L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle
LE voliiinc (|iie je lerniine aujourd'hui csl ccmsacré ;i l'hisloiiu de rempiir byzantin à la fin du X"" siècle et fait suite à celui que j'ai puljlié en 1890 sur le hasileus Xicéphore Phocas (1). II m'a coûté sept années de travail cniitinu et de recherches minutieuses. Les premiers chapitres racontent le règne si court mais si brillant de Jean Tzimiscès, l'amant de Théophano, l'assassin et le successeur de Xicéphore Phocas ; les combats épiques de ce héros couronné contre les Russes de Sviatoslav et le rebelle Bardas Phocas ; ses fameuses campagnes d'Asie contre les Aralies de Bagdad et île Syrie et les troupes du Fatimite du Kaire ; le mariage de la seconde Théophano avec Olhon 11 d'Allemagne. Le reste du volume est consacré aux quatorze premières années du long règne coinnimi de-; lils de Romain II et de Théophano, Basile II le tuenide Bulgares, autrement dil h- Hulgaroetnne, et Constantin \'III, de\enus seuls maîtres à Byzaïue à la suite de la mort imprévue de leur tuteur Tzimiscès; ces quatorze années violemment tourmentées, inliniiiienl tragiques qui, du Kl janvier 970 au [)riiitemps de 989, virent, d'abord sous l'âpre régence de l'eunuipie Basile, la terrible, l'interminable rébellion de Bardas Skléros en Asie; la di'saslreuse campagne de l'empereur Othon II contre les Sarrasins de Sicile; la iiille <les arnK'es grecques en Syrie couti'e les Egyptiens, puis, après la <bute de l'euuuque délesté, les premières
(t) Vn Empereur Bi/zaiitin au X' Siéiie. Sii-éi)h'jrc Phocas, P.uis, DiJol, 1890.
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péripéties de la guerre de quarante années contre les Bulgares et leur tsar Samuel, lo lils de Schischman ; la grande déroute des impériaux au défilé de la Pdrtc Trajane ; la seconde révolte de Bardas Phocas; hi détresse de l'empire, sauvé de ce grand pi'ril par les Russes ; la courte rupture avec ceux-ci eniiii, ru])turc signalée par la prise de Cherson et terminée par le traité formel d'alliance qui mit une Porphyrogénète dans la couche du sauvage grand-prince de Kiev et amena la conversion au christianisme de Vladimir et de tout son peuple.
Tn prochain volume dont le manuscrit est presque terminé, conduira le IcilciM- jusqu'à la fin du règne commun de Basile et de Constantin, jusqu'à l'an l()2o, date de la mort de Basile, en lui exposant les infinies péripéties de la guerre bulgare, qui dura en tout plus de quarante années, l'écrasement final de cette nationalité et de la dynastie royale des Schischmanides, puis l'annexion à l'empire des principautés arméniennes et géorgiennes ; les campagnes foudroyantes de Basile en Syrie ; les premières luttes avec les Normands en Italie, la grandeur militaire enfin de l'empire byzantin sous cet illustre basileus guerrier.
Si Dieu me prête vie, je raconterai après cela, en un ou deux volumes, le court gouvernement de Constantin VIII après la mort de son frère Basile, les règnes surtout si étranges, si mouvementés de ses filles Zoé et Théodora et des époux et amants successifs de la première de ces princesses, jusqu'à l'abdication du vieux Michel VI Stratiotikos, arrivée en 1057. Cette date, par l'élévation au trône d'Isaac Comnène, marque la fin suprême de la brillante dynastie des empereurs de race macédonienne. Ainsi j'aurai rédigé les annales d'un siècle d'histoire byzantine, depuis l'avènement de Nicéphore Phocas jusqu'à celui de cet autre général non moins valeureux, qui fut le premier des empereurs Comnènes; tout un siècle dont on ne s'était occupé jusqu'ici que pour le dépeindre en quelques centaines de pages, comme l'a fait Lebeau. Alors je passerai la plume au futur historien de l'époque des Comnènes.
Les vingt années dont j'ai tenté de faire ici le récit comptent certainement parmi li's plus inconnues de Byzance. Pour les grandes
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guerres sous Tzimisccs nous possédons encore quelques très bons matériaux (1). Pour les quatorze premières années si agitées et si sanglantes tle Basile II et Constantin il m ol luut autrement et Finlay a eu raison de dire que le règne coin nui n îles deux fils de Romain II et de Théophano (pii dura toute la lin du x" siècle, Imit h' premier quart du xi" sièck', était IjIcii la période la plus obscurr ilii moyen âge byzantin. (i'i'sL la pininde de toute pauvreté des soui'ces, des lacunes sans fin, des ténèbres. Aucune expression ne saurait donner une juste idée d'une pareille disette de documents. La grande guerre de Bulgarie, longue de près d'un demi-siècle, est très mal connue, de même que les guerres en Syrie et en Arménie. La vie intérieure de cet immense empire, son existence administrative et sociale à cette époque, sont tout aussi ignorées. Chose inouïe, personne ne s'était encore occupé d'écrire l'histoire d'ensemble de cette vaste période depuis les quelques chapitres que lui a consacrés Lebeau! De même les travaux de détail sont en nombre inlinie. .le crois en toute modestie avoii- réalisé un [progrès considérable pour la connaissance de ce règne si ini|inilanl. J'ai lu le jieu qui a été écrit de dioile et de gauche sur Basili' H et son temps. J'ai (l(''pouilli'' des centaines de volumes et de niénioiics pour y chercher parfois un renseignement de trois lignes, le plus souvent pour n'y rien trouver. J'ai minutieusement étudié toutes les sources tant grecques que latines, arabes, arméniennes, géorgiennes ou slavonnes (2). Je n'ai
(1) (jràce à Léon Diacre surtout. Nous avons encore les sources russes et la lettre fameuse dans laquelle Jean Tziniiscés a fait au roi AsclioJ d'-Vriuénie le récit de sa campagne dernière en Syrie et jusqu'en Palestine.
(2) Skylilzès, si insuffisant, si défectueux, est la principale source, bien lamentalileraent incomplète, pour le règne de Basile. Céilrénus Ta copié .servilement. Zonaras aussi, mais lui du moins ajoute ((uelques détails nouveaux, l'sellus, si véridique et pour cela si précieux, n'a consacré que bien peu de pages à Basile dans le premier chapitre de son llécit de cenl années, mais ses indications, bien qu'incomplètes et déjà fort utilisées par Zonaras, n'en sont pas moins d'une importance inappréciable, car ce sont presque celles d'un témoin oculaire, puis(|u'll naquit en 1018. Léon Diacre, annuliste contemporain, nous fournit aussi incidemment sur les premières années de ce règne quelques renseignements excellents. Lorsque dans mes notes, citant les sources byzantines, je n'indique pas l'édition, il s'agit de celle de Bonn. — Les sources orientales principales sont avant tout la Chronii/ue du chrétien Yahia, source contemporaine inestimable, connue depuis peu par le livre du baron Itosen, KImacin qui a tant emprunté à Vahia, Ibn el-Atbir et les autres annalistes tels qu'.\lioulfaradj et Abouiféda. Puis viennent les sources géorgiennes et arméniennes, l'Histoire de Géorgie, Etienne de Uaron dit .Vcogliig, Arisdaguès de Lasdiverd, .Mathieu d'Édesse, les sources russes,