, qu'il mourut, après avoir joué chaque jour son empire aux dés, la vieillesse lui ayant apporté enfin sa fin naturelle ! »

On se souvient que Nicéphore Comnène, ce haut fonctionnaire de grande naissance, d'une sagesse, d'une vertu, d'une énergie peu communes, avait été établi par le défunt basileus Basile, stratigos de la non-

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