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L'épopée canadienne, Lévis

Le chevalier de Lévis; ses premières campagnes. — Le Languedoc a donne naissance aux deux généraux qui ont successivement commandé les armées franco-canadiennes pendant la guerre de Sept ans, au marquis de Montcalm et au chevalier de Lévis.

Village et château d'Ajac.

Le chevalier de Lévis est né le 23 août 1720, au château d'Ajac, dans le département actuel de l'Aude. Sa famille, comme celle de Montcalm,

est une des plus anciennes de France; l'un de ses ancêtres suivit Philippe-Auguste à la troisième croisade; Henri de Lévis, duc de Ventadour, qui favorisa les premières missions des Jésuites au Canada, et Christophe de Lévis, duc de Damville, furent vice-rois de la Nouvelle- France. Dès sa première jeunesse François-Gaston, chevalier de Lévis, s'adonnait au métier des armes et annonçait des qualités de bravoure et de jugement. Pendant la guerre de la succession d'Autriche, il fait la campagne de Bohême et il est blessé au siège de Prague. Rétabli, il prend part en 1743, sur le Mein, à la bataille de Dettingen, à la suite de laquelle nous sommes rejetés sur la rive gauche du Rhin; le régiment de marine dans lequel il sert est décimé et contraint de revenir en France. Lévis rentre néanmoins en campagne et se bat dans la Haute- Alsace, en Souabe, sur les bords du Rhin. En 1746 il est envoyé sur la frontière italienne; Tannée suivante, nommé aide-major, il se distingue et il est blessé à Plaisance. « Pendant cette campagne, dit l'abbé Casgrain ('), le chevalier de Lévis avait fait admirer sa valeur, sa présence d'esprit et de rares qualités militaires. On cite de lui un brillant fait d'armes qui eut du retentissement. Le duc de Mirepoix, Gaston de Lévis, son cousin, commandant le régiment de la marine, l'avait choisi pour aide de camp à l'attaque de Montalban. Ils se trouvèrent tous deux sans escorte, au débouché d'une gorge, en présence d'un bataillon de Piémontais : « Bas les armes! crient-ils à l'ennemi, vous êtes entourés. » Le bataillon fut fait prisonnier. » Le traité d'Aix-la-Chapelle mit fin à la guerre.

On sait que la paix dura peu; c'est le 18 mai 1756 que Louis XV se décide à rompre avec l'Angletere après que la France eut subi pendant deux années, en Amérique et sur mer, une série de violences et d'actes de piraterie. Le chevalier de Lévis est désigné pour combattre en second au Canada, avec le titre de brigadier, sous les ordres du marquis de Montcalm, qu'il a connu, dit-on, pendant la campagne de Bohême. La guerre dite de Sept ans commençait.

La guerre du Canada (2). — Dès les premiers essais de colonisation française, le Canada fut convoité par la Grande-Bretagne et surtout par les provinces semi-indépendantes de la Nouvelle-Angleterre; et l'on

(') Dans son admirable ouvrage Montcalm et Lévis, publié chez MM. Deniers et frères à Québec, Marne et fils à Tours (France).

(-) Pour l'exposé d'ensemble des opérations jusqu'à la mort de Montcalm. lire la plaquette qui lui est consacrée. On donne ici, au sujet de Lévis ou à son occasion, des détails intéressants sur cette première partie de la guerre.

peut dire que leur hostilité, tantôt ouverte et tantôt sournoise,, n'avait jamais cessé depuis lors. En vain des gouverneurs avisés ont maintes fois démontré aux ministres, dans de lumineux Mémoires, la nécessité d'implanter une forte population française sur le sol d'Amérique : ce langage n'était pas compris; on répondait par des objections puériles ou misérables sur le danger de dépeupler la France, les grosses dépenses qu'occasionnait le Canada et les questions urgentes qui se débattaient en Europe. Aussi, au début de la guerre actuelle, quatre-vingt mille habitants seulement sont fixés dans la colonie, pour la plupart le long des rives du Saint-Laurent, tandis que l'Amérique anglaise compte un million deux cent mille âmes. Il semble que l'on eût dû se préoccuper avec d'autant plus de soin de la défense d'un pays trop faible pour soutenir par lui-même, victorieusement, des chocs violents et répétés. La vérité est tout autre. Selon l'observation toujours actuelle d'un historien des campagnes de Louis XV : « En temps de paix, elles [tïôs colonies) étaient dépourvues de munitions de guerre, comme si cette paix eût été éternelle. Au premier signal des combats, quelquefois même avant, les Anglais toujours préparés, toujours armés à propos, venaient fondre sur elles, tandis qu'à la Cour on délibérait sur la nature et la quantité des secours qu'on leur faisait parvenir. » Et l'on continuera à délibérer pendant que l'armée franco-canadienne et le peuple, luttant pied à pied pendant plusieurs années, vivant dans les angoisses de la disette et des désastres imminents, tournent en vain leurs regards vers la France! Ou plutôt, on ne délibérera qu'en apparence; cette Cour voltairienne, la seule coupable, compte sur quelque miracle et se résigne tacitement à un abandon où, pense-t-elle, après l'envoi de quelques régiments, l'honneur est saut.

Disons-le de suite pour n'y plus revenir. L'ensemble des troupes envoyées en Amérique avant la déclaration de guerre, en ce moment avec Montcalm et l'année prochaine, ne s'élèvera qu'à six mille cinq cents hommes. Ces soldats d'élite appartiennent aux bataillons de Bourgogne et d'Artois (casernés à Louisbourg, île du Cap-Breton), de la Reine, de Béarn, de Languedoc, de Guyenne, de la Sarre, de Royal- Roussillon et de Berry.

L'uniforme change d'un régiment à l'autre; il comporte l'habit gris blanc, avec des parements tantôt rouges, tantôt bleus, des boutons de cuivre ou d'étain et le chapeau bordé d'argent ou d'or. Les drapeaux sont d'ordinaire au nombre de trois, l'un blanc dit drapeau colonel et les deux autres dits d'ordonnance ; l'étoffe de ce dernier est traversée par une grande croix blanche qui le divise en quatre carrés; chacun d'eux est teint d'une couleur qui est généralement la même pour deux carrés

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