LES PORPHYROGÊNÉTES ZOÉ ET THEODORA
En cette même année 1021), disent les chroniqueurs, toujours empressés ù noler ces phénomènes célestes, des pluies abondantes, tombées à la saison propice, produisirent dans tout l'Empire de très riches récoltes de céréales et d'huile. Le 2.'i mai, jour de la Pentecôte, fête très pieusement célébrée par l'Eglise orthodoxe, un violent tumulte populaire éclata dans la Orande Eglise durant les offices. L'origine en fut une lamentable contestation de préséance entre les métropolitains de séjour dans la capitale et les syncelle* ou coadjuteurs du patriarche, sorte de chanoines du chapitre de Sainte-Sophie, auxquels ces hauts dignitaires ecclésiastiques ne voulaient pas céder le pas pour les sièges dans le « synthronon », c'est-àdire dans le chteur. Skylitzès qui note brièvement cet épisode curieux, ne nous dit pas en faveur de qui le différend fut tranché (I).
J'ai insisté plus haut sur les préoccupations d'ordre militaire qui, presque sans cesse, hantaient la pensée du nouveau basileus. II eut presque aussitôt après son avènement l'occasion d'en faire montre. Du côté de l'Occident, il ne restait guère de lauriers à conquérir. En Orient, par contre, il y avait de grandes et illustres choses à accomplir. Les expéditions des deux glorieux hasileis, .Nicéphore l'hocas et Jean Tzimiscès, leurs victoires aussi grandes que répétées sur les Sarrasins, avaient reporté les frontières de l'Empire dans les régions de la Svrie, jusqu'au delà de Damas. Basile H, leur non moins glorieux successeur, presque exclusivement absorbé par l'interminable guerre bulgare, n'avait pu, à travers tout son long règne plus que demi-séculaire, réaliser qu'une seule et quasi foudroyante incursion militaire eu ces marches lointaines, mais la réputation «le ses terribles armes avait presque constamment, durant cette longue période, contenu les entreprises des Musulmans. Tout avait subitement changé de face à la nouvelle de sa mort qui avait éclaté par toutes les terres chrétiennes d'Orient connue un glas funèbre, comme une délivrance, au contraire, pour les fils de Mahom. Apprenant la fin dece fameux homme de guerre qui. si longtemps, les avait forcés à garder une paix humiliante, enhardis par la faiblesse et la négligence trop connues de son successeur,
{1) Voy. sur cet inridont : Gfrœrcr, op. cit., III, p. 132.
DÉFAITE DU DUC D'ANTIOCHE l'AR LES ALÉPITAINS 71
émirs et prince» musulmans avaient, à l'envie, de toutes parts, repris aussitôt force et espérance. Dès les premiers jours du récrie nouveau, malgré l'anarchie extrême dans laquelle se débattait le Khalifat de Bagdad, ils avaient attaqué diverses cités frontières qui, jadis, avaient été leurs !). Ils en avaient massacré les garnisons et réoccupé victorieusement ces postes avancés. Les mobiles contingents de l'émir d'Alep en particulier, n'avaient cessé depuis ce moment d'inquiéter tous le* districts frontières, la banlieue d'Antioche surtout, par des razzias incessantes. Cet émir était Abou Camel Nasser Chibl Eddaulèh. ce qui sijjnitie « le Lion de I'Kmpire ». Il était le fils de Saleh le Mirdàside, chef des Bédouins Kélabites (2), et régnait à Alep, conjointement avec son frère Moui/.z Kddaulèh Abou'01wàn Thimàl, depuis que leur père avait été, en l'an 1029, en mai ou en juin, tué avec leur plus jeune frère dans une bataille contre les troupes égyptiennes d'Auouchtikin Al-Dotizbéri général du Khalife du Kaire, à Ukhuwàna, près de Tibériade, sur le .Jourdain T . Le duc byzantin d'Antioche, Spondyle. qui paraît avoir été un personnage aussi présomptueux qu'incapable, du vivant encore du basileus Constantin, avait résolu «l'aller châtier ces éternels envahisseurs à la tète de forces considérable*. Il ne se mit en marche que plusieurs mois après l'avènement de Romain, probablement après que la défaite et la mort de Saleh lui eurent donné l'espoir d'arracher facilement Alep à son bis. Nous ne savons de cette expédition qu'une chose, c'est que les dispositions du duc d'Antioche furent si défectueuses que, le .'tl octobre de cette même année 1029, il fut honteusement défait avec des pertes énormes par les contingents alépitains. Ce même jour, signe funeste et redoutable, une comète était apparue aux cieux, se dirigeant d'Occident en Orient.
Il) Voy. entre autres : Ibn el-Athir, op. cit., IX, p. 27fi.
i'2 Voy. Épopé; II, pp. f>(>7 et fin.
i'Xj Le « Toubser », on •. Tnusper » .les Itv zantios.
(Y/ Voy. Kreytag, Sclrcln es llixlodo Ibtirhi. p. lij. I.'allié .le Saleh. Hassan Uni Al-Djarrah, le (Us d'Al-MoufTiridj, émir «les Iteni Tai (voy. K/mp--, II, p. 007'', maître .l'une notable partie de la Palestine, avait été rontraint, après relie défaite, de se réfuci.-r sur territoire grec. Deux ans après, en Pan 422 de l'Hégire, il marcha sur Apamée avec de nombreux contingents, s'empara de relie grande ville, la mit au pillage el emmena ses habitants en captivité. Anourhlikin Al-Houzbéri. tout récemment nommé gouverneur de la Syrie pour le Khalife, leva des troupes de ce coté pour l'attaquer. —Voy. Wnsleiifeld. op. cit., p. 224, et Weil, op. ci/.. III, p. 7|. i:hiM R.ldaul.' h, déjà en 121 de l'Hégire -WW de J.-C.ï, chassa son frère du pouvoir qu'il conserva pour lui seul jusqu'en i-'J de l'Hégire ioct. 10)7 a OCt. 1038).
U:i> MHI'HYROr.ÉSÊTES ZOÉ ET TIlÈOTtORA
Le duc Spondyle et ses (roupcs désorganisées étaient rentrés précipitamment dans Antioche, et leur retraite avait semblé plutôt une fuite. A cette époque vivait depuis fort longtemps déjà dans celte grande ville, interné sous une ét roite surveillance, un chef arabe que Skylilzês nomme Mousaraf, jadis fait prisonnier par les soldats de Pothos Argyros fl). Ce louche personnage, voyant qu'il lui serait aisé d'abuser de la crédulité de ce pitoyable dur d'Antiocbe, esprit aussi superliciel et mobile que facile à inquiéter, complota de recouvrer sa liberté en rendant du même coup un signalé service à ses coreligionnaires.
A travers le naïf et incohérent récit des chroniqueurs on devine une intrigue très subtile. Voici d'après leurs dires ce qu'imagina Mousaraf : Par d'habiles discours il commença par persuader à l'inepte chef byzantin de faire construire sur la hauteur aux environs d'Antiocbe, évidemment en quelque point stratégique important sur la route d'Alep, un t kastron » destiné à contenir les futures incursions des contingents ennemis. Le chef sarrasin jura même avec tant de sincérité apparente de consacrer le reste de ses jours au service de 1'Kmpire à l'égal du plus zélé des (îrecs. que Spondyle fut assez imprudent non seulement pour lui rendre sa liberté, mais encore pour lui confier le commandement de la garnison de mille hommes installée dans la nouvelle forteresse baptisée du nom de Ménik. A peine le traître avait-il pris possession de ce château qu'il fit savoir secrètement à l'émir de Tripoli et à Anouchtikin Al-Houzbéri, généralissime des forces du Khalife d'Kgypte en Syrie, que le « kastron » était leur et qu'ils n'avaient qu'à en venir prendre possession, (le qui fut fait aussitôt. Les deux chefs, accourus avec leurs contingents en suite de ces ténébreuses négociations, furent introduits en secret dans le château par Mousaraf et les mille soldats impériaux massacrés jusqu'au dernier. Au lieu de les inquiéter, ce poste ainsi tombé par trahison aux mains des Musulmans leur donna sur les chrétiens un grand avantage de plus. De ce jour leurs incursions sur territoire de l'Empire en ces régions devinrent pires chaque jour.
fl) Je ru; «ai» à quel l'otlios Areyro* se rapporte fr renseignement <le Skylilzès ivoy. C-<lr., Il, p. V.tn.. (> ne peut '-Ire au Polhos Argyros qui vivait sous Constantin VII. Voy Un Em)»reur byzantin au X' tirclc, j». 2o7. note t. Voy. encore le Pot ho* Arjcvro* dont il est question dans le préfunt volume.