‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 19 sur 90 · HÉSITATIONS DE ROMAIN ABOYHOS · texte numérisé non relu

HÉSITATIONS DE ROMAIN ABOYHOS

marié ! On n'ignorait point que sa femme, qu'il avait épousée dès sa jeunesse et qui le chérissait, était naturellement fort hostile à cette combinaison inouïe qui ruinait si inopinément son pauvre bonheur à elle. Une comédie fut, en conséquence, organisée pour hâter un dénouement nécessaire en terrifiant Humain. Le vieux basileus expirant, feignant une vive colère, le lit saisir ainsi que sa femme par ses gardes, l'uis, se le faisant amener, il donna au malheureux épouvanté le choix ou de divorcer sur

MI.XIATCIit: HYZASTIXE d'un très pr+wix ni<inrwc/j< ./«; /'HUluiix- de Skylilies, d.- Ui Hibliath&jue SatinnaU de Madrid. — Mariaije de Zoé et de Itomnin Aryj/ro». — (Millet. Hf-Étnda. C. ISSl.j

l'heure d'avec son épouse légitime et de se marier immédiatement après avec sa lille, la l'orphyrogénète Zoé, héritière présomptive du trône, en prenant le litre de césar, puis, à sa mort à lui, de devenir basileus aux cotés de sa nouvelle épouse, ou, au contraire, d'avoir aussitôt les yeux crevés (I).

On donna à Romain jusqu'à la lin du jour pour répondre. Le pauvre homme, qui adorait sa femme, hésitait affreusement. La cour, anxieuse de

(1) Yahia vu jusqu'à dire que Constantin Ut semblant «TV Ire persuadé que le malheureux Romain avait trempé dans un complut pour so faire proclamer basileus à sa place, ni C nie que la conspiration était déjà commencée, ce pourquoi il IVxila de la capitale. Mais il le rappela le quatrième jour pour lui offrir le pouvoir et la main de sa tille, lui disant qu'à cause de l'illustration de s,i Cimill'-, il l'estimait plus digne de régner qu«' les autres candidats ses concurrents. Ce récit du l'élévation de Humain au trône, dans Yaliia, diffère fort d • celui des Hyzantins.

98 LES PORPHYROGÉNÊTES ZOE ET THÉODORA

ce drame qui se jouait auprès de ce lit de mort, assista alors à un spectacle presque sublime. L'épouse d'Argyros, ne se doutant pas un moment qu'il ne s'agissait là que d'une pure comédie, ne voulant pas que son mari endurât à cause d'elle ce cruel supplice, se sacrifia noblement. Fondant en larmes, vètne de noir, elle se lit couper les cheveux en sa présence, annonçant ainsi sa volonté arrêtée de renoncer à lui et d'embrasser la vie monastique pour sauver ces chers yeux qu'elle ne devait plus voir. Puis elle se laissa docilement emmener au fond du couvent qui lui avait été assigné pour demeure! Elle y vécut plusieurs années encore et mourut en 1032.

Kn même temps, à la joie de tous, Argyros était conduit triomphalement au Palais où il fut sur le champ proclamé césar et héritier de l'Empire en présence de son auguste fiancée Zoé, Agée pour lors déjà de quarante-huit ans bien sonnés. Constantin avait naturellement d'abord songé à le marier à sa seconde bile Théodora, plus jeune, et qui pouvait peut-être encore espérer avoir un héritier. C'était celle des trois Porphyrogénèles qui avait certainement le plus de qualités, qui était la mieux faite pour régner et à laquelle son père avait constamment en secret destiné l'Empire après lui. Mais elle refusa obstinément d'épouser Romain, peut-être, disent les chroniqueurs, par scrupules religieux pour la parenté qui les unissait, ou bien plutôt parce qu'il était marié à une femme encore vivante et qu'elle ne voulait pas s'unir à un homme aussi irrégulièrement divorcé. Zoé, au contraire, plus belle, mais aussi plus ambitieuse, moins timorée surtout, brillant, à près de cinquante ans. des feux inassouvis de sa chaste, longue et déjà lointaine jeunesse, ne se lit pas prier et, au refus de sa sœur, accepta avec entrain ce mari fort inattendu mais déjà, lui aussi, terriblement mûr (I).

La question de parenté — les pères des deux fiancés étaient cousins par leurs mères (2) — était une grosse difficulté. Elle fut naturellement

;j) Zonaras est seul A non* parler di.'S intentions de Constantin à l'égard de Théodura ut du refus do eell.^ci. Psellos, lui, ne parle qu«J de 7.oé.

'2,i C'est Yaliia qui indique le plus clairement les difficultés provenant de cette parenté et le véritable deyre de cousinage des deux époux, rousinace qui, s'il fut un écueil momentané, fut aussi l'une des raisotis principales du choix fait par le basileus moribond. Constantin Porphyrogenète, en effet, (irand-pere de Constantin VIII, et l'arrière-grand-pèro d'Argyros, Romain Argyropoulos, étaient Ixaux-frér.s, ayant épousé deux sojurs, filles de Humain Léra-

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