‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 46 sur 90 · PIETE EXTRÊME DE MICHEL IV · texte numérisé non relu

PIETE EXTRÊME DE MICHEL IV

« Je suis certain de ne point errer dans mon jugement sur ce basileus, poursuit Psellos avec une touchante confiance en lui-môme, et il m'est vraiment impossible de médire de ce prince que j'ai si bien connu, que j'ai entendu parler et vu agir et dont j'ai pu apprécier de près toutes les belles qualités. Certes, il avait ses défauts dont nous parlerons plus loin. Mais pour le moment, continuons à établir la liste de ses vertus. Il accordait sa constante sollicitude au bon état et à l'amélioration incessante de l'armée qu'il considérait comme les entrailles mêmes de la patrie. Pour les linances, il en laissait le soin exclusif à son frère l'Orphanotrophc, si compétent en cette matière.

« A l'égal de Romain, son infortuné prédécesseur, Michel était infiniment religieux, mais, loin de se montrer comme celui-là un simple dilettante, il était dévot de toutes les forces de son âme. Non seulement il passait une grande partie de son temps dans les églises, prenant un soin minutieux des temples où se prêchait la parole divine, mais il cultivait avant tout la société des personnes pieuses et des ascètes (1). Il avait pour ces derniers un penchant si marqué qu'il faisait sans cesse, avec une ardeur infatigable, courir les grandes routes et les chemins de traverse, fouiller en un mot tout l'Empire par terre et par mer pour qu'on lui en découvrit. On peut afïirmer que pas un seul de ces saints personnages ne lui est demeuré inconnu. VA quand il en avait découvert un et qu'il se l'était fait amener au Grand Palais, il lui témoignait de la plus profonde et presque extravagante vénération, le comblant d'égards, frictionnant de ses mains impériales ses pieds sales, le serrant dans ses bras, le couvrant de ses baisers, poussant la folie dévote jusqu'à s'envelopper secrètement de ses haillons fétides, jusqu'à le faire coucher dans son lit, durant que lui-même dormait à ses pieds sur un matelas placé à terre, sa tète reposant sur un oreiller aussi dur que la pierre. Geux mêmes parmi ces ascètes qui,

(1) Psellos (|ui nomme ceux-ci «les « théosnphistes » les appelle aussi «l«:H * philosophes, ayant méprisé )■• iuoikI» pour vivre en compagnie des êtres surnaturels, » Il 1rs différencie av« c honneur des « métaphysiciens * ipii. eux, * ne se sont occupés ipie «le chercher le principe «lu momie, en négligeant celui «le leur propre sulul ». Tels riaient les saints personnages que ce basileus aimait à patronner. — Il faut . iler parmi 1rs religieux «pie Michel IV honorait le plus de son amitié, le pieux Antoine, fomlateur du célèbre couvent <1«« ce nom. sur le mont Saint-Auxence. et qui avait déjà pré« é<|. nun«>nl joui «le la faveur «le llomain Arpyros. Voy. Sathas, op. cit., VII. p. 160.

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par leurs infirmité ou leurs plaies, étaient devenus pour tous un objet <!(• dégoût et que chacun s'efforçait d'éviter, étaient de sa part l'objet d'un culte spécial. Il se faisait littéralement leur serviteur, les lavant de ses mains, appuyant son visage sur leurs plaies, les soignant comme un esclave le ferait de son maître. » Kt Psellos, achevant cet étrange récit, s'écrie : « Que les bouches de la médisance demeurent donc closes et que la mémoire de ce basilcus subsiste indemne de toute calomnie ! *

Il nous faut, pour ne pas être tenté de hausser les épaules à l'ouïe de telles étrangelés, nous efforcer de nous mettre quelque peu au diapason de l'époque et du lieu. Ne voyons-nous point Psellos, certainement un des hommes les plus distingués de son siècle, faire le plus vif éloge de cette méthode extravagante employée par ce pauvre basileus pour tenter de réaliser cette prétendue vie spirituelle qui nous parait, à nous, enfants du vingtième siècle, une simple monomanie religieuse? Michel, en tout cas, était absolument sincère. II espérait avec ardeur, par ces pratiques dévotes, obtenir la grâce de Dieu, le pardon de ce crime dont le souvenir le hantait affreusement, la guérison enfin de sa terrible maladie. N'oublions point qu'il était un illettré, ne possédant, au dire même de son panégyriste Psellos, « aucune espèce de culture hellénique » pour le préserver de ces aberrations d'un ascétisme « gymnosophique », absolument annihilateur du moi, ascétisme dont les pratiques ridicules nous semblent aujourd'hui d'autant plus risibles qu'il s'agit d'un souverain, d'un empereur qui régnait sur la moitié du monde connu!

Non content de mener une vie d'ascète, Michel s'efforçait d'encourager cette existence chez les autres, faisant l'impossible pour se rendre Dieu propice. Il dépensait des sommes énormes, une bonne partie du trésor «le l'Kmpire, pour doter des monastères, tant d'hommes (pie de femmes. Il lit élever à Constant inople un grand édifice appelé le t Ptôchotrophion » ou « Asile des pauvres », sorte de réfectoire immense pour les dévots mendiants. A tous ceux qui voulaient suivre celte existence, il donnait de l'argent en quantité. Son zèle à imaginer de nouveaux procédés pour sauver les âmes s'étendait jusqu'à ces malheureuses pécheresses, tilles de joie, qui encombraient de leur foule les carrefours de la capitale, a Comme de telles créatures sont par nature

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sujet le» à demeurer sourdes à toutes les exhortations qui ont pour but leur salut », il n'estimait point judicieux île chercher à les amender par des lectures pieuses. Il ne pensait pas davantage devoir user envers elles de rigueur, encore moins de violence, mais il avait fait construire à leur intention un immense et magnifique pénitentiaire, moitié hospice, moitié monastère.

Puis il avait fait publier par tous les carrefours de la capitale ti que toute femme, parmi celles qui faisaient trafic de leur corps, qui se montrerait désireuse de vivre désormais honnêtement dans l'abondance, défrayée de tout, n'avait qu'à aller habiter ce refuge après y avoir revêtu l'habit monastique, que de cette façon elle n'aurait plus, dès lors, à s'inquiéter de son avenir. » Psellos ter mine ce curieux récit en nous disant qu'une foule de femmes « parmi celles qui habitaient sous les toits » I , se présentèrent et furent aussitôt enrôlées comme recrues dans cette première des armées du Salut. Nous ignorons, hélas, quels furent

MlSl.XTUHV.dnn rW.vm d'KxnlUtt du milieu du XI** Siècle emiinn, provenant ilu mamwtere de Saint-l'ierre, à Bénivent, consené iinymirt/'/ifii à Li nildi<ithèt{ne. l'ud'ninc, — Princa tenant île.* cier;/ei. tvmrtmné par de» ange». Séraphin». — (Millet. H"-Ktnda<. C. 161t.)

(I) C'est-à-dire è l'étage supérieur n'8erv>- aux fetuuies.

les insultais de ces elïorts touchants, qu'avaient tentés déjà, plusieurs siècles auparavant, Thé»dora et Justinien. * Ces femmes, s'écrie toutefois Psellos, ayant changé île nueurs en changeant d'habits, toutes ces jeunes créatures arrachéws au mal, formèrent dès lors une véritable armée d*î Dieu, un sacré catalogue de toutes les vertus » I ; !

* Le basileus n'en resta point là, poursuit notre chroniqueur. Dans cette recherche passionnée de son salut qui le préoccupait si exclusivement, il confia le soin de diriger son Ame à ceux qui dès leur jeunesse s'étaient consacrés à Dieu et qui, ayant vieilli dans les mortifications et dans un commerce constant avec la Divinité, étaient devenus tout-puissants auprès d'KIle. Aux uns, il donnait son àme à transformer, à d'autres, il arrachait la promesse qu'ils interviendraient auprès de Dieu pour lui faire obtenir le pardon de ses péchés, l u certain nombre de ces pieux religieux, dans la crainte que le basileus n'eût commis quelque crime dont il n'oserait jamais se confesser, crurent devoir se refuser à ces instances, et ceci naturellement, dès (pie le public en eut connaissance, excita encore la médisance universelle ». « Mais, ajoute Psellos, ce n'était qu'un injuste soupçon de leur part. Pour tout homme de bonne foi, il n'y avait vraiment dans toutes ces démarches du basileus pas autre chose qu'une pieuse ardeur, un désir brûlant de trouver enfin le pardon de ses fautes. »

« Je sais bien, s'écrie encore une fois notre historien, que d'autres ont écrit aussi la vie de ce prince et que probablement ils l'auront racontée tout dilléreuiment parce qu'alors régnait au sujet de ce basileus une opinion tout à fait contraire a la vérité, mais moi qui ai été son contemporain, qui me suis entretenu avec les personnes de sapins étroite intimité, je suis un meilleur juge que tous ceux-ci, à moins cependant qu'on ne refuse de me croire quand je dis uniquement ce que j'ai vu et ce que j'ai entendu. Tant pis si mon témoignage exaspère les méchants. Je n'en aurai pas moins rapporté la vérité vraie. »

Au fond, Skylitzès ;2; s'exprime à peu près de la même manière que Psellos, tout en se montrant peut-être plus sévère parce qu'il était moins bien informé : « Jusqu'au dernier jour de sa vie, dit-il, Michel pleura son

(I Vov. ii ci- sujut Oiloon, IIiTp. r.;Y, n«itc 372 dj la j». 325. •£) V..y. 0 .lr, n,:s, |. S 13.

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crime et chercha à apaiser la colère de Dieu par une foule de honnes ouvres, par la fondation de nouveaux et populeux monastères, par toutes sortes d'autres actes méritoires. Tout cela eut été certes fort utile à son âme si en même temps il eut consenti à abdiquer, à renoncer aux adulations du pouvoir, à pleurer sa faute dans l'obscurité, mais, au contraire, il continua à jouir de tout, de Zoé, du pouvoir, de la fortune publique. 11 devait croire Dieu bien stupide pour vouloir se contenter d'une semblable pénitence! »

Les ennemis très nombreux de Michel et de sa famille s'acharnaient de propos délibéré à interpréter méchamment ses pratiques de haute dévotion. Ils ne craignaient pas, parait-il, de répéter partout qu'avant son avènement si extraordinaire, le basileus avait été en communication fréquente avec les démons, que même il avait conclu avec eux un pacte impie par lequel, en échange de l'Empire, il reniait Dieu et perdait son àrne. C'est la sempiternelle accusation de tout le moyen âge contre quiconque avait réussi contre toute espérance ou vraisemblance. Psellos, du reste, a su se montrer aussi intelligemment sceptique que tout à fait impartial à l'égard de ces accusations stupide». Hésumant à grands traits le portrait si poussé qu'il nous a laissé de Michel, il s'écrie (1) : « la conduite do ce basileus fut telle, qu'abstraction faite de son crime envers lioniain, de sa liaison adultère avec Zoé, de la cruauté enfin avec laquelle il exila divers hauts personnages sur un simple soupçon, abstraction faite encore de sa déplorable famille, dont il n'était du reste pas responsable, et qu'il ne pouvait pourtant supprimer, on ne peut autrement faire que de le classer parmi l'élite des souverains de tous les temps. On pourrait même affirmer, que n'eussent été ses quelques graves défauts, on ne saurait lui comparer aucun des plus grands souverains (t . N'ayant eu dans sa jeunesse d'instruction d'aucune sorte, il sut cependant former et régler son caractère mieux que beaucoup de ceux qui avaient passé par les plus fortes études philosophiques. Il fut meilleur qu'eux et se montra constamment plein d'ardeur pour le bien public. Jamais il ne se laissa diriger par ses passions qu'il sut toujours maîtriser. Son regard était moins

<1i Éd. Riiry, p. 47

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prompt que sa pensée qui sans cesse éclatait en saillies pétillantes. Sa parole était élégante, parfois inégale, toujours rapide. Le timbre de sa voix était exquis. Il s'occupait avec une sollicitude extrême des affaires de l'État dont il avait rapidement acquis le maniement et la très grande expérience pleine de promptitude et de perspicacité. Fermement résolu à ne nuire à aucun, mais en même temps à être respecté de tous, il ne fil jamais de propos délibéré de mal à personne, conservant constamment en public un maintien grave qui, en inspirant à tous un religieux respect, les empêchait de se mal conduire. »

La tendresse de Michel pour les siens fut la pierre d'achoppement qui lit que ses belles qualités ne purent être suffisamment appréciées. Ses frères que tant il chérissait furent sa pire infortune, leurs natures vulgaires autant qu'avides ternissant le lustre de la sienne. Ils furent comme la Némésis attachée au char de son triomphe. L'aîné de tons, leur chef, celui qui avait les plus grandes qualités politiques, était ce Joannès, surnommé l'Orphanotrophe, que j'ai cité si souvent déjà et dont je vais parler avec quelque détail. Psellos, alors qu'il était déjà en âge de bien observer, s'était trouvé fréquemment en rapport avec cet illustre et dur personnage. Il l avait maintes fois entendu parler; il s'était trouvé auprès de lui quand il traitait des choses publiques. Chaque fois il avait observé son caractère avec attention. Aussi nous fait-il le compte très précis de ses bonnes et de ses mauvaises qualités.

Le célèbre eunuque, qui devait jouer sous le règne de son frère le premier rôle dans l'Ktal, était «l'esprit vif, très lin, très délié, ainsi que le laissait, parall-il, deviner l'éclat sans pareil de son regard. Dans l'expédition des affaires, il se montrait acharné au travail, de nuit comme de jour, plein de savante expérience, surtout habile financier. 11 n'aimait à faire gratuitement du mal à personne, mais souvent il prenait des airs terribles pour mieux intimider les gens, pour prévenir de mauvaises actions par la seule menace de son regard. Il était bien pour le basileus son frère un véritable «i rempart », « une tour de défense », car de nuit comme de jour ses pensées n'étaient occupées que du bien de l'État. Tout cela n'empêchait point cet homme extraordinaire de trouver le temps nécessaire pour prendre part aux réjouissances publiques, aux banquets

VlOtLAlfCE DR L* EUNUQUE J0ANNÊ8

solennels, de figurer dans toutes les cérémonies oflicielles. Il ne négligeait pour cela aucune parcelle de ses devoirs formidables de premier ministre. Rien de ce qui se passait sur lin point quelconque de l'immense Empire n'échappait à sa vigilance toujours en éveil, vigilance telle que personne n'eut osé le tromper, parce que tous le savaient constamment au courant de tout, vigilance telle que souvent la nuit, aux heures du grand silence dans l'immense Ville, il avait coutume, pour se rendre compte de tout par lui-même, d'en parcourir les quartiers les plus divers, passant avec la rapidité de l'éclair de rue en rue, perquisitionnant de tous côtés, échappant facilement, raconte l'sellos, à toute observation, grâce à la sombre robe monacale de bure qu'il n'avait jamais cessé de porter depuis sa sortie du couvent. Son information absolument parfaite de tout ce qui avait pu se passer ou se passait terrorisai! littéralement les auteurs de désordre et les empêchait de former des attroupements ou n'importe quelle réunion illicite qui, sans cela, eut pu rapidement dégénérer en une conspiration.

Chacun préférait rester chez soi plutôt que de tomber sous le coup de cet infaillible et inexorable justicier.

Telles étaient les admirables qualités de cet homme d'Ktat, qualités auxquelles Psellos oppose la profonde dissimulation qui gâtait ce remarquable caractère. « Le terrible eunuque, nous dit-il, adaptait constamment

MOSAÏQUE BYZANTINE du Nartktx <le l'éijlise </u couvent de Saint-l.uc en /'/«>• cùle. — S.iint Philippe. — A7»« Siècle. — /Millet. Iï"-i:tmles, B. iîfl.i

182 Li:a roi:i'iirhOGi:.\KTt:* zqe et theodora

ses regards aussi bien que ses discours à la qualité des personnes qui se trouvaient en sa présence. II semblait ôlre tout à elles, alors qu'en réalité il n'en était rien. Quand il voyait venir de loin quelqu'un dont il avait à se plaindre, il avait coutume do foudroyer de loin le malheureux du regard et de la voix, puis, quand il était tout proche, il lui faisait le plus bienveillant accueil comme s'il venait seulement de l'apercevoir. De même si quelqu'un tentait de lui suggérer quelque idée neuve avantageuse au bien de la monarchie, le rusé personnage affectait d'y avoir songé lui-même dès longtemps, d'en avoir même déjà décidé l'application, tout cela pour éviter de devoir une récompense à l'inventeur. Il allait, dans son cynisme pratique, jusqu'à affecter île blâmer sévèrement celui-ci de ne pas lui avoir parlé plus tôt de sa trouvaille, et l'infortuné, déçu et volé, s'en allait tète basse, tandis que le malin ministre s'empressait «le mettre son idée à profit, prenait ses mesures en conséquence, déracinait un mal peut être naissant, mais surtout se refusait absolument à se reconnaître l'obligé, du pauvre naïf.

La plus grande préoccupation de cet étrange Joannès était de paraître agir toujours en tout»! majesté, avec une grandeur, une dignité quasi-princières, mais, hélas pour lui, le véritable homme revenait constamment à la surface qui l'en empêchait, et celui-là était tout à fait grossier et mal édevé. C'est ainsi qu'il manquait de toute sobriété et une fois qu'il avait commencé de boire, sa vulgarité naturelle se faisait jour aussitôt. Il commettait alors toutes sortes d'indécences et d'inconvenances. Toutefois, même dans ce triste état, il ne perdait en rien la notion des égards qui lui étaient dus, n'adoucissant jamais son regard de bête fauve, ni n'aplanissant les dures rides de son front, l'sellos affirme s'être souvent rencontré avec lui dans des banquets qui dégénéraient vile en orgies et s'être fort étonné de ce que cet homme si peu capable de résister à la boisson ou de retenir son rire grossier, portait cependant à lui tout seul sur ses épaules l'écrasant fardeau de l'Klal. Même quand il était tout à fait ivre, il excellait encore à surveiller les actes et les propos du moindre de ses compagnons de fête. Plus tard même, comme s'il les eut surpris en flagrant délit, il leur demandait compte à brûle-pourpoint de ce qu'ils avaient dit ou fait. Aussi le redoutait-on peut-être plus encore quand il était pris de boisson que lorsqu'il était à jeun.

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C'était vraiment un spectacle étrange que la vue do cet homme si puissant sous son austère costume monacal. Pas une minute il ne réussissait à maintenir l'attitude décente et grave que celui-ci semblait réclamer. Tout au plus si quelque édit impérial concernant les ordres monastiques venait à réglementer à nouveau cet habit, daignait-il par déférence se conformer pour quelque temps à un maintien plus convenable. Mais cela ne durait guère. Plein d'indulgence pour tous ceux qui, comme lui, menaient une vie déréglée, il n'éprouvait d'autre part qu'éloignement et hostilité pour les hommes bien élevé* et cultivés, de tenue et d'habitudes raffinées. Il était leur ennemi-né. s'elTorcant de paralyser leur influence, de conlre-earrer sans cesse leur bonne volonté.

L'insouciance plus quecvuique qu'il déployait en général à l'endroit d'un chacun était remplacée, pour ce qui concernait ses frères, par une constante, une inlassable, une invariable tendresse. De ceux-ci, Psellos nous trace un portrait déplorable. Ils étaient tous sans valeur morale aucune, entièrement différents de leur dernier frère le basileus qui était leur opposé en tout. Joannès, très inférieur par lui-même à Michel au point de vue moral, était cependant très supérieur aux trois autres membres de cette intéressante lignée qui, eux, n'usaient de leur parenté avec le basileus que pour couvrir leurs mauvaises actions de sa protection toute-puissante. Certes l'eunuque n'approuvait point leur inconduite ; même il la haïssait, mais, en même temps, il chérissait ces indignes frères d'un tel amour, amour peut-être unique, dit Psellos, entre personnages du môme sang, que sa pensée maîtresse était de tenir constamment le basileus dans l'ignorance de leurs non moins constants méfaits. Kt quand, malgré tant de précautions, quelque chose en parvenait aux oreilles impériales, bien loin de se porter en accusateur, ce frère admi rable s'employait de tout son pouvoir ik cacher les malversations des coupables, à détourner de dessus leur tête la colère du basileus. Nicélas, l'un de ces trois louches personnages, ayant été appelé par la faveur impériale au poste si considérable de duc d'Anlioche, c'est-à-dire de gouverneur civil et militaire de toute la région syrienne, n'avait pas tardé à se signaler par un acle d'abominable perfidie. Les citoyens de cette

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