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XLVI

(3) Dos Kuppelgrab bei Menidi, édité par Tlnst. arch. allem. d'Athènes, 188Q. — Milchhœfer, p. 105-106.

(4) Das Kuppelgrab bei Menidi , p. 48.

(5) ^ABiivaiov, Vil, p. 183-201; VIII p. 517-526. MittheiL. I, p. 143-163.

(6) 'AOiivaiov, VI, pi. 1-6, p. 167-203. Mitth,, p. 82-84, 261-276. — Schliemann, Mykenœ p. 431-437. —Bullet. de corresp.hell.^ I, p. 261-264, II, pi. XIll- XIX, p. 185-228. —Milchhœfer, Die Museen Athens, p. 102-104.

(7) Mittheil., l,p. 152. — (S) Dos Kuppelgrab bei Menidi, p. 52.

(9) Miiiheil.y II, p. 275. — Dumont etChaplain, les Céramiques de la Grèce propre, p. 61-64.

(10) Das Kuppelgrab, p. 48.

88 I/EPOPEE HOMERIQUE.

Ce critérium ne saurait s'appliquer avec la même certitude à TAttique. L'Attique n'a été touchée que très superficiellement par les flots de cette invasion; il est donc très probable que la phase orientale de la civilisation y a duré un peu plus longtemps.

Si cette opinion est exacte, les tombeaux de Mycènes dateraient d'avant la fin des conquêtes doriennes dans le Péloponèse, fin qu'on place au dixième siècle avant Jésus-Christ (1). Quelques savants ont essayé de déterminer leur date avec plus de précision La démonstration de Kùhler (2) mérite tout particulièrement d'attirer l'attention. Il l'appuie sur les glaives et les poignards trouvés dans les tombeaux en puits (3). Quoique l'origine de ces armes ne puisse être déterminée à coup sûr, il est très probable qu'elles ont été fabriquées par les Phéniciens de la mer Egée ou par ceux de Chanaan. C'est, en tout cas, une imitation de modèles égyptiens du temps des premiers Ramessides (quinzième ou quatorzième siècle avant J.-C). Les motifs égyptiens y sont très fidèlement reproduits; nous sommes donc amenés à croire que les copies ont suivi d'assez près les originaux. Par conséquent, les tombeaux en puits de Mycènes dateraient du dernier quart du deuxième millier d'années. Les antiquités de Théra sont plus anciennes. Celles d'Hissarlik, enfin, remontent à une époque qui se perd dans la nuit des temps , où la civilisation orientale avait à peine effleuré l'Asie Mineure.

Nous avons, en outre, à mentionner ici la citadelle supérieure de Tirynthe, dont la découverte est due également à Schliemann et qui nous donne une idée très nette du palais des rois de cette époque (4). La construction et la décoration de ce palais remonte à une période qui se termine au moment de l'invasion dorienne; c'est un fait incontestable. Dôrpfeld (5)

(1) MullenhofT) Deutsche Alterthuniskunde, 1, p. 58-60.

(2) MittheiL, VII, p. 24g-251. — (3) Voy. p. 74, note 6.

(4) Schliemann, Tirym^ 188(>.

(5) Schliemann, ihid., p. a38-:3jO, 305-397.

a démontré tout au long que les traces des peintures murales trouvées dans cet édifice offrent de nombreuses analogies avec les vestiges artistiques des tombeaux en puits de Mycènes, du plafond sculpté du thalamos d'Orchomène et de beaucoup d'autres monuments de la même époque. Les

pièces représentées ci-contre (fig, 13 à 18) sont particulièrement instructives à cet égard. La figure 13 reproduit une plaque en pierres d'un vert pâle, qui formait dans le mégaron, avec

Fig. 13. — Plaque du mégaron de Tiryntlie.

Fig. 14. — Frise du palais de Tiryntbe (état actuel).

d'autres morceaux analogues, une corniche de 0,12 de hauteur. Les ornements en relief de cette plaque consistent en une spirale et des motifs de fleurs qui rentrent dans les intervalles

Fig. 15. — Plan de la même frise.

compris entre les bords extérieurs de la spirale. Cet ornement est assez fréquent sur les objets qui proviennent des tombeaux en puits de Mycènes (1). Dans le portique situé devant le mégaron on

(1) Voy. Mykenœ^ p. 175 n» 222 et p. 189. Comp. aussi le fragment de frise, p. 1 10 no 153.

a trouvé sept plaques de frise en albâtre qui ne forment qu'un tout (figure 14 4 16) (!)• La figure 14 donne la frise telle qu'elle s'est conservée, la figure 15 le plan à l'échelle de 1/5, la figure 16 une restauration de la frise, le tout d'après Schliemann {Tiryns, PL IV). Les plus grandes plaques ont 0,68, les plus petites 0,43 de largeur. Comme la partie supérieure manque, on ne peut déterminer leur hauteur. Chacune des plaques étroites est munie à sa partie inférieure d'une bande qui a 0,10 de largeur et d'une sorte de bourrelet mesurant 0,02 de haut sur 0,07 de large, qui avait évidemment pour but d'empêcher la chute des plaques. Tout cela prouve que cette frise devait être posée à une certaine hauteur du mur. La décoration se compose en partie de sculptures en relief, en partie d'incrustations de smalt (2). Elle consiste en rosaces et demi-rosaces et en bandes de spirales encadrées de deux rangs de petits rectangles. Toute cette ornementation caractérise la décoration qui a précédé la migration dorienne. La rœace est un des motifs d'ornement préférés de cette époque (3). Cette bande de spirales encadrées d'une suite de petits rectangles, on la rencontre sur les demi-colonnes et sur les chapiteaux du trésor dit d'Atrée (4). Mais l'analogie ne se borne pas aux ornements en eux-mêmes; elle s'étend à la manière dont ces ornements sont disposés. On a trouvé à Mycènes deux frises de porphyre dont l'une est représentée à la figui-e 17 (5), et dans le tombeau de Menidi plusieurs petites plaques de smalt (figure 18) (6), qui, par la manière dont la décoration est disposée, rappellent absolument la frise de Tirynthe.

Une observation de Dummler détermine d'une manière encore

(1) Dôrpfeld, loc. ciL p. 323-327.

(2) Tous les petits rectangles sont en smalt bleu, ainsi que toutes les pièces rondes qui se trouvent dans les spirales et au centre des rosaces.

(3) Schliemann, Mykenw, p. 215, 218, 249-250, 262, 264, 270.

(4) Blouet, ExpédU de Morée, II, pi. 70. — Murray, Ilist. of gr, sculpL, I, p. 40, fig. 5.

(5) Schliemann, Mykenw, p. 109.

(6) Das Kuppelgrab bei Menidi, PI. 111, 24.

92 I/EPOPEE HOMERIQUE.

plus précise Tépoque de la construction du palais de Tirynthe (1). En effet, si Ton compare les fragments de poterie provenant de cet édifice avec la céramique de Mycènes, on a la preuve qu'ils ressemblent non pas aux types trouvés dans les tombeaux en puits, mais bien à ceux qu'on a trouvés en dehors de ces tombes, sur le sol de l'acropole. Par suite, le palais semble plus récent que les tombeaux en puits et doit appartenir à la période des tombeaux à coupole de Mycènes (2).

Parmi les nombreux faits de la plus haute importance relevés lors des fouilles de Tirynthe, il convient d'en signaler un ici d'une manière toute spéciale. Par les soins de Schliemann, presque toute la muraille de la citadelle supérieure a été déblayée (3). On a reconnu ainsi que tout le long du mur de soubassement sont pratiqués des chambres et des corridors voûtés en ogive, qui paraissent avoir servi de magasins. Une disposition analogue n'existe, que nous sachions, que dans les murs de défense phéniciens, notamment à Byrsa de Carthage, à Thapsos, à Hadrumète, à Utique et à Thysdros (4). Cette coïncidence est une nouvelle preuve des relations suivies que les populations de l'Argolide entretenaient, en ce temps-là, avec l'Orient. On ne saurait guère prétendre que le prince de Tirynthe donnait des subventions aux artistes indigènes pour voyager dans l'Asie antérieure, afin d'y étudier l'architecture. Il n'y a qu'une alternative possible : ces murailles ont été élevées ou bien par des architectes orientaux venus à Tirynthe, ou bien par des architectes indigènes qui avaient été instruits par ces derniers. Que Ton s'arrête à Tune ou à l'autre de ces deux hypothèses, l'immigration d'architectes orientaux en Argolide peut être considérée comme un fait historique.

Arriwns maintenant à un groupe de tombeaux qui est for-

(1) MittheiL, des arch. Itist.^ 1886, p. ÎJ9. ('2) Comp. plus haut, p. 86-87.

(3) Ttryns^ p. 353 et suiv. Plan n*> 125.

(4) Tinjns, p. 372-374.

GROUPES D'OBJETS TROUVES DANS LEST. tKt

cément menlioûné très souvent dans ie présent ouvrage ; nous voulons parler de ceux liu Dipylon d'Athènes (1). On s'accorde généralement à reconnaître qu'ils appartiennent à une époque plus récente que toutes les antiquités dont il a été question jusqu'à présent (2). Il suffit de faire observer à ce propos que, dans ces tombeaux, les corps sont pour ta plupart (3) incinérés, et qu'au septième (4),

voire même au sixième siècle, les Athéniens (â) employaient des poteries semblables k

celles qui ont '''«■ "■ - '''''" ••* norpliîTe de Oycéne».

été trouvées

dans ces tombeaux. Comme les objets en métal de ces sépultures ne sont qu'insuffisamment connus (6), il faut se boi'-

(1) Monum. deW Intl.. IX, PI. XXXIX. XL. — Ann., 1872, p. 131-181. — Comp. FurtwKngler, Die Bronzeftinde aus Olympia, p. 9 et auiv.

&) Comp. Furtwsengler, ibid..p. 10. — (3) Annal. ddV Intl.. 1872, p. 13r>, 147, 107.

(4) Annal.. 1880, p. 133. — Mitthdl dfgdeutsc/i. arch. Insl. in Athen, VI. p. 112.

(5)-4nn. rfe/f //w/., 1878, p. 311, 312. A Olympia on aconstatéla présence de ces ornements géométriques gravés sur des garnitures de bronze, et qui datent de la fin du sixième jusqu'au commencement du cinquième siècle. Furtwângler, Die Bmnzefunde ans Olympia, p. 12.

(G) Ami. dfW Iml., 1872, p. 136, 154-155. Des diadèmes d'or avec figures d'animaux repoussées ont été reproduits dans le Dicl. des ani. de Daremberg et Saglio, p. 788, n° '.)33, et un exemplaire avec centaures et scènes de guerredansl'/lrcft. Zei(.,LXil,1884. PI.IX. i, p: 102 (article de Curtius). On a trouvé, en outre, des scarabées en smalt bleu. Six exemplaires que nous avons vus à Athènes sont tisses et dépourvus de toute gravure. Trois autres sont conserii-és au musée de Berlin : Milcliliœfer, Die Anftpnge det gr. Kvnst, p. 43.

1)4 I/EPOPEE HOMERIQUE.

ner à étudier les vases peints qu'on y a découverts en grand nombre. Leur décoration est d'un style géométrique tout particulier que, pour cette raison, on appelle simplement le style du Dipylon. Des poteries de ce genre ont été trouvées non seulement en Âttique, mais encore dans plusieurs localités de la Grèce orientale, dans les lies de la mer Egée, notamment dans •celles de Melos et de Théra, en Asie Mineure et dans le nord de r Afrique (1). Nous sommes en droit d'en conclure que ces poteries ont été fabriquées dans TEst, soit dans les tles de la mer Egée, soit en Asie Mineure, et non pas en Attique dont

rindustrie et le commerce étaient encore fort peu avancés à Tépoque à laquelle on est obligé d'attribuer les tombeaux du Dipylon. Par conséquent, si les notices de „. ,^ ^. , , fouilles, actuellement connues, indiquent

Fig. 18. — Plaque de smalt » ^

de Menidi. uuc régiou qui concorde avec celle où pri-

rent naissance les poèmes homériques ou <iui seulement en approche, il est extrêmement important pour l'objet de notre étude de déterminer la relation chronologique qui existe entre les vases du Dipylon et l'Épopée. Hirschfeld (2) a déjà attiré l'attention sur ce fait que l'ornementation figurée de ces vases a quelques points de contact avec les descriptions homériques. C'est ainsi que les hommes en costume ordinaire sont, comme dans Homère, ceints d'un glaive (3). Leur équipement militaire comporte déjà des jambières (4) qui ont donné naissance à l'épithète îo^vrîfAioeç caractérisant les Achéens. Les peintures d'une jatte trouvée près du Dipylon (5) représentent un navire qui a abordé

(1) Ann, deir Inst., 1872, p. 140, 151, 174. — Furtwœngler, Die Bronzefunde^ p. 19.

(2) Annal. delVInst,, 1872, p. 165 et suiv. — (3) Monum. delV Imî., VIll, Pi. XXXIX, 1, 2.

(4) Monum, delV Inst.^ Ibid. (On les reconnaît notamment sur les deux conducteurs de chars). Comp. Ann, 1872, p. 139, 143, 145. • (5) Arch, ZeiL, XLIII, 1885, PI. VllI, 1, p. 131.

et dont l'équipage combat contre des guerriers qui courent sur la terre ferme, évidemment les hommes de Téquipage ont rintention de se livrer au pillage sur le littoral , et les habitants de la localité menacée cherchent à les en empêcher : c'est un incident très fréquemment mentionné dans l'Épopée (1). Comme le corps de Patrocle (2), un personnage mort , étendu sur le lit de parade (3), est couvert d'un linceul de la tête aux pieds. De même qu'aux jeux funéraires de Patrocle (4), de même sur les vases du Dipylon, on remarque une course de chars donnée en l'honneur du défunt (5) et des

Kig. iO. — Peinture sur vase de Dipvlon.

trépieds offerts en prix aux vainqueurs (6). Des danses de jeunes gens et de jeunes filles (7) rappellent celles qui sont représentées sur le bouclier d'Achille (8). Un vase en forme de boite, dont le couvercle et les bords de la panse sont munis de trous par où l'on faisait passer un cordon (9) pour fermer et attacher le couvercle, fait songer, dit avec raison Hirschfeld (10), au fermoir du coffre dans lequel Ulysse resserrait les présents des Phéaciens (11). D'autre part, les peintures de trois

(1) Od. m, 73, 105. IX,38-61, 254. XIV, 85-86, 221-234. XV, 387, 427, XVII, 423-444. XXI, 18 19. XXIV, 1 11-112,

(3) Manum, dcW InsL IX. PI. XXXIX, 3. — (4) //. XXIII 262 et suiv. — (5) Monum. deW Inst,, Ibid. Comp. Annal. 1872, p. 167. — (6) Monum, delV InsL, IX, PI. XXXIX, 2. Trépieds offerts en prix : //. XXII, 164; XXIII^ 250, 264, 513, 702, 718. — (7) Monum. delV InsL, Ibid. Arch. ZeiL, 1885' PL VIII, 2. — (8) IL XVIII, 590 et suiv. — (9) Monum. delV Inst., IX, PI. XL', 2. — (10) Annal, 1872, p. 150.

(11) Od., VIII, 443 et suiv.

fragments de vases trouvés près du Dipylon offrent, si on les compare à la civilisation décrite dans TÉpopée, une différence que Hirschfeld et Gi'aser(l) ont remarquée, sans toutefois l'examiner au point de vue chronologique. Elles représentent des vaisseaux (fig. 19 et 20) pour\'us d'une proue en pointe (IfxCoXo;, rostrum) et, par conséquent, armés pour le combat naval (2). Sur un de ces vases était même figuré un combat de ce genre. Le fragment de la figure 19 reproduit un navire armé de cette pointe ; deux hommes y sont occupés à manier les voiles, pendant que d'autres sont étendus sur le pont morts ou blessés et que d'autres

Fig. 90. — Peinture sur vase de Dipylon.

sont précipités à la mer (3). Dans l'Épopée , au contraire, les navires ne sont pas armés pour la lutte et ne servent point à un usage offensif; ils ne servent exclusivement que comme transports (4). Il est donc hors de doute que les tombeaux du Dipylon,

(1) AnnaL deW hisL, 1872, p. 168, 178, 180.

(2) Monum., IX, PI. XL, 3-4, d'où sont extraites nos deux figures. — Comp. AnnaL 1872, p. 152-153. Hirschfeld dans les Jfùtt. Aufsœtze E. Curtius gewidmet^ p. 355.

(3) Moniim,. IX, PL XL, 3. — (4) Peut-être faut-il tenir compte ici du style stéréotypé de la description épique (voy. plus haut, p. 2-3). Nous nous demandons même si un épisode de TOdyssée ne suppose pas l'existence de ces vaisseaux à proue pointue : c'est celui qui traite de Tattaque des pré> tendants contre Télémaque. Un navire commandé par Antinous croise dans le golfe entre Ithaque et Céphallonie pour attaquer le vaisseau de Télémaque revenant du Péloponèse {Od. IV, 669-672, 842-847; XV, 28-30; XVl, 351-357, IÎ64-370), tentative qui semble plus naturelle si le navire d'attaque est armé d'une pointe semblable. Cet épisode fait d'ailleurs partie des passages les plus récents de l'Odyssée (Von Wilamowitz-Mo&llendorff, Homensche i'nlentiichtmgen, p. 98-103, p. 93). Cependant les Çirra vaujjuac/a

du moins certains d'entre eux, appartiennent à une époque plus récente que les anciens chants de l'Épopée.

Autant que nos connaissances nous permettent de l'affirmer, le monument le plus ancien qui représente un navire à proue pointue est un bas-relief du palais de Sanherib à Kouyoundjik (1); il date, par conséquent, du huitième ou du commencement du septième siècle. Sur ce bas-relief on voit les habitants

'elicfilr Kouyuuniijik.

d'une ville située au bord de laraer et assiégée par les Assyriens du côté de la terre, cherchant à gagner le large dans des vaisseaux. Les vaisseaux dans lesquels ils se sont réfugiés ont deux formesdifférentes. Les uns, dontlepontest très haut, sont pourvus

(lances colossales) avec lesquelles les Achéens luttent contre les Troj'ens du haut de leurs navires (//. XV, 387-89, 677) n'indiquent pas Torcéinent qu'il y ait eu à cette époque des batailles navales dans la véritable acception du mot. Ces armes peuvent bien n'avoir servi qu'à défendre contre les attaques venant du continent les vaisseaux qui atmrdaient sur un rivage. (I) Layard, Mon. ofNimveh^pl 71. Voy.l'éd. allem., fig. 05',67; Perrot et Chipiei, //i«. de l'Art., 111, p. 34, n" 8, 9 (d'oii sont extraites nos fig. 21 et 22). — Comp. Helbig, Ueber den PUeuit der Allen Ilaliker (Sitzungtber. der bayen. Akad. der WÎMensch., 6 nov. 1880), p. 530.

ÉfOrËK nOMtHlQCE. 7

U8 I/KPOPKK HOMKRigUE.

de mâts, de voiles et, sur la face antérieure à plan vertical, de la pointe en question (fig. 21). Les autres sont plus bas, également relevés à Tavant et à Tarrière, sans mât et sans pointe (fig. 22). Si, comme on Tadmet généralement, Faction retracée sur ce bas-relief se passe sur la côte chanaanéenne, il s'en suit que, dès le huitième siècle, les Phéniciens armaient d'une pointe un certain genre de navires. Cette invention, qui a acquis plus tard une grande importance dans Tart naval , est-elle due aux Phéniciens, aux Grecs ou aux Cariens (1)? C'est ce qu'on ne saurait dire avec certitude. En tout cas, il est très probable qu'elle coïncide avec la rivalité provoquée par la colonisation grecque parmi les peuples navigateurs du bassin méditerranéen, rivalité qui a survécu aux derniers accents de l'Épopée.

En outre, les vases du Dipylon se présentent en très grand nombre et sont répandus au loin : c'est là une nouvelle preuve qu'ils datent d'une époque relativement récente. Dans le premier chapitre, nous avons montré que les Grecs de l'Épopée n'avaient point d'activité industrielle dans la véritable acception du mot, et que le débit de leurs produits manufacturés se bornait encore au territoire qui entourait le lieu de fabrication. A l'époque du style du Dipylon, au contraire, la fabrication des poteries était devenue une industrie importante d'une population grecque qui habitait l'Asie Mineure ou les îles voisines, et l'on faisait alors un commerce considérable de ces produits.

A ces considérations, il faut ajouter un fait que Diimmler (2) vient d'établir. Dans les tombeaux du Dipylon on a trouvé des armes de fer, plusieurs épées (3), des pointes de lances fol-

(1) La tradition latine d'après laquelle le tyrrhcnien Pisœus aurait inventé les rosira (Plin. VII, 209), n*a pas besoin de réfutation.

(2) Diimmler a eu Tobligeancc de nous en faire la communication jiar écrit; il se propose de traiter prochainement ce sujet en détail.

(3) Ces épées sont en fer, il est vrai, mais elles conservent encore la forme des épées de bronze. Nous avons représenté plus loin (chap. XXIV) une de ces armes. L'opinion de Diimmler se trouve corroborée par la présence d'épées semblables dans les peintures des vases du Dipylon. (Comp. ^rc/i. Zeit. XLIll, 1885, PI. Vlll.)

GltOUl'ES DOltJETS TIturVI-S DANS LHST. '.10

liformes pourvues d'une douille pour enfoncer la hampe, et la tète d'une hache de combat, qui d'un coté se termine par une lame verticale, de l'autre en une pointe (1). Or, comme nous le verrons dans le cliapitre XXIV, l'Épopée ne mentionne que des armes de bronze, excepté la massue de fer de l'Arcadien Arcithoos (2) et fa pointe de flèche en fer de Pandaros (3). Il semble en résulter que la nécropole du Dipylon est au moins

Fig. a. — Vaissi^au d'un bas-rclicf tic Kouyouniljik.

postérieure à l'époque où le style épique fut définitivement fixé.

Les din"ércnccs que révèlent les tombeaux du Dipylon en comparaison de la couche antérieure sont très instructives pour quiconque veut étudier les progrès de Hiellénisrae. On a trouvé, il est vrai, dans ces tombeaux, des produits artistiques de l'Orient. Tels sont les scarabées en smalt, probablement aussi les diadèmes d'or dont les figures d'animaux arrondies se distinguent visiblement de celles des peintures sur vases qui

(1) Elle est semblable à celle représentée dans ïliios de Schliemann, p. 5C5, n» 9Ei8, qui est en brome; elle doit donc reproduire un type en bronze.

(2) n. Vil, 141, U4.

sont d'un dessin linéaire très accusé (1); mais Timportation orientale est ici beaucoup plus faible que dans la période antérieure. Ce qui caractérise les tombeaux du Dipylon, c'est qu'ils renferment surtout des produits de fabrication grecque et notamment des vases peints. Ces peintures rappellent, il est vrai, à bien des points dé vue, des motifs orientaux; presque tous lés ornements du style du Dipylon se retrouvent dans la période antérieure; môme dans la façon dont la figure humaine est traitée l'influence orientale est incontestable (2). Cependant le génie national a déjà assez de force pour donner une empreinte individuelle à ces éléments étrangers. La syntaxe de lornementation a ici un caractère tout à fait spécial et permet d'assigner au style du Dipylon une place à part dans la décoration dite géométrique. Le choix des animaux dans l'ornementation mérite de fixer l'attention. Sauf de rares exceptions (3), on n'y rencontre ni lions, ni panthères, ni bêtes mythologiques, que les peintres connaissaient d'après les produits orientaux; ils se bornent aux animaux qu'ils avaient l'occasion de voir tous les jours de leurs propres yeux, tels que : chevaux, taureaux, cerfs, chevreuils, oies ou canards. Ils ont môme fait un pas plus en avant dans cette voie, en reproduisant des scènes de leur vie journalière.

Cette nouvelle tendance eut évidemment pour cause fondamentale le contraste qui existait entre les Orientaux et les Grecs, dès le début de la colonisation grecque. Ce contraste a dû certainement fortifier l'activité des Grecs et favoriser l'expansion de leur individualité. C'est sous l'influence des luttes et des aventures de toutes sortes que se développa l'Épo-

(1) Voy. plus haut p. 93, note G.

(2) Voy. plus haut p. 46-48.

(3) Voy. les deux vases du Dipylon publiés dans VArch. Zei7., 1885. PI. VIII, 2, p. 134-139, où Ton voit des panthères ou des lions dévorant un homme. Ces figures sont évidemment empruntées aux ouvrages d'or importés (Voy. plus haut p. 93, note 0). Leurs formes arrondies ont des analogies avec ces derniers.

pée qui, par le fond comme par la forme, est la manifestation la plus éclatante du^ génie national. Les poètes tout d'abord, puisant dans le monde extérieur, ont créé, grâce à leur imagination, une foule d'images superbes; les artistes ont suivi leur exemple. Ils se sont même engagés dans cette voie avant la conclusion de TÉpopée. Lorsque, dans Tlliade (1), Hélène tisse sur une diplax de pourpre des combats entre Achéens et Troyens, elle représente des scènes de la réalité qui Tentoure. On peut donc admettre que les femmes grecques d'alors ornaient d'épisodes de la vie contemporaine les vêtements de luxe qu'elles tissaient. Il est très possible que ces travaux, qui devinrent plus tard la grande industrie des tissus milésiens, aient été inspirés par des modèles orientaux, comme les tissus d'Amorgos et de Théra se rattachent aux industries phéniciennes, très brillantes, dans ces deux lies, avant la colonisation grecque (2). Mais, quel que soit le degré d'imitation, il y a déjà un progrès sensible, ne fût-ce que dans le choix libre des objets représentés, progrès qu'il est important de constater aussi pour étudier fructueusement les vases du Dipylon. Différentes analogies relevées dans les motifs d'ornements peints sur ces vases nous forcent, en effet, de reconnaître que ces motifs n'ont pas été inventés par des potiers, mais bien empruntés à une autre branche de l'art. Et ce ne peut être qu'à l'art textile, disent avec raison Conze (3) et Hirschfeld (4), s'appuyant en cela sur de nombreuses particularités de style; d'ailleurs le choix des motifs transmis par l'époque anté-

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