Sous-lieutenant Madelin, Leurs aveux
une démonstration, affirment que l'état-major entend enlever Verdun, quitte à y mettre Je prix en vies d'hommes. La chose en vaut la peine. On contraindra la France à une paix séparée. »
M. Madelin a lu des milliers de lettres. Il en cite de très intéressantes.
Onze jours avant la première bataille, le soldat B... écrit : du fond de son abri « où les officiers se tiennent silencieux et pâles » : « De grands et pénibles choses se préparent ». Beaucoup de ceux-là, en effet, ne sont plus les fanfarons du début de l'invasion. Leur témoignage contredit même plus d'une fois les affirmations de la jactance officielle. Visiblement, le lieutenant G... ne croit guère aux nouvelles annonçant la progression toujours constante de l'armée dont il fait partie : « Le 11 avril, nous avons fait une attaque pour prendre les tranchées françaises. Nous avions commencé par faire une préparation d'artillerie très considérable, pendant douze heures, puis l'attaque d'infanterie s'est déclenchée, mais les mitrailleuses françaises étaient absolument intactes, de sorte que la première vague d'assaut a été immédiatement fauchée par le tir des mitrailleuses, dès qu'elle a eu quitté la tranchée. En outre, les Français ont déclenché à leur tour un tel tir de barrage d'artillerie, qu'il ne fallait pas songer à une attaque.
'ous savons par un autre que le bois des Corbeaux :. cLé le « tombeau » de maint régiment, que le Mort- Homme (dont le communiqué du 15 mars a annoncé ' la prise) continue à opposer une infranchissable barrière à a ruée allemande. C'est un officier allemand lui-même qui vient donner au bulletin mensonger le ' i formel démenti. Le lieutenant R..., du ?!• de rêve, la veille d'êtjrt tué devant la bois des Corbeaux le 9 avril, écrit :
a Mon cher Walter.... Je suis assis en ce moment dans mon trou et je pense à toi. Ah! quelle différence entre le séjour ici et la vie en Allemagne ! Depuis huit jours, je suis dans la saleté sans pouvoir me laver. Nonowow n'était pas bien agréable, mais ici, dans cet enfer, devant Verdun, c*est d'une mortelle tristesse. Demain, notre régiment attaque entre le bois des Corbeaux et le Mort-Homme, que d'ailleurs les Finançais occupent toujours et où ils ont d'excellents observatoires, »
Le lieutenant R... ajoute : «Le cercle autour de Verdun se referme un peu, mais mon opinion, fondée sur l'extrême précision du tir de l'artillerie française et la quantité innombrable de leurs canons, est que nous ne prendrons pas Verdun. Gela coûte trop d'hommes. Pour l'avoir, il nous faudrait des mois de combat. »
Un officier aviateur, le lieutenant L..., capturé le 30 avril, s'incline sans barguigner devant la supériorité de notre aviation : « Lorsque j'ai été attaqué par votre Nieuport, déclare-t-il à des officiers de notre armée, j'ai nettement compris que j'étais perdu : devant la souplesse de ses évolutions, j'ai eu la très franche sensation, non seulement de notre infériorité, mais encore de notre impuissance. Votre Nieuport est une merveille, bien supérieur à notre Fokker : il est un objet d'envie pour nos pilotes, qui le redoutent et s'écartent quand ils n'ont pas la supériorité numérique. » Interrogé sur les pertes éprouvées par les aviateurs, le lieutenant a un geste de découragement : « Ach Gott! Furchthar gross, (Hélas! terriblement élevées) », soupire-t-il.
Si l'officier soupire, le soldat gémit. Le fusilier B... écrit :
« Nous avons assez de cette vie. Le 21, toute la
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journée, feu d'enfer. Les Français se défendent vaillamment. « Quatre jours après, un soldat du 69% dit
s Brandebourgeois de Douaumont, sur la foi du télégramme impérial, qu'ils ont « remporté la grande victoire de Verdun » (sic); mais il ajoute : « Leurs rangs se sont bien éclaircis ; cela dure depuis trop longtemps. » Le 24 mars, le feu roulant (Trommelfeuer) dicte à un autre cette lamentation : « C'est amer, bien amer. Je suis encore si jeune. Que sert de prier, de supplier? » Sa mélancolie est justifiée. Ils sont tant les camarades qui tombent sous un feu d'artillerie « auprès duquel celui des Russes est un jeu d'enfant ! » « Ce matin, dit le soldat S..., les Français nous ont enfumés avec des obus à gaz et autres choses infâmes. Il est grand temps qu'on les ait relevés, sinon, dans cette chaudière à sorcières, tous les hommes seraient devenus fous. »
Quant à ceux qui gardent encore leur raison, jugez de leur sort d'après ces autres renseignements fournis par les lettres. « De l'escouade d'un soldat qui a été de l'assaut de la cote 265, sur dix-neuf hommes, il n'en reste plus que trois.... Tous les chemins étant pris sans arrêt par l'artillerie française, on ne peut même plus enterrer ses morts. On ne peut même plus aller chercher à manger. Il y a tous les jours des tués et des blessés parmi les hommes requis pour cette corvée. L'eau potable manque ». « Nous avons chaque soir, ôcrit-on d'autre part, la moitié d'un verre de café à boire. » Et un autre observe que si la ration de café augmente, c'est que les rationnaires diminuent en nombre.
« Les soldats voudraient bien que tout cela soit fini », c'est l'unanime refrain. Mais quand? Le soldat Fritz a nrêté l'oreille à ce propos de son général transmis par
^ officiers et les sous-officiers : « Quels que soient les
crifices à faire, l'effort sur Verdun continuera jusqu'à
la chute de la place, pour montrer au monde ce qu» vaut l'armée allemande ». Le soldat Fritz, retourné devant son écritoire, le ventre vide, mande à ses parents : « Puisqu'il n'y a plus rien à bouffer (fressen), qu'on fasse donc la paix. * »
Les carnets de soldats offrent, comme les lettres, d'intéressantes particularités sur le prix que Verdun coûte. Un pionnier de la 5« compagnie du 3<^ bataillon dit :
« 5 mai. — Assaut général du 3® corps d'armée sur les positions françaises. Nous prenons les premières tranchées, mais bientôt nous sommes contraints d'abandonner nos nouvelles positions et nous sommes refoulés sur les anciennes. Dans cet assaut, la 3« compagnie subit les plus grosses pertes. Il ne revient que sept hommes d'un bataillon du 52* régiment de la 5« division et vingt du 20^ régiment de la 6« division. A la suite de ces pertes, des régiments refusent de marcher parce ce qu'ils sont trop faibles. Ça ne va pas, car nos réserves ne peuvent se porter rapidement à notre secours à cause des tirs de barrage français.
« 7 mai. — Grosse explosion dans le fort de Douaumont. C'est terrible, car on avait massé là de gros renforts en vue d'une attaque. Nombreuses victimes. L'état-major n'en souffle mot. On nous dit que ce sont les Français qui ont fait sauter une mine et qu'il n'y a que 200 ou 300 tués, mais des camarades échappés racontent qu'un flammenwerfer a pris feu par Timprudeuce d'un fumeur et a fait sauter le dépôt de muni-