‹ L'Épopée de Verdun, 1916Chapitre 17 sur 66 · Le rédacteur militaire du Journal des Débats · texte numérisé non relu

Le rédacteur militaire du Journal des Débats

cote 344, les témoignages manquant pour cette partie du champ de bataille. Mais Tassaut de Douaumont le 25 au soir, sur des pentes également découvertes, a été terriblement meurtrier. Il a fallu déboucher sur des plateaux ou pénétrer dans des ravins sous le feu de notre artillerie, emporter de vive force des secondes positions que rartillerie n'avait pas réussi à réduire. Et, en fm de compte, le 26, la masse de choc allemande est venue se broyer sur notre défense. Il paraît certain que quatre corps au moins sont entièrement hors de combat.

Nous avons été sensiblement moins éprouvés parce que, conformément à la règle, la défense a été menée avec le minimum d'effectifs. Les communiqués ont pris soin de nous le dire. Les journaux neutres l'imprimèrent couramment, et le Journal de Genève, qui est généralement bien informé, a cité le nombre très petit de corps d'armée que les Français avaient jusqu'ici engagé.

Du reste au moment où l'ennemi commença son offensive, nous ne pouvions engager davantage de monde. C'eût été une faute que d'aller trop vite. La principale vertu d'une offensive est de laisser jusqu'au dernier moment Tadversaire dans le doute sur le véritable point d'attaque et sur les moyens qu'il déploiera réellement dans la mêlée. Les Allemands auraient pu ne faire qu'une feinte sur Verdun et attaquer en masse sur Nancy, Amiens ou Calais. Notre devoir était de maintenir partout une juste balance de nos forces. C'est ainsi que les deux mille pièces de canon tonnani contre nos lignes, d'après les évaluations de lord North cliffe, dans le Daily Mail, nous ont relativement tue et blessé peu de monde.

Quel a été l'aboutissement d'une dépense d'hommes, d'une orgie de munitions qui n'a pas eu de précédente dans l'histoire des guerres?

« En tant qu'attaque brusquée, écrit le colonel Feyler dans le Journal de Genève^ l'opération frise un échec. )) « La pièce maîtresse du mécanisme, opine le rédacteur militaire du Journal dés Débats^ c'est-à-dire l'attaque sur notre front Nord, a été arrêtée le 26 février, et arrêtée irrémédiablement. Tout le mécanisme a été à son tour faussé. Il a fallu improviser un nouveau plan. On a essayé, le 2, une nouvelle attaque sur Douaumont, c'est-à-dire sur l'objectif précédent. Dans ces conditions, la bataille s'est définitivement arrêtée sur le terrain de l'ancienne attaque principale ; mais on a fait jouer les attaques secondaires, qui avaient été préparées sur Vaux et sur la rive gauche, en les élevant maintenant au rôle d'attaques principales. Autrement dit, la machine a fonctionné telle qu'elle était montée avec le ressort essentiel en moins. >

C'est leur confiance dans ce ressort qui faisait affirmer à des chefs allemands, non des moindres : « Nous -erons à Verdun dans quatre jours. »

Donc, le généralissime a été en droit de dire, dès la mi-mars, à ses troupes :

« Soldats de Tarmée de Verdun !

« Depuis trois semaines, vous subissez le plus formidable assaut que l'ennemi ait encore tenté contre

liOUS.

« L'Allemagne escomptait le succès de cet effort ju'elle croyait irrésistible et auquel elle avait consacré -es meilleures troupes et sa plus puissante artillerie.

« Elle espérait que la prise de Verdun ralïermirait le courage de ses alliés et convaincrait les pays neutres de la supériorité allemande.

« Elle avait compté sans vous !

« Nuit et jour, malgré un bombardement sans précédent, vous avez résisté à toutes les attaques et maintenu vos positions.

« La lutte n'est pas encore terminée, car les Allemands ont besoin d'une victoire. Vous saurez la leur arracher.

« Nous avons des munitions en abondance et de nombreuses réserves.

« Mais vous avez surtout votre indomptable courage et votre foi dans les destinées de la République.

ce Le pays a les yeux sur vous. Vous serez de ceux dont on dira : « Ils ont barré aux Allemands la route de Verdun ! »

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