IV INTRODUCTION
négligé aucun moyen d'infonnalioii, aucune classe de documents : manuscrits, miniatures, inscriptions, monnaies, sceaux, débris d'architecture. J'ai jianiiuru les vies de saints et les rares pièces de vers contemporaines. Appuvé sur les travaux excellents de M. Ramsay sur la géographie de l'Anatolie, j'ai reconstitué de toutes pièces les itinéraires des campagnes en Asie du rebelle Bardas Skléros. J'en ai fait de même patiemment, cartes en mains, pour les si nombreuses campagnes en Bulgarie. Ce travail n'avait jamais été tenté. Pour la Bulgarie un en pourra juger surtout dans le second volume. Grâce aux indications nouvelles fournies par la portinii de la précieuse Chronique syrienne de Yahia traduite et si remanjuablemenl annotée par le baron Rosen, j'ai pu rédiger des chapitres presque entièrement inédits sur les guerres des soldats de Basile en Syrie contre les troujies africaines des Fatimites d'Egypte et celles de leurs vassaux.
Ce minutieux travail de mosaïque ma coûté un mal infini, des milliers et des milliers d'heures de travail dont ne se douteront guère ceux qui me feront l'honneur de me lire. Je serais amplement l'écompensé de ma peine si le suffrage de quelques-uns venait à me montrer que ce grand labeur sera de quelque utilité pour la connaissance de l'histoire encore si obscure de la moitié orientale de l'Europe aux approches de l'an mille.
Les événements racontés dans ce volume, hélas ! beaucoup trop guerrier, même presque exclusivement guerrier, n'oiïVent pas le puissant alliait dramatique et romanesque du précédent, consacré à l'époque tragique de Xicéphore Phocas. L'histoire de Basile II surtout, qui pourtant fut un très grand prince, comporte de trop graves lacunes. L'éternel élément féminin fait entièrement défaut à ce règne. Nous ignorons même si Basile fut marié. Nous ne possédons guère que de brefs récits de ses campagnes incessantes, toujours les mêmes, recommençant chaque printemps. Pour l'historien préoccupé de ne dire que strictement ce qu'il sait, il est htunainemeiit impossible d'éviter la monotonie. J'en demande pardon
la Clironifjue dite tic Nestor surtout, les clironiques italiennes, la Clironirjue de Tliii'Uuai' pour les événements survenus ilans l'Italie méridionale, etc., etc.
ISTRODVCTIOy V
d'avance. .le n'ai pas en la chance de rencnnlrer ponr ce volume des récits tels que ceux de rexpédilinii de Crète, ou des amours de Théophano et de Tziniiscès, nn journal de voyage comme celui du pivial diplomate Lnitprand. (lependanl l'inli'r('l demeure grand encore. On lira avec émotion les belles campagnes de Jean Tzimiscès sur le Danube comme sur rOronte on l'Euphrate, sa lutte géante contre les Russes, une des plus formidables (b^ l'histoire, le si curieux bulletin de victoire adressé par lui à son vassal d'Arménie, la lamentable aventure d'Utlion II et de son armée aux rivages de Stilo. Bien des personnalités attachantes à des titres divers défileront sous les yeux du lecteur assez indulgent pour ne ]ias se laisser rebuter par tant de récits de guerres et de combats : avant tout, le jeune basilens Basile et son premier tuteur Tzimiscès, puis l'énergique et dur jireniier ministre, le parakimomène Basile, l'opiniâtre et sanguinaire prétendant Bardas Skléros et son non moins opiniâtre rival Bardas Phocas, le vieux et ascétique saint Nil, belle figure qui repose de tant d'horreurs, la sage et gracieuse Théophano d'Allemagne, son romanesque l'pnux Othon II, enlin l'audacieux partisan Samuel, tsar de Bulgarie.
J'ai dû restituer cette histoire à peu près de toutes pièces. Rien d'aplirochant n'existait. (]'est une pierre de plus au modeste édifice que je voudrais éle\ er à la connaissance de cette histoire byzantine si ignorée, dont l'étude cependant a fait d'immenses progrès depuis l'époque récente où je publiais mon premier volume sur Nicéphore Phocas.
Le chapitre de l'illuslration m'a coûté beaucoup de soucis. Je me suis attaché à ne faire figurer dans ce livre que des monuments contemporains de l'épo(jue dont je raconte l'histoire, c'est-à-dire de la seconde moitié du x" siècle ou de la première moitié du xi°. C'est une illustration des faits jiar l'art et l'archéologie. Tout le monde connaît l'extraordinaire rareté des monuments byzantins encore existants, datant de cette époque reculée. Une correspondance minutieuse ne suffisant [)as à me procurer tous les documents (jiii m'elaient nécessaires, j'ai entrepris de bmgs voyages juscpien Arménie russe, où j'ai visité les ruines cédèbres d'Ani, la \ille royale fantastiijue des rois Pagratides, contemporains de hasile II.