‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècleChapitre 75 sur 90 · SOULÈVEMENT BULGARE · texte numérisé non relu

SOULÈVEMENT BULGARE

appel désespéré à sa mourante énergie pour résister à un assaut formidable et sauver l'Empire de la pire catastrophe. Comme il se trouvait à Salonique, ainsi qu'il en avait pris, depuis que sa maladie s'était tant aggravée, l'habitude presque constante, et qu'il y passait presque toutes ses journées cl ses nuits en prière auprès du tombeau du mégalomartyr Démétrius, comme on était vers le milieu do l'an 1040, un soulèvement aussi soudain que furieux éclata dans cette Bulgarie soumise avec tant de peine après quarante années de luttes par le grand Basile et qui depuis l'an 1018, c'est-à-dire depuis plus de vingt années, avait semblé supporter dans le plus morne silence lo joug presque intolérable du brutal vainqueur (1).

Voici le récit de Skylitzès (2) complété par celui de Psellos : Les Bulgares, incapables de supporter davantage le poids si dur de l'administration de l'eunuque Joannès qui, inlidèle aux pratiques imposées par Basile au royaume conquis, exigeait le payement de l'impôt non plus en nature mais en argent, résolurent de se soulever contre leurs oppresseurs. Probablement ils y furent fort encouragés par l'état de santé si précaire du basileus. Le chef du mouvement insurrectionnel fut un certain Pierre, surnommé Dolianos fils d'un prisonnier de guerre, lui-même esclave fugitif d'un habitant de Constantinople. Psellos se montre naturellement fort sévère pour cet homme qu'il appelle « un monstre d'impudence indigne de mémoire ». Notre chroniqueur reconnaît toutefois qu'il était fort intelligent, merveilleusement habile dans l'art de séduire et d'entraîner ses compatriotes. Héfugié sur territoire bulgare après sa fuite de la capitale, il se trouvait, vers l'été de l'an 1010 aux environs de Morabos et de Belgrade, localités que Skylitzès qualifie de « châteaux de Pannonie situés au delà du Danube, voisins du cràl des Turks, c'est-àdire des Hongrois ». Là, pour mieux leurrer ses compatriotes dont il

(1) I.'arvhevcque Théophylacte d'Achrida, un Grec, «lit que les fonctionnaires impériaux en Bulgarie étaient tous dos voleurs. Les « straligoi » ou gouverneurs byzantins, nommés constamment pour un temps très court, ne songeaient qu'à tirer l<- plus d'argent possible de leurs malheureux administrés.

(2} Cédrénus, pp. 527 sqq.

(3) Aussi Déléanos, Déléan, Delian, Deljan. — « Dolianos, dit Psellos, était-il son vrai nom ou simplement un surnom indiquant sa qualité maîtresse, la ruse, Î4X*;? » — Dans le Stratcgicon, le nom de l'usurpateur est constamment écrit A«>.iavo;.

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allait exploiter les justes griefs, pour arriver à les soulever contre leurs oppresseurs, il leur déclara qu'il n'était autre que le descendant de leurs anciens rois, le lils de l'infortuné Gabriel Romain, fils lui-même du fameux tsar Samuel, mort de douleur après la grande défaite de ses armées aux temps du grand Basile en l'an 101 4.

t L'esprit sagaee de Dolianos, dit Skylitzès, avait bien compris que cette race si malheureuse , si Hère , d'humeur si foncièrement indépendante, si brutalement écrasée aussi, n'attendait pour se soulever contre ses maîtres que de trouver pour la conduire à la victoire et à la liberté un chef issu de ses anciens rois. C'est ainsi qu'il réussit très facilement à appeler aux armes ces rudes et simples populations agricoles frémissantes, qui se souvenaient encore très bien du temps où elles n'étaient point esclaves et qui chérissaient le souvenir de leur antique liberté. Contraints depuis tant d'années de dissimuler leurs sentiments vrais, courbés sous un joug qu'ils haïssaient, les Bulgares crurent immédiatement en ce sauveur qui s'offrait à eux. Instantanément, ils se soulevèrent en masse comme un seul homme. Dolianos, présenté au peuple sur un bouclier, suivant l'antique coutume nationale, fut, parmi le plus immense enthousiasme populaire, solennellement proclamé tsar de Bulgarie. « 11 était, nous répète Psellos, de l'intelligence la plus remarquable, du conseil le plus prudent, très entendu aussi dans les choses de la guerre. Il ne lui manquait vraiment que la noblesse des origines pour être digne du trône de sa nation, car les Bulgares, on le sait, ne donnent jamais la couronne qu'à un personnage noble de leur race. C'est pour cela que Dolianos chercha à se faire passer pour le descendant des grands monarques Samuel et Aaron qui avaient succombé glorieusement dans la lutte suprême pour la liberté de leur nation. Il n'eut même pas besoin d'affirmer que cette descendance était parfaitement régulière pour convaincre ses eompa-

triotes qui ne demandaient qu'à le croire sur parole (i). » Les bandes bulgares révoltées, paysans ou habitants des bourgs et des petites cités, bandes incessamment augmentées sur leur route, acclamant leur sou-

(1) Skylitzcs, on If voit, truite Dolianos d'imposteur, mais Harki fait très justement observer qu'il <'st difficile d'admettre que les Hulpares aient, on moins de quinze années, complètement perdu le souvenir de leur glorieuse dynastie nationale et qu'ils aient pu se laisser tromper aussi facilement.

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