SIÈGE ET PRISE DE CAPOUE
conquêtes. Mais aucun «le ces résultats ne subsista et l'éphémère souveraineté des descendants «le Daltus s'effondra en peu d'années. De même, à Capoue, la dynastie des comtes de Team», qui y avait été installée par Henri II, ne se maintint que bien peu de temps. On a vu dans le volume précédent fl) qu'une ligue s'était formée après la mort de Henri II, sous la direction suprême du prince (îuaimar de Salerne, pour reprendre cette ville et la restituer au beau-frère de ce dernier qui en avait été dépouilllé par Henri II, le fameux Pandolfe IV, enfin sorti des génies d'Allemagne parla permission du nouvel empereur germanique Conrad II, et cela sur les supplications île (îuaimar [2\ Les Crées, sous leur « catépano » Basile Bojoannès, le comte des Marses, (îuaimar «le Salerne au service duquel se trouvaient presque tous les Normands, aussi ceux de Comino, tous les anciens ennemis de l'empereur Henri II, unis contre le prince imposé par lui, qui était pour eux le plus incommode des voisins, avaient pris part à cette expédition et donné leur appui à Pandolfe IV dans cett«; attaque contre Capoue, inaugurée vers la fin «le l'an 1021. C'était la reconstitution presque immédiate «lu parti grec «lans l'Italie méridionale. Parmi ces Normands «le Comino qui combattaient au service «lu prince de Salerne, il y en avait quebpies-uns qui ne venaient pas <h> celte localité. Entre ceux-ci, L< ; o de Marsi en signale deux: Bainulfe et Arnould, dont le premier devait bientôt avoir la gloire «le fonder en Italie la première ville normande. Capoue, défendue par Pandolfe de Team» qu'Henri II y avait établi en 1022, sachant d'ailleurs ce qui l'attendait si elle ouvrait ses portes à son ancien souverain, résista durant un an et demi à ces forces très supérieures et à toutes les attaques de la ligue, pri'sidée peutêtre par le « catépano » à partir de son retour de l'expédition de Messine. Basile H était mort depuis quelque temps déjà, quand, en mai de l'an 1020, elle fut enfin forcée de capituler. Du reste, si elle succomba, ce fut moins par la violence que par la trahison «b^s bourgeois. Pandolfe, d'ailleurs, n'eut point l'humiliation de remettre sa ville à son cousin, l'autre
fi) Épopre, H, p. r.96.
■'21 « CVlait unft lour.le faute politique <Ie relâcher ainsi m terrible prisonnier. » Manuscrit Chalandon, Histoire Uf* Normand* d'Italie, 1™ partie, f. 71. Probablement Pamlolfe avait lin «'engager A renoncer à revenilimier sa principauté, mais bien naturellement. aussitôt <k- retour en Italie, il ne tint aucun compte .le ses serments.
LES l'ORl'HYROGEXÉT Es X<>E El THEODORA
Pandolfe. Il la rendit au « catépano » qui lui promit la vit; sauve avec la permission de se retirer librement auprès du duc de Naples, le magistros impérial Sergios IV, lequel devint responsable de sa personne T . Quant à Pandolfe IV, l'ami des (ïrecs, celui qu'on nommait déjà le « fortissime loup des Abbruzzes », tout frémissant encore de l'horreur des prisons allemandes, il reprit avec orgueil et joie, des mains du « catépano », possession de sa principauté. Il avait associé a son pouvoir son petit-fils, Pandolfe V (2 .
Je rappelle que je n'écris point ici ni l'histoire de l'Italie méridionale, ni celle de la conquête de ces provinces par les Normands. Je raconte uniquement le déclin de la domination grecque en ces parages sous les règnes qui m'occupent. Je serai forcément très bref sur les événements, si nombreux à celle époque troublée, qui ne concernent pas directement les (îrecs, événements dont le récit m'entraînerait beaucoup trop- loin. Je les mentionnerai lorsque cela sera nécessaire, mais toujours très succinctement, renvoyant pour plus de détails aux ouvrages spéciaux très nombreux.
On voit par ce qui précède combien le « catépano » excellait à user habilement de la prépondérance naturelle de l'autorité grecque à l'endroit des seigneurs longobards Pour tenir en bride Pandolfe IV réintégré dans Capoue, ce Pandolfe dont il pouvait connaître déjà l'Ame ambitieuse aux si hautes visées, Hojoannès prit, nous venons de le voir, sous sa protection immédiate son rival et mortel ennemi Pandolfe de Teano, le mol tant à l'abri de la vengeance de son plus redoutable adversaire, lui procurant un sur refuge dans la ville de Naples fidèlement dévouée à By/.anee. De cette manière, il eut constamment sous la main un excellent prétendant tout prêta être replacé dans papoue le jour où la fidélité de Pandolfe IV viendrait à faiblir ou bien encore où sa puissance deviendrait
H : Ilelarc, op. cit.. p. 68.
(2) Voy. Hirsrli, op. cit., note de In p. 348. — L'intervention du » ralépano », dit fort bien M. Chalandon, op. cit., t. 73. dut être f»rt désagréable mu prime., longobards. Il est évident que la conduit* de Hojoannes lui fut dirtée par le désir d'avoir entre les mains un prétendant a opposer à Paudolfe IV dans le ras où celui-ci cesserait d'Aire fidèle à l'alliance byzantine.
;3) La suite de ce récit des affaires byzantine* ,n Italie esl empruntée presque constamment et presque textuellement. Jusqu'à la lin du volume, aux ouvrages de L. de lleinemann et de l'abbé Oelnrr.
LES PORPHYROGÉXÈTES ZOE ET TI1È0D0RA
par trop menaçante pour les Grecs .'I}. La suprématie byzantine dans l'Italie méridionale se trouva ainsi encore plus nettement confirmée. Klle ne fut même nullement ébranlée lorsque, à la mi-avril de l'an 1(127. le nouveau roi élu de Germanie, Conrad II, successeur de Henri H, qui venait avec sa femme Gisèle de recevoir en grande pompe, le mars, des mains du pape Jean XIX, la couronne impériale en présence des rois Itodolphe 111 de Bourgogne et Canut d'Angleterre et de Danemark, lit son apparition dans le sud de la Péninsule 2 .
L'empereur germanique, bien que vaillant et énergique, peu désireux d'entamer une lutte ouverte contre les Grecs, dut se contenter, dans une marche rapide, de faire reconnaître moitié de gré, moitié «le force, sa suzeraineté par les princes longobards de Iténéveiil, de Capoue et de Salerne. l'andolfe IV de Capoue. qui promit tout ce qu'on voulut, fut reconnu sans conteste. De même Conrad semble avoir de très bon gré donné son assentiment à l'alliance des Normands avec les princes de Capoue et de Salerne et décidé, en outre, que ces guerriers seraient définitivement pourvus de résidences fixes dans le sud de son empire, comme protection toute-puissante pour ses vassaux longobards contre les prétentions de jour en jour plus actives de la grécité en ces parages i'.li. Kn tout cas, cette présence si courte, de quelques jours a peine, du nouvel empereur d'Occident dans l'Italie méridionale, ou plutôt en Campanie seulement, fut sans suite aucune comme il en avait été si souvent le cas déjà pour d'autres souverains germaniques. D'ailleurs, dans l'esprit de ce prince qui, dès la lin de mai, dans sa grande bâte du retour, avait aussitôt repassé les Alpes par la voie de Vérone, un plan hardi avait déjà alors [iris forme qui n'était autre que celui d'une alliance matrimoniale entre son Empire et celui d'Orient. A peine quelques mois plus tard, Conrad, nous l'allons voir, envoyait une ambassade à la cour de Dyzance pour y
(I) Sur U' r<Me prépondérant de Pnrulolfir IV à relie époque <lans l'Italie méridionale, sur mm nénie politique odieusement défiguré par les rérilsde ses mortels adversaires, les moines <lu Mout-Cassin, voy. Chalandon, op. cit., (T. 13 sqq.
2| Voy. dans Trinchera, op. cil., p. 22, un document (n"XXI) daté du mois de novembre 1026 à T ami li', conservé aux archives du Mnnl-Cassin, dans lequel il est fait mention d'un juge ou « krilis «• de IjiHtpiiitrdie cl Culuhrc qui est en méiii'' temps « «palhaire ». candidat et « protosecretis ». — Voy. encore Aar, np. cil., p. |:U.
(3) Sur les premiers Normands installés dans l'Italie méridionale, voy. entre autres H. Ureslau, Itihrhiirftrr il. </e.i/v/.r» /tri, /<? tinter knimiii //» II. c.rrurs VI, pp. 4'.lf* à 305.
AMnAs.s.mr: allemande a c o . v*- 7 yi . v 77 ,vo />/./■;
proposer le mariage, d'ailleurs bien extraordinaire, «le son lilset héritier, alors Agé de dix ans seulement, avec une des tilles et héritières de Constantin VIII qui toutes deux avaient environ cinq fois l'âge île cet enfant, (le fut certainement en considération de ce projet quelque peu fantastique qui s'agitait déjà en son esprit que Conrad, lors de sa visite dans l'Italie méridionale, s'efforça de ménager les territoires encore soumis à l'autorité byzantine et de ne léser en rien dans ces régions lointaines les intérêts du basileus.
Voici à peu près tout ce que nous savons sur l'étrange ambassade matrimoniale dont je viens de parler : 11 est très vraisemblable, dit Hreslau 1 ), que ce fut au concile de Francfort, en 1027, que l'empereur Conrad chargea l'évèque Wernerde Strasbourg «l'aller en qualité d'ambassadeur à Constanlinople pour y quérir auprès du basileus une épouse pour le petit prince Henri. Constantin, n'ayant pas d'héritier mâle, l'empire d'Orient reviendrait naturellement après sa mort à qui aurait épousé une de ses deux filles demeurées dans le monde, c'est-à-dire n'ayant pas pris le voile comme leur aînée, mais quelle immense disproportion d'âge entre les deux époux proposés et quelle manière de vivre si différente! 11 nous parait aujourd'hui que ce fut nue audacieuse et presque indéfendable folie d'avoir songé à unir un enfant de dix ans, né dans les brumes «le la sauvage Cermanie, avec une vieille Porphyrogénète cloitrée depuis tantôt un demi-siècle dans la molle et morne existence du Ciynécée impérial de Hy/ance. Mais, à cette époque du si" siècle, les fabricants d'unions impériales, ne considérant autre chose en leurs projets chimériques que le but politique à atteindre, ne reculaient devant aucune invraisemblance. Nous ne savons laquelle des deux antiques princesses, Zoé ou Théodora, se trouva plus spécialement visée. Probablement on song»>a surtout à Théod<»ra, qui était la plus jeune et à laquelle plus tard Skylitzès dit qu'on offrit d'abord la main de Romain Argyros. Nous ignorons de même complètement jusqu'à quel point ce projet matrimonial avait pour objet principal dans l'esprit de ceux qui l'avaient pré-
{1: Op. cit., I, p. 23t. Voyez pour 1rs •létuils île cette ambassade, les source* aussi, un opuscule spécial île Breslau dans les Eorsrhu nyen sur deuttehen UrnrUirM'-, X,pp. «5 OS sipj., intitule : Ein Beitrag sur Kentniss von Konrnd* II llfziehun^ii su H>/z<inz utvl l)xnrmiirk. — Vf>\. encore Stein<lorfT, Heinrirh III, I, p. 13, n° I.
44 t. Km POKI'/IYKnnEXÊTEti ZOE ET THÈOHnRA
paré, la grande pensée de replacer à nouveau sous un sceptre unique les deux empires d'Occident et d'Orient. On ne peut que signaler ce fait curieux pour l'époque que l'empereur Conrad II et son entourage se montraient généralement favorables a des combinaisons de col ordre tout extravagantes et atteintes de mégalomanie que celles-ci puissent nous paraître aujourd'hui. Ne savons-nous pas avec certitude que, bien peu d'années plus lard, aux fiançailles de la lille de Conrad avec le roi Henri de France, prit corps cette pensée que ce mariage amènerait un jour une union nouvelle des deux monarchies franques «l'Occident et d'Orient! Kt combien plus lointaine cependant cette dernière éventualité devait paraître, que celle qu'on pouvait dès maintenant prendre en sérieuse considération, au cas où ce mariage projeté réussirait, entre l'héritier de l'Kmpire romain et l'héritière de Hyzance!
Donc, l'évéqueWerner île Strasbourg se mit en route, accompagné par une suit»* brillante. L'empereur lui avait donné comme collègue en diplomatie le comte souabe Manegold, de la maison de Dillingen-Wœrlh il'', l'n énorme convoi de bagages, de véritables troupeaux de chevaux, de bo'iifs, de moutons, de porcs suivaient le poudreux cortège de dignitaires qui s'avançait à travers l'Kurope orientale avec une solennelle lenteur, dans un fastueux déploiement de pompe impériale. Évidemment, on comptait en imposer à la cour byzantine qui tant aimait la représentation. On s'était, en haut lieu, décidé pour la grande voie ordinaire des pèlerins d'Orient à cette époque, la route de terre par la Hongrie et la péninsule des Halkans, et l'évèque Werner s'imagina qu'en faisant semblant de se rendre en pèlerinage à Jérusalem, il ferait plus facilement route à travers ces contrées périlleuses. Mais, alors que le roi Etienne de Hongrie accueillait d'ordinaire de la manière la plus amicale tous les pieux voyageurs se rendant en Terre Sainte, les autorisant à traverser son royaume tout a leur aise, ce prince lit à l'évèque de Strasbourg, pour une raison qui nous échappe, une réception toute différente. Vraisemblablement, les relations entre le roi de Hongrie et l'empereur germanique n'étaient déjà plus aussi bonnes. Kn outre, il était presque imposait Voy. dans Breslau, op. cit., I, note la page 235, tout -s U-s fausses légendes qui coururent rOrid«jit sur le compte il.- celle ambassade
AMBASSADE ALLEMANDE A i:0\tSTA,XTWOPLE 45
sible que le but vrai de celle mission fût demeuré entièrement caché pour Etienne. Le secret élait bien difficile à garder, et une fois qu'il se trouvait divulgué. la défiance de ce souverain en devait être fort excitée. Bref, les choses tournèrent si mal que les envoyés impériaux, rebroussant chemin brusquement, résolurent, par la Bavière el le Brenner, de gagner l'Italie pour s'embarquer à Venise. Naturellement, ceci non plus n'alla pas sans difficultés. Les ambassadeurs furent longuement retenus aux frontières de la marche de Vérone avant «l'obtenir accès dans Venise, où on n'avait aucun intérêt à soutenir les plans extraordinaires du César germanique. Us Unirent cependant par atteindre leur but et, après une navigation orageuse, calamileuse, semée de périls incessants, comme c'était presque toujours alors le cas dans ces parages, atteignirent enfin h Ville gardée de Dieu. Grâce à tant de traverses, ils ne durent guère y arriver avant les premiers mois de l'an 1(128.
Par deux sources d'origine très différente, nous apprenons qu'on lit à Byzance, aux envoyés impériaux allemands, la plus belle réception. Les conceptions de la cour des basileis sur ['Empire d'Occident, sur sa grandeur et son importance, s'étaient notablement modifiées depuis les temps de Nicéphore Ph< cas et la réception humiliante que ce prince n'avait pas craint de faire soixante ans auparavant à Luitprand, l'ambassadeur d'Olton 1 er l).
Aussi les deux envoyés île l'empereur Conrad entretinrent-ils incontinent avec le basileus Constantin et son entourage les relations les plus intimes et les plus cordiales. Le comte Manegold, en particulier, par la splendeur de son maintien, par son entregent, son attitude toute de sagesse et de prudence, s'attira, au cours de relations presque journalières, à un tel degré 1 la faveur du souverain, que celui-ci lui lit don des
<\) Voy. Un Empereur byzantin au X~>' siècle, pp. 591 sqi].
FHESQUE H YZAN- TISE ,1e l êylims cathédrale de Sainte-^nphir <!,• Kiei; — L'impératrice l'ul-hérie.
*6 /./> l'OltHYROOEStlTHS ZOE il T TlIKOhOllA
plus précieuses reliques, «l'un prix inestimable : un f ravinent de lu Vraie Croix entre autres, certainement enchâssé dans quelque reliquaire de prix. Cependant, les véritables négociations à l'occasion desquelles ce voyage si lointain, si pénible, avait été entrepris, ne faisaient aucun progrès sérieux. Ou bien les ambassadeurs allemands, alors qu'ils eurent appris à mieux connaître les vieillissantes lilles de Constantin, eurent-ils scrupule de réclamer sérieusement pour leur jeune souverain, dont l'avenir était si brillant, la main d'une de ces princesses antipathiques dont il n'y avait vraiment absolument rien de bon adiré, ou bien l'empereur Constantin lui-même, ainsi que cela avait été constamment le cas jusqu'ici, pour des raisons d'ordre politique V, ne pouvait-il en arriver, même dans les conditions présentes, à une décision définitive pour le mariage d'une de ses filles? C'est ce qu'il nous est impossible de démêler exactement. Une seule chose est certaine, c'est que mois après mois passèrent sans qu'on put aboutir. Le chroniqueur Wipo dit que l'évèque Werner songeait à nouveau à entreprendre le pèlerinage de Jérusalem et qu'il comptait bien mener cette entreprise à bonne fin avec l'appui du basileus, mais que, comme il se présentait chaque jour un nouvel empêchement, il finit par se trouver contraint de renoncer à son projet. Certainement, ce bruit, rapporté par cet historien, repose sur les récits des compagnons de l'évèque, après leur retour en Allemagne. Nous n'avons donc aucune raison d'en suspecter la véracité. Mais, par cela même, il doit nous fortifier dans la pensée que même Werner espérait à peine un heureux résultat des négociations à lui confiées par son empereur, sans cela il n'eut jamais songé à remettre à une date si éloignée et son retour en Allemagne et le rapport qu'il devait à son souverain sur le résultat de sa mission.
Sur ces entrefaites, dans le courant de l'automne de l'an 1028, survinrent successivement à Conslanlinople deux événements funèbres, qui modifièrent les circonstances du tout au tout et amenèrent très naturellement d'eux-mêmes la rupture définitive des négociations. Le 28 octobre expira, après une courte maladie, le pauvre évèque Werner,
:'2) Voy. Gfrœrer, op. - il., Hl, pp. 121 sqq.
AMBASSADE ALLEMANDE A CONSTASTISOPLE il
loin de son pays natal et de ses ouailles, sans avoir même pu accomplir le désir secret de son cœur : le cher pèlerinage aux lieux suints. Il fut enterré à Byzance, en terre étrangère (I;. Deux semaines jdus tard à peine, le basileus Constantin tombait à son tour gravement malade. Au bout de trois jours il rendait le dernier soupir, après s'être donné un successeur en mariant la seconde de ses filles au patrice Romain Argyros.
Suivant le récit du chroniqueur Rerthold de Donauwœrth, ce changement de règne eut pour le second des ambassadeurs allemands, le comte Manegold, les plus pénibles suites immédiates. Au couronnement même du nouveau basileus, le fragment de la Vraie Croix à lui remis par Constantin se trouva égaré. L'injuste soupçon de l'avoir, non point reçu en don, mais simplement détourné, tomba sur l'infortuné envoyé allemand, dont on connaissait les relations intimes avec le feu basileus. Le pauvre homme fut jeté en prison. On perquisitionna dans sa demeure, mais comme il avait eu la prudence d'expédier d'avance dans son pays l'inestimable relique, on ne trouva rien. Les preuves pour le condamner firent totalement défaut et il fallut bien le remettre en liberté et le laisser partir.
Il est très possible que le nouveau basileus, ainsi que l'affirme plus loin le même chroniqueur Rerthold, ait tenté de prolonger sur des bases nouvelles les négociations pour le mariage allemand, en faisant offrir cette fois au jeune Henri la main d'une de ses sieurs à lui, devenues, par suite de ce changement soudain, princesses de la maison impériale ■;2\ Wipo (:f, lui aussi, parle d'une lettre « en caractères d'or », un chrysobulle, adressé par Romain Argyros à l'empereur Conrad. De même encore dans un document émanant de l'impératrice Adelhaîde, mère de l'empereur Conrad, au sujet du monastère fondé par cette princesse à (Khringen, où elle voulait avoir sa sépulture, nous lisons la mention de reliques précieuses envoyées par le même basileus Romain à ce prince, probablement toujours à cette même occasion, et cédées parce dernier à
(lj Voy. sur la datt; cwto <lo *a mort, Breslau, op. cit., I, note i «le la p. 273. '2) Skylilzt-s en mentionne s.ulcm.-nt tlmx. marié.'* : l'une à Itomain Skléros, l'autre a Constantin Karanténos, niais re nVtai.-nl pas I.-* seules. Vuv. p. r,l «lu présent volume. 3/ Chap. XXII.
«8 LES PORPH YftOG Ei\'È l'Es ZOE ET THEoltOkA
sa mère 1 . Mais, tout naturellement aussi, tin le comprend, Manegold, dans des crrconstances aussi complètement modifiées, ne put que promettre au nouveau basileus qu'il ferait part de ces propositions à son souverain. Sa propre mission était terminée. Honoré de riches et précieux présents, des reliques encore très vraisemblablement, il prit le chemin du retour. On peut, semble-t-il, fixer sa rentrée en Allemagne aux premiers
mois de l'an 1029. Il est trop aisé de comprendre que Conrad ne se rendit point à l'invitation de Romain Argyros, après surtout qu'il eût entendu de la bouche de «on envoyé l'exposé précis des circonstances de la cour byzantine, circonstances dont probablement il se doutait jusque-là fort peu. Ainsi le projet de mariage grec fut définitivement abandonné à la cour impériale allemande. Cependant l'ambassade de Werner et de Manegold ne devail pas demeurer complètement sans conséquences politiques. Bien qu'on ne puisse pas tenir pour certain ce qu'on ne peut actuellement encore que conjecturer 2 , que. dès cette époque ou peut-être seulement plus tard, une alliance formelle fut conclue entre l'empereur Conrad et By/.ance, il demeure certain toutefois que l'attitude du souverain germanique durant sa seconde expédition en Italie prouva d'une manière fort claire que «les relations s'étaient établies entre les deux Empires, bien plus amicales qu'aux temps des Ottons et des Henri.
(1) . Multasqur reliquias, etc. • Voy. Hreslau, op. rit., t. not<> * J.' la |. 274. 2. Voy. (Jii'ii'brfcht, op. cit.. Il, pp. 32'.» et «12.
POI.YCANDILOS BYZASTIN <lt hmnse, «.rte .fe lustre ou • Ltinpier » porte-rierifes rn forin- dr ronronne. — XI— on Xll— Siècle. Matée du Limvrt.
MINIATIJIŒ BYZANTINE dnn maniwirit du XI** Siècle <fa ta Vie de saint lienoit et de saint Manr, provenant </<i .Vonf-C'awin et conservé à la liildiothèqne du Vatican. — •Saint lienoit cluu sainte Sclmlastiqne. — Saint Benoit voit l'àme de sainte Svholastitjne monter an ciel sons la (orme d'une coûnnbe. — (Millet, ll«*-Ltudes, C. 1508.)
Reprenons la suite «les événements qui se passèrent dans l'Italie méridionale sous le règne si court'du bnsileus Constantin. A peine l'em-
LES PQRPIirKOGEXKTES ZOE ET THÉODORA
poreur Omrad avait-il quitté, pour retourner en Allemagne, les marches méridionales de son Kinpire dans la Péninsule qu'un changement très important se (il dans les forces relatives des seigneuries longobardes, changement également destin»' par la suite à transformer la situation de l'empire byzantin en ces parages. Dans ce même printemps de l'an 1027, on effet, mourut le fameux prince Piiiaimar de Salerne. Son tils, Guaimar V, associé à son pouvoir depuis l'an 1018, lui succéda, âgé d'à peine quatorze ans, d'abord sous la tutelle de sa mère (iaïtelgrima, puis seul à sa majorité, mais toujours sous l'autorité très directe de son oncle Pandolfe de Capoue. Neveu et oncle s'unirent à tel point que le premier s'inféoda étroitement à la politique du second.
Sentant sa puissance très augmentée par cette heureuse alliance, Pandolfe IV qui, déjà, s'était emparé du Monl-Cassin M), s'enhardit jusqu'à venir attaquer et bloquer étroitement dans sa cité le protégé de la cour byzantine, le magislros Sergios IV de Naples, coupable, on se le rappelle, d'avoir jadis, sur la demande de Hojoaunès, donné asile au rival du prince de Capoue, Pandolfe de Teano, et à son fils Jean. Par de très habiles intrigues intérieures qui, probablement, amenèrent la trahison du parti de la noblesse, Pandolfe de Capoue réussit à prendre Naples dans les dernières semaines de l'an 1027 ou au commencement de l'an 1028. Pandolfe de Teano et son fils durent s'enfuir à Home devant leur mortel ennemi. Sergios IV, lui, se relira à Gaèle. L'heureux vainqueur prit possession de la ville et seigneurie de Naples dont tous les actes continuèrent à être dalés des années du règne des basileis de Constantinople. Ceci, a-l-on dit fort bien (2\ tendrait à faire admettre que cette conquête de Naples par le prince de Capoue eut peul-èlre lieu avec le consentement tadle de la cour de Hyzance, ou bien plutôt encore que les Grecs, absorbés par d'autres tâches en Sicile et dans l'Italie méridionale, laissèrent faire Pandolfe sans souffler mot et acceptèrent sans protester cette augmentation de puissance do ce prince à condition toutefois qu'il consentit, dans sa nouvelle conquête napolitaine, à reconnaître, à l'égal de ses prédécesseurs, la suprématie byzantine. Précisément, à ce
(1) Voy. Delarr, op. cit., p. <>8.
(2} Hcincmann, op. cit., p. 53.
RAPPEL D'OIîESTE ET DE ROJOANXÊS 51
moment, les troupes grecques venaient, en effet, ainsi qu'on l'a vu plus haut, d'éprouver en Sicile un sanglant échec à Messine où ils avaient été aussi inopinément que vigoureusement attaqués par les Sarrasins (1). Homain Argyros qui venait de succéder à Constantin s'empressa d'expédier des renforts de (irèce et de Macédoine en Italie pour remédier à ce triste état de choses, mais ces troupes nouvelles ne tirent rien de bon ou s'enfuirent devant les Musulmans. Aucun résultat militaire important ou durable ne put être obtenu, grâce au déplorable commandement de l'armée.
La suite de tout ceci fut le rappel définitif, dans le courant de l'automne de l'an 1028 (2) du cubiculaire eunuque Oresle r malheureusement aussi de l'habile et énergique < catépano » Bojoannès qui avait rendu à l'Empire, en ces parages d'Italie, de si longs et si brillants services. Ce parfait capitaine fut remplacé dans son commandement par un certain Christophoros (•!), qui fut certainement nommé sur place, car la Chronique du protospalhaire Lupus, en mentionnant ce changement, ajoute que le grand hélériarque Kustalhios (i) vint à Constanlinople en qualité de < mandator » impérial, pour confirmer le nouveau « catépano » dans sa dignité et ramener à Constanlinople les deux chefs disgraciés Oreste et Bojoannès (5).
De ce Christophoros un souvenir nous est demeuré, souvenir très
(1) Amari, op. cil., Il, p. 367.
(2; Voy. Heinemann, op. cit., note 2 <Je In |i. 34 : « entre le 1" septembre et le <i novembre. •
(3) Et non « Christopliari * comme il est écrit dans lit Chronique du protospalhaire Lupus. Nous possédons do ce fonctionnaire, comme « catépano » d'Italie, un document daté déjà du mois do janvier 102'.». Voy. Imfice* cml. dipl. drt rryno di Carlo I et II di Angio, I, app. 1, n- 5, p. XIV.
(I) Et non < Kustacliius », ainsi que le nomme la Chronique de Lupus. C'est certainement TEusUthios de Skylitzes et de Cédrénus. La Chronique place par erreur ce remplacement de Dojoannès à l'an 102".>, un an trop tard. Par une amusante erreur, prenant pour deux noms propres la fonction d'Eustathios, {J«<ti)ixo; iiaviatopa;, Cette même Chronique raconte la venue de ce fonctionnaire a llari avec ses (ils liasilisque et Mandatoros »! Mavîâtopa; e*l une forme vulgaire néo-grecque pour |n»8iTu>p. Le « mandator » impérial — analogue aux < kramanatars » des rois persans, aux aides de camp do Saint-Pétersbourg ou aux « capidjis » do la Sublime Porte, — apportait les ordre* émanant directement du souverain. — J'ai publié le sceau du grand bétériaque Euslathios a la p. 34'J de ma si>jillo<jhraphie ttyiantine.
(5) Le • Ougien » ou « Bugianus », îles Chronique* do llari et de Lupus. Lebeau, op. cit., XIV, pp. 240-241, a raconté tous ces faits d'une façon fort inexacte. — Eu Tan 1026, Otlion Orseolo, doge de Venise, déposé par une faction puissante, fut tondu puis exilé a Constan-
LES PORTIIYHOG Et\'È TES ZOE ET THEO DO h A
précieux, parce qu'il nous coniirme cette haute dignité «le » catépano » d'Italie » dont ce personnage fut investi. C'est une inscription qu'o:i lit encore aujourd'hui gravée au-dessus de la porte de la charmante mosquée de Kazandjilar I , très ancienne église byzantine à Salonique. Cette inscription, fort mal lue par Texier, a été restituée depuis par ce lin connaisseur des choses de Byzance qui a nom le docteur A. Mordtmann, de Constantinople (2;. Ce texte précieux raconte que u ce lieu autrefois profane a été transformé en temple de la Vierge, par Christophoros, le très illustre protospathaire impérial et « catépano » de Longobardie, par son épouse Marie et par ses enfants .Nicéphore, Anne et Kalakala, à la date de l'indiclion XII de l'année du Monde <i«!:J7 », date qui correspond exactement à la lin de l'année 1028, la douzième indiction commençant, en effet, exactement avec le mois de septembre «le celte année. Il semble bien, nous l'avons vu, que Christophoros était déjà présent en Italie lors de son installation, car celle-ci eut lieu à Bari même en vertu d'un ordre souverain apporté par le * mandator » impérial Kuslathios. Probablement, il avait servi primitivement en qualité de lieutenant de Bojoannès avant d'être appelé à lui succéder. La construction d'une église en l'honneur de la Sainte Vierge « llodigitria », « Celle qui conduit à la victoire », dit fort bien M. Mordtmann, paraît fort naturelle au début d'une carrière aussi dangereuse que l'était celle d'un « catépano » «le C»mgobardie. Probablement Christophoros était originaire de Salonique ou bien il y avait du moins longtemps vécu, et il avait, au moment «le sa nomination de « catépano », écrit à sa femme «le faire éditier ce temple à la Toute Sainte pour attirer les bénédictions «le celle-ci sur sa nouvelle et si périlleuse fonction.
M. Mordtmann possède dans sa riche collection le sceau en plomb du
tinople, où lui et son frère avaient jadis paru avec tnnt d'éclat. Il fut remplacé par l'ielro Centranigo Ilarholani. Il trouva en Romain Argyros, frère de sa mère, un ardent protecteur. Quatre ans après, grâce à l'influence byzantine, on le rappela pour envoyer à sa place, dans cette môme ville de Comdantinople, Pietro Centranigo. qui lui succédait dans son exil comme il lui avait succédé dan* sa dignité. Mais Orseolo mourut avant que de pouvoir retourner dans sa patrie. Une ambassade solennelle, envoyée à «Constantinople pour le ramener en triomphe, le trouva mort. C'était en l'an 1030.
(1) Kazandjilar Djami. — Voy. la vignette de la p. :.H.
2, Un', arcfténl., n v de sept. I87X.