‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 19 sur 114 · VIT · texte numérisé non relu

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pendant qu'ils étaient occupés, dans la première phase de leur colonisation, à conquérir une nouvelle patrie, se souciaient bien plus d'avoir le nécessaire et Tutile que d'agrémenter leur vie avec le luxe oriental.

Cette période de recul dans l'art architectural, que nous avons notée plus haut, n'a rien que de très naturel aussi ; elle s'explique par les conditions mêmes où se trouvent les émigrants qui arrivent sur une terre étrangère. Une troupe d'Éoliens ou d'Ioniens débarquant sur les côtes d'Asie Mineure, avec la résolution d'y fonder une colonie, n'avaient évidemment rien de plus pressé que d'y construire un abri sûr. Une construction en pierre comme celles de Mycènes et de Tirynthe d'avant la migration dorienne, eût coûté trop de temps et de peine. On se contentait donc de fortifications primitives, telles que l'Épopée nous les décrit, c'est-à-dire on creusait un fossé, on utilisait la terre ainsi obtenue à faire un retranchement qui était peut-être encore fortifié au moyen d'une série dé palissades. Il se peut que parfois, lorsque le sol contenait de l'argile, les colons employassent dès le début, pour leurs retranchements, des briques d'argile au lieu de la terre (1); peut-être ne remplaçaient-ils que plus tard la terre par des briques. Ce mode de construction remonte à la plus haute antiquité en Asie Mineure comme en Grèce. Les fouilles d'Hissarlik ont démontré que toute la maçonnerie de Pergame était faite avec ces briques crues, aussi bien les murs des maisons que les murailles de la citadelle (2). Nous verrons, dans le chapitre VIII, que les briques d'argile étaient largement employées à la construction du palais de Tirynthe, qui date d'avant la migration dorienne. On sait, d'autre part, que l'usage de ces matériaux continua

(1) C'est ainsi que procédèrent encore les Péloponésiens en 429 av. J.-C. lorsqu'ils entourèrent Platées d'ouvrages de siège : Thucyd. II, 78. — Comp. aussi IV, 67, I.

(2) Schliemann, Troja, Register p. 454. Comp. Dôrpfeld dans les Ilistorische Aufsœtze Curtius gexvidmet. p. 141-142.

même plus tard aussi bien en Grèce qu'en Asie Mineure (1), que des murailles de fortifications et, jusqu'à l'époque romaine, des maisons d'habitation et même des édifices publics étaient faits avec ces briques (2). II est donc permis de supposer que ce mode de construction était familier aux Éoliens et aux Ioniens, lorsqu'ils commencèrent la colonisation des côtes de TÂsie Mineure. Autant qu'on en peut juger par nos sources très insuffisantes, les Grecs d'Asie Mineure ne se mirent à élever autour de leurs villes des murailles en pierre que fort lard et longtemps après la période brillante de l'Épopée. La ville de Milet, lorsque les rois lydiens Sadyattes (628-617) et Alyattes (617-560) lui faisaient la guerre, était fortifiée (3), mais rien ne nous indique si ses remparts étaient en pierre, en briques ou en terre. C'est vers le milieu du cinquième siècle au plus tôt que les villes ioniennes s'entouraient d'enceintes de pierre. Hérodote (4) raconte que les Phocéens, se voyant menacés par les Perses, fortifièrent de la sorte leur ville; ils y employèrent les ressources mises à leur disposition par Arganthonios, roi de Tartessos, ami des Grecs. Cela indique que précédemment la ville était ouverte ou bien protégée par des ouvrages faits d'autres matériaux que la pierre. La première hypothèse semble plausible quand on songe aux mesures prises par les Ioniens (5), en 546, lorsque Cyrus s'empara de Sardes et s'apprêta à étendre sa domination jusqu'à la côte. Hérodote dit clairement que les villes ioniennes furent alors en toute hâte ceintes de murailles. La plupart d'entre elles étaient donc auparavant dépourvues de toutes fortifications. Si l'on s'en

(1) Telles étaient les murailles de Mantinée (Xenoph. HelL V, 2, 5. Pausan., VIIl, 8, 5), une partie des murailles d'Athènes (Vitr. 11, 8-9. — Pline, XXXV, 172), ainsi que les longs murs conduisant au Pirée, les murailles de la citadelle de Thespiae (Ulrichs, Beisen in Griecheniand^ 11, p. 84) et les antiques murailles en briques d'Eleusis : OpaxTixi, 1884, p. 75 et suiv.

(2) Comp. Nissen, Pompeianische Siudien, p. 24 et suiv. — Bliimner, Technologie^ II, p. 0-10. — Dôrpfeld, p. 141-145.

(3) Hérodote, I, 17. — (4) 1, 103.

(5) Hérodote, 1,141.

rapporte à quelques passages de TÉpopée, sur lesquels nous reviendrons dans le chapitre VII, les poètes homériques semblent avoir connu non seulement des villes fortifiées, mais aussi des villes ouvertes. Ces témoignages sont peut-être bien isolés et manquent de précision. En tout cas, on peut en conclure que Tart de construire de puissantes murailles de citadelle en pierre taillée a pénétré de l'Orient dans certaines contrées de la Grèce orientale, et cela bien avant la migration dorienne. Cet art a-t-il disparu parce que les colons orientaux s^assimilèrent trop vite à la population indigène, moins avancée qu'eux, ou parce que l'invasion dorienne arrêta l'essor du progrès, c'est ce qu'il est difficile de dire avec quelque certitude. Quoi qu'il en soit, les Ëoliens et les Ioniens, auxquels cet art était familier, lors de leur établissement en Asie Mineure, n'en firent point usage, ils se bornèrent à protéger leurs demeures avec des remparts en terre ou en briques d'argile. Une fois habitués à ce genre de fortifications, ils le conservèrent dans la suite. La situation était-elle pacifique, on négligeait les remparts et les fossés; si, au contraire, elle devenait menaçante, on construisait vite de nouveaux retranchements en terre ou en briques. Et comme ces ouvrages étaient plus faciles à construire et moins coûteux, il est très possible que, même en 546, quelques villes ioniennes en aient fait construire d'analogues. Le fait concernant les Phocéens prouve qu'au milieu du sixième siècle encore un mur d'enceinte en pierre était considéré comme une chose peu ordinaire. Ainsi les Grecs d'Asie Mineure ne revinrent qu'au bout de quelques siècles aux matérieux dont se servaient leurs ancêtres pour fortifier leurs villes avant l'invasion dorienne dans le Péloponèse.

Les constructions couvertes d'une coupole et accessibles au moyen d'un passage ou dromos découvert, telles que la tombe connue sous le nom de trésor d'Atrée (1), le tombeau situé près

(1) Blouet, Expédition de Morée, II, pi., 66-71, p. 152-84. MiUheil. des arch. Inst. in Ath., IV, p. 177-182.

de rHeraiond'Ai^os(l), celui d'OrchomèneenBéotie (2) etcelui de Meaidi en Attique (3), appartiennent à la même civilisation que les tombeaux en puits de My cènes ; c'est un fait généralement reconnu. Mais Farchitecture plus soignée dénote ici un certain progrès; de plus, le tombeau de Menidi contenait deux spécimens de poterie plus récents qui manquent dans les tombeaux en puits (4).

Il en est de même des tombeaux très simples de Nauplie (5) et de ceux de Spata en Attique (6). Ils consistent en chambres sépulcrales creusées dans le rocher, auxquelles mène un dromos. Leur disposition rappelle les tombeaux àcoupole et certains tombeaux de Nauplie imitent grossièrement la tholos (7) . Le tombeau à coupole a dû servir de modèle pour leur construction (8). Les objets qu'ils renferment sont en partie un peu plus récents que ceux des tombeaux en puits (9); dans la nécropole de Nauplie Ton a trouvé les mêmes types de poterie plus récents que dans le tombeau à coupole de Menidi (10). Mais ces diffé-renées sont insignifiantes en comparaison du grand nombre de types qui sont communs aux trois sortes de tombeaux et appartiennent, sans aucun doute, à un même état de civilisation. Si nous admettons que l'invasion dorienne a entravé dans le Péloponèse l'essor de cette civilisation, les objets qu'on y a trouvés remontent tout au plus à la fln de cette invasion.

(1) MittheiL, III, p. 271-286. —Milchhœfer, Die Museen Athem, p. 102».

(2) Schliemann, Orchomenos^ Leipzig 1881. — Adler, Tirym, p. xlvi-

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