‹ L'Épopée de Verdun, 1916Chapitre 1 sur 66 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

ses origines, son développement et ses conséquences. J'ai mis quinze ans, pour ma part, à rassembler les documents qui devaient me servir à raconter la guerre de 1870-71. Il en faudra tout autant, sinon davantage, pour débrouiller le chaos de celle d'aujourd'hui.

Qui donc, en effet, pourrait, à l'heure actuelle, dire exactement quelle a été la conception intégrale de l'état-major allemand, dans l'affaire de Verdun, quelles raisons lui ont fait choisir ce point principal d'attaque, et si, encore, l'assaut simultané qui fut livré certain jour sur les deux rives de la Meuse est arrivé à son heure, c'est-à-dire s'il correspondait exactement au moment psychologique dont parlait feu Bismarck, comme de celui qu'il faut savoir reconnaître et choisir ? Sur toutes ces questions qui demeurent pour longtemps obscures, chacun, évidemment, peut avoir une idée personnelle, mais une idée uniquement basée sur des déductions ou, qui pis est, sur de simples inductions.

L'auteur s'est tenu fort sagement à l'écart des unes et des autres. Il s'est borné à soulever, là où c'était possible, quelques coins du voile, ce qui est déjà beaucoup. Surtout, il a préparé la tâche des historiens de l'avenir en leur présentant une documentation très touffue, puisée aux sources allemandes et françaises, et assez sûre pour permettre à chacun de pratiquer plus tard des recoupements utiles, en la comparant aux pièces officielles, ou autres, qui seront mises au jour dans les années qui suivront.

PREFACi:. IX

Ce qui nous intéresse dés maintenant, c'est de trouver ici, exposées presque jour par jour, les diverses scènes du drame. Voici d'abord la formidable ruée du 21 février 1916, avec ses débuts terrifiants et l'arrêt magnifique qui lui fut imposé le 24. Puis, c'est la bataille engagée sur les ailes, et les interruptions que l'ennemi, dont on a pu dire qu'il était « vaincu par sa conquête », a été contraint d'y apporter. C'est encore toute la série de ces coups de bélier spasmodiques, qui ne cessaient pas, même après le début de l'offensive de la Somme, et dont, pour grandir le succès mal assuré, le Kronprinz, cravaté prématurément de feuilles de chêne, ne craignait pas de dire, avec une présomption bientôt punie, « qu'ils avaient supprimé une pierre angulaire de la défense française ».

Et ce sont enfin les deux coups de foudre du 24 octobre et du 2 novembre, qui frappèrent si rudement les occupants deDouaumontet de Vaux, chassés de deux points d'appui de première importance, dont la conquête, surtout en ce qui concerne le premier, avait soulevé en Allemagne des enthousiasmes débordants et d'infinies espérances. Le fracas de la catastrophe retentit jusque dans la profondeur de l'Empire, et la couronne de chêne qui pendait au cou de l'héritier de Hohenzollern se changea en une couronne d'épines. Il venait de perdre son bâton de feld-maréchal.

L'échec subi par lui avait encore une autre conséquence. Il montrait clairement qu'en escomptant notre affaiblissement, l'ennemi s'était trompé

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