DISGRACE DE VICÉPHORE COMNÈNE
voile province asiatique ilu Vaspouraçan, toul récemmeni annexée à l'Empire par suite delà cession faite de son territoire par la famille royale ardzrounienne (i). C'était un chef de premier ordre qui s'était signalé par
de brillants exploits contre les envahisseurs Turks 2\ Comme il était arrivé plusieurs fois que ses troupes avaient lui devant les agressions devenues presque incessantes de ces Turks Seldjoukides que les historiens arméniens nationaux désignent d'ordinaire sous les noms de« Deilémites mi « d'Élyméens », il avait en termes violents fait honte à ses soldats de leur lâcheté. Même il avait pris sur eux assez d'ascendant pour leur faire signer par écrit un serinent solennel de le suivre dorénavant jusqu'à la mort contre ces adversaires réputés si redoutables. Dans ce document de forme inusitée, ces rudes hommes de guerre, mercenaires Scandinaves ou miliciens de l'armée d'Anatolie, se vouaient d'eux-mêmes aux pires malédictions par les plus solennelles imprécations au cas où leur courage n'irait pas jusqu'à affronter la mortpour obéir à leur chef. A partir de ce serment, ils remportèrent constamment, paraît-il, sur leurs sauvages adversaires, les plus brillants succès. Par contre, des que le soupçonneux basileus eut été mis au courant de ces faits qui lui furent transmis probablement très défigurés par la médisance, sans raison autre que la jalousie, affirme Skylitzès, plutôt parce que cette démarche insolite île Nicéphore Comnène à l'endroit de ses soldats lui avait été présentée comme un commencement de complot contre sa personne, bien plus vraisemblablement encore mû par la simple crainte qu'un chef aussi énergique, s'appuyant sur des soldats aussi dévoués, ne devint rapidement un danger, il relira au valeureux gouverneur du Vaspouraçan son commandement. Sous l'éternel et si redoutable prétexte de conspiration contre la sûreté de l'État, prétexte si constamment invoqué à cette époque et toujours avec succès pour justifier tant d'actes infâmes, tant d'iniques révocations, le malheureux stratigos fut ramené chargé de chaînes dans la capitale.
11 est juste de dire que le chroniqueur arménien Arisdaguès de Lasdiverd qui, à l'exemple de presque tous les historiens de sa nation, se
1 Voy. épopée, II. chap. IX.
2 Voy. Épopée. II, p. 506.
12 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA
montre très favorable au basileus Constantin et dit que celui-ci avait maintenu dans leurs charges les « stratigoi » ou gouverneurs de provinces nommés parle grand Basile, accuse formellement Nicéphore Gomnène (1) d'avoir conspiré, d'accord avec le roi Kéôrki des Aphkhases, pour se faire proclamer basileus en Asie par ses soldats. « Les troupes impériales de Cappadoce, raconte notre chroniqueur, ayant été instruites de ce projet, se réunirent pour saisir à l'improviste leur chef infidèle. Ayant coupé les cordes de sa tente, les soldats la firent tomber sur lui. Ainsi il fut fait prisonnier avec ses complices. Ceci arriva dans la première année du règne île Constantin. Un les enferma dans une forteresse et on en avisa le basileus qui n'infligea d'abord aux coupables aucune punition, laissant passer une année entière jusqu'à ce que ses informations fussent tout à fait complètes. Seulement l'année suivante il remit les malheureux aux mains du bourreau. »
Jugé pour crime de lèse-majesté, Nicéphore fut condamné à avoir les yeux crevés. L'atroce sentence fut également, au dire d'Arisdaguès de Lasdiverd, exécutée contre sept de ses complices. S'agit-il ici d'une simple infamie perpétrée sur l'ordre d'un basileus aux rêves hantés de jalousie et de terreur, ou bien y eut-il vraiment, ainsi que l'affirme l'historien arménien, quelque motif capital pour que le basileus eût à se défier du malheureux Nicéphore Comnène? C'est ce que nous ne saurons probablement jamais d'une manière certaine (2). « C'est une chose bien digne de regrets, s'écrie le chroniqueur arménien, qu'un tel acte de folie commis par un homme illustre dont le nom méritait de vivre entouré des meilleurs souvenirs et qui avait donné à l'Empire la ville d'Ardjesch .(3) avec son territoire! »
Un sort également cruel atteignit à cette époque beaucoup d'autres hauts personnages qui avaient sous le basileus précédent joué dans l'Empire un rôle important et qui, pour ce seul fait, étaient devenus suspects au nouveau souverain. Il en fut ainsi notamment du patrice Bardas Phocas, dernier descendant connu du fameux prétendant de ce
(1) Qu'il appelle « Goraianos ».
(2j Arisdaguès de Lasdiverd place cet événement dans la première année du règne solitaire de Constantin VIII, aussitôt après la mort de son frère Basile.
(3) Ville de la province de Douroupéran, sur la côte nord du lac Van.