DERNIÈRE MALADIE DE CONSTANTIN VIII
cause uniquement, cause d'ordre essentiellement politique, que celles-ci avaient passé de si longs jours au Gynécée, et que leur jeunesse s'y était flétrie dans cette vie monotone, abrutissante et déprimante entre toutes (l).
Constantin, accablé par l'âge, usé par la débauche, de plus en plus désintéressé des affaires de l'État, renfermé uniquement dans le cercle de ses tristes plaisirs, tomba subitement malade dans les premiersjoursdu mois de novembre de l'an 1028, le 9 novembre exactement. Considéré de suite par les médecins comme perdu et abandonné par eux, comprenant que c'en était fait de lui, il songea enfin à ce dont il semblait ne s'être jamais soucié jusqu'ici, à se désigner un successeur. Comme il ne laissait après lui aucun fils, il n'y avait pour lui qu'une issue: trouver un époux pour une des deux princesses qui, par suite de carence de tout membre maie de la famille, allaient hériter régulièrement et nécessairement de l'immense empire des basileis si glorieusement restauré par le grand Basile. « Ce choix d'un mari était des plus difficiles, dit Psellos, car, parmi les hauts personnages sénatoriaux entre lesquels il fallait de toule nécessité choisir, le basileus n'en avait jusqu'ici distingué aucun pour ses qualités particulières. Aucun non plus ne lui avait été spécialement désigné par ses collègues du Sénat. De fiévreuses délibérations se tinrent au chevet du mourant. Le choix de celui-ci s'était d'abord fixé sur le patricc Constantin Dalassénos, «l'une illustre famille de la noblesse byzantine, qui vivait pour lors retiré dans ses vastes domaines du thème arméniaque en Asie. Disons de suite que Psellos. qui va devenir notre guide principal, ne parle pas de ce premier candidat. Il ne nous est connu que par les seuls Skylitzès et Zonaras. « Constantin, mourant, disent ceux-ci, ayant décidé de marier Dalassénos k une de ses filles et de le désigner en même temps pour le trône en le nommant d'ores et déjà césar, l'envoya chercher précipitamment par Krgodotes, un de ses plus fidèles eunuques. « C'était certainement dans l'espèce le meilleur choix que le vieux basileus pût faire. Aussi cette combinaison échoua. Plus, en effet, ce candidat était excellent, plus il déplaisait aux ministres de l'empereur
(1) Gfrœrer, op. cit., III, p. 122.
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moribond qui ne songeaipnt qu'au moyen de maintenir leur puissance sous le règne de son successeur désigné. Une intrigue destinée à faire échouer ce premier projet se noua aussitôt. Fort heureusement pour les conspirateurs, le thème arniéniaque était loin et la mort du basileus était proche.
Le drongaire de la Veille ou préfet de police de la capitale, l'eunuque Syméon, favorisait de toutes ses forces un autre candidat, le patrice Romain Argyros, lui aussi de la plus noble origine (I), un des premiers dans l'Empire, propre parent de l'empereur, très haut fonctionnaire (2),
aussi membre du Sénat. C'était également du reste, au dire de Psellos, un choix parfait, la meilleure des alliances pour l'héritière du tn'me, à cause de cette famille des Argyros, si illustre, si considérée, aussi à cause de toutes ces hautes dignités dont était revêtu le candidat.
A force d'intrigues, Syméon réussit à faire abandonner le premier projet. Un second message impérial fut expédié à Dalassénos, lui intimant l'ordre de ne pas dépasser le point où le toucherait la missive impériale, et d'attendre là de nouveaux ordres. Le temps pressait. Rientôt la mort du vieux basileus parut si proche qu'il ne fut plus possible ni de délibérer, ni de se concerter, ni même de remettre la décision finale. Constantin, moribond, n'avait maintenant plus de pensée que pour Romain Argyros. C'était lui qu'il voulait atout prix pour gendre! Donc Romain fut mandé en hâte au Palais. J'ai négligé de dire que ce précieux candidat était
\,^) Yoyei sur les origines et les ascendants de Romain Arçyros, Gfrœrer, op. cil., III, pp. 124 s.jq.
(2) Constantin VIII, i cause des liens de parenté qui les unissaient, de protospathaire (c'est Yahia, op. cil., p. 7t. qui nous donne ces détails) l'avait successivement créé patrice, puis juge suprême du tribunal du « Yelon » ou de l'Hippodrome (le dernier mot est laissé en blanc dans le manuscritj et « hyparque » ou éparque do la Ville, c'est-à-dire préfet impérial île la capitale, l'ius tard encore, il le nomma économe de la Grande Église, fonction très haute et très prisée. — De m^ine Psellos désignr Argyros sous les litres d'éparque et de protoproédre, c'est-à-dire de « premier parmi les sénateurs, h • dignité, dit-il, vraiment impériale. »
FOLI.lS (monnaie >lr. bnmze) du IhuîIhuh CftnttAntin VIII.