LES PORPHYROCESETIS ZOÉ ET THÉO DOUA
aux côtés «le sa 9œur. Ne pouvant plus se servir de l'unique nom de Zoé, habilement monopolisé par Michel, ils tentèrent do le remplacer ou du moins de le renforcer par celui de Théodora qui était comme elle de pur sang impérial.
(le plan si soudainement conçu fut exécuté avec un ordre singulier, une suite tout à fait étonnante au milieu d'un trouble public aussi universel. Un des familiers du défunt basileus Constantin VIII, le patrice Constantin Kabasilas dont Psellos a, par prudence, négligé de nous dire le nom que nous connaissons d'autre part, mais dont il fait le curieux portrait que voici : « un des anciens serviteurs du basileus Constantin, un étranger, homme de haute naissance, de maintien superbe et majestueux », se mit à la tète de la manifestation nouvelle, avec les anciens eunuques de son maître, une grande partie du Sénat et un immense concours populaire. On courut dans le plus grand ordre au monastère du Pétrioti, dont on eut tôt fait de forcer la clôture (I . »
C'était vers le milieu de l'après-midi. Préalablement, on s'était précipité à Sainte-Sophie où le patriarche Alexis, de retour dans la capitale, officiait. Nous devons ce détail à Skvlitzès. Nous savons par le récit si précieux d'Hm el-Athir que ce prélat, qui haïssait le nouveau basileus et qui était par contre fort dévoué à la basilissa, avait désobéi à l'injonction de Michel et avait quitté son monastère du Hosphore pour rentrer à Constantinople [2). Du récit fie Skvlitzès, il semblerait presque que le vieux pontife ait suivi la foule des émeutiers jusqu'au Pétrion (3). Il ne pouvait du reste, dans la terrible situation où il se trouvait, faire autre chose que se rallier à la cause des adversaires de son ennemi mortel le Kalaphate. Il parut dans l'égliso au milieu de la foule tumultueuse et lui annonça solennellement son intention de soutenir le parti de Zoé et de favoriser également l'élévation de Théodora. Skylitzès cite, je l'ai dit, comme étant accourus de leur côté au couvent où
(li « Ce n'était pas une érueute en masse, «lit l'scllos, c'était une armée commandée par ■on général en chef, qui allait chercher sa souveraine. •
(2) l'sello» ne mentionne point la participation «lu patriarche au mouvement favorable à Théodoni. SkyliUès, qui est seul avec Michel Àttaleiotcs à nous parler de ce fait, a le tort, en tout cas, «le placer toute l'histoire de cette tentative en faveur «le Théodora avant le retour de Zoé au l'alnis, alors que véritablement elle n'eut lieu qu'après.
(3) Sur ce couvent fameux de Cnnstantinople, voy. Millingen. op. cil., p. 207.
MOSAÏQUE ÛYZASTISE tic la l'oiifr.- dit .\<irlhax de légliae de l Assomption delà Vierge (Koim<"ti«) à Nicée, édifice par .\i<-éphitn:, patrùx, prèpositc, • i-estis • et grand hétiriarqne du basiteus Constantin VIII. (VOU. l<i note. I de la p. 7.) — /-'• Christ, snunt Joticliim, Write Anne, saint Jtsan-liaptiste, les Evangéliste*. — (l'hot. commun, /x«r].W. O. Wulff.)
languissait Th^mlora tous les anciens eunuques de feu le basileus son père, puis encore le palrice Constantin Kabasilas el la presque unani
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mité «les s« ; nateurs. Tous ces personnages étaient unanimes à vouloir proclamer la vieille princesse, non en opposition, mais aux côtés «le sa sieur prisonnière aux mains «lu Kalaphatc. Ce n'était plus une simple émeut»', c'était une révolution qui se préparait.
La première surprise «Je l'antique recluse, si subitement précipitée »!«• l'infini silence «lu cloître au tumulte affreux de la rue en ce jour «l'émeute, fut abominable. La pauvre femme épouvante se refusa avec obstination à écouler les propositions «les chefs «lu mouvement, de tous les vieux amis «le son père et «le sa dynastie. Sourde aux menaces comme aux prières, elle courut se réfugier «lans le sanctuaire «le la chapelle conventuelle, mais les chefs de la révolte l'y poursuivirent et la saisirent de force. Qiiehpies-uns, rendus furieux par sa résistance, tirant leurs armes, voulaient l'en frapper. Bref, sacrilège inouï, on la lira avec violence hors du saint lieu, lue fois «lans la rue on l'affubla «lu magnifique vêtement impérial et, ainsi costumée '!). on la jeta en hâte sur un cheval. Ce fut «lans cet » : quipage moitié tragitpie. moitié grotesque que la vieille femme qui, le matin, avait «lit ses prières dans la pauvre cellule où elle croyait bien finir ses jours, lit, encadrée par les rangs pressés «l'une foule «•nlhousiaste, une tumultueuse entr« : e s«uis le thmie splendide «le Sainte- Sophie où «dl»' fut imméiliatemenl entourée par le patriarche et les principaux chefs <l«'s émculier*. (l'était dans ce temple augusti?, métropole «le la religion orlho«loxe, «pie ceux-ci avaient déci«lé «le c«>nduire d'abord la nouvelle et «'-trange souverain»' qu'ils s'étaient choisie, pour la couronii«t, la proclamer basilissa des Humains et lui donner ainsi la consécration et la protection officielles de l'Kglise. Tout ceci avait pris du temps. Il faisait «Jt'jà une obscurili' profomle «piaml le cortège infini atteignit IVglisc [2), «lans la soir«'«' «In lundi It) au mardi 20 avril.
Ce fut «lans ce temple splendide aux voûtes infinies un délire «le joie dynastique. La foule entière, tout le peuple de Constantinople, grands et petits, toute* les classes confondues, semblant oublier qu'il y avait encore un basileus an Palais, acclamèrent Tbéodora «'t aussi sa s«eur Zoé.
1 CVut k iv. it ,k |^. ||„«. Skyliu.'s «lit M 1 "' rr " ,l * Sainte-Sophk seukmont qu'en hnl.ilU Th. i«l»rn .k* vftt. in. nlt inip.iiiiii*. «'.. ti.- \. r«i.ai nu- parait plus pr«l>alik. Ortain»mcnl I*- patriarcl».' .lut pnsi.kr à <•«! riiur>iiin- iin nt improviik. ;2 Michel AttakuUes. op. cil,, p. 1<;.
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Longtemps, sous lus plafonds courbes à fonds d'or, retentirent les cris incessamment poussés par cotte multitude : <* Longue vie à Théodora, notre Mère ». On procéda au couronnement solennel devant tous les hauts dignitaires assemblés On avait certainement placé la vieille Porphyrogénèle ahurie sur l'ambon pour qu'enveloppée de la robe à grands carreaux, solennellement couronnée du diadème par le patriarche, elle fut visible de tous ces milliers d elres humains dans cet édifice géant. KHe recul ainsi l'hommage de tous les dignitaires prosternés à ses pieds. Quel peintre pourrait reproduire ces spectacles inouïs, celle plèbe byzantine délirante, tous ces hommes armés, ces prèlres en grand costume encombrant de leur foule ces espaces étincelanls de mille feux, celte vieille princesse en vêlements éclatants, elTarée, point de mire de tous les yeux, ces acclamations pareilles au tonnerre qui la saluaient incessamment!
Le Kalaphale fut déclaré usurpateur et par conséquent déchu. Tons ses partisans furent révoqués de leurs charges, et le sort de l'infortuné fut ainsi décidé. Théodora et cette foule immense passèrent tout le reste de la nuit dans le temple de la Souveraine Sagesse (1).
Durant qu'une partie de la foule faisait ainsi cortège à Théodora, le reste des éineutiers continuait à donner furieusement assaut au Palais Sacré défendu avec la fureur du désespoir. Du haut du Kathisma, cette tribune fortifiée si élevée au-dessus du Ilot populaire encombrant l'immense Hippodrome, celte tribune d'où tant de fois ses prédécesseurs avaient donné le signal des jeux ou lièremenl bravé l'émeute, en face de ces milliers de révoltés couvrant la vaste enceinte, assourdissant de leurs vociférations incessantes les oiseaux du ciel, le Kalaphale, escorté du nobilissime et de lous les siens, pâle, hagard, s'altendanl à chaque instant à être massacré, poussant en avanl la vieille Zoé docile, la désignait désespérément aux assaillants qui lui répondaient par des huées. Vainement s'eflorçait-il de les haranguer. Vainement leur criait -il que la basilissa Zoé «Mail déjà restaurée sur son trône el qu'il serait répondu favorablement à toutes les demandes populaires. Il ne parvenait pas à
;1 MiohH Att;il<-îiil< s. „p. cil., p. V\.
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obtenir une seconde de silence. Tous d'en bas lui hurlaient les pires injures, lui jetant une grêle de pierres, tirant sur lui à coups de flèches.
Kncore une fois, il est trop tard. La foule, comme tombée en démence, coupant incessamment la voix désespérée du prince, se refuse à l'écouter et l'insulte outrageusement. Depuis longtemps la nuit était venue. A ce moment on vient précipitamment annoncer au Kalaphate le couronnement de Tbéodora et la marche sur le Palais d'une partie des émeutiers de Sainte-Sophie qui accourent chercher Zoé pour la placer sur le trône dans l'église à côté de sa sœur. AJors l'infortuné, comprenant enfin que tout est perdu, abandonné par ses fameux guerriers vœrings, ne songe plus qu'à sauver ses jours.
11 fait apprêter un navire de la flotte impériale [tour gagner par la voie de la mer qui lui est encore ouverte le célèbre couvent de Stoudion dans l'angle sud-ouest de la Ville. Il veut y abdiquer, puis s'y faire moine, et compte échapper ainsi au sort qui le menace. Mais le nobilissime ne le pennet point encore. « Il faut vaincre avec courage, s'écrie-t-il, ou périr glorieusement en basileus. » Cet avis ayant momentanément prévalu, tout ce qui se trouvait par le hasard de ces terribles circonstances enfermé dans le Palais assiégé, tout, jusqu'aux derniers valets, est armé, et le nobilissime, conservant tout son sang-froid, groupant autour de lui cette foule disparate, la dispose à nouveau aux points les plus menacés. Il s'apprête à résister jusqu'à la dernière extrémité. C'est vraiment l'effort suprême ! A cet instant précis, coïncidence bizarre, on signale l'arrivée par mer au Palais du fameux stratigos Katakalon Kékauménos, le glorieux défenseur de Messine, apportant lui-même au basileus la nouvelle du grand succès qu'il a remporté l'an d'auparavant sous les murs de cette ville sur les Sarrasins de Sicile. Cette heureuse circonstance encourage quelque peu l'empereur défaillant.
La nuit se passa dans ces transes, dans ces luttes horribles. Cependant la tin de ce drame étrange approchait rapidement. L'aube du mardi 20 se leva sur ces milliers de combattants. Les émeutiers qui entourent le Palais sont à ce moment divisés en trois groupes principaux pour l'assaillir des trois seuls côtés où on pouvait l'aborder. Les uns font assaut du côté de l'Hippodrome. Les autres attaquent le Forum Augustéon où
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