IL XII
montant le rempart étaient en poutres de bois (1). Si telle était la composition des tours, l'espace qui les séparait, indépendamment des blocs de pierre employés pour les fondations, devait être comblé avec la terre du fossé et avec des fascines. C'est dans ces conditions seulement que Sarpedon a pu arracher avec la main une cuirasse et faire une brèche dans le rempart (2). De telles fortifications étaient considérées comme remarquables, car Poséidon craint qu'elles n'éclipsent la gloire de la muraille dont il avait ceint la ville de Troie, de concert avec Apollon (3). Il est donc impossible d'admettre que les poètes se représentaient les murailles de Troie comme une construction en pierre. Il est probable, au contraire, qu'ils se les figuraient comme étant des ouvrages en terre et en bois, semblables à ceux qui entouraient le camp des Achéens, ou peut-être comme de simples amas de terre pareils à ceux qu'avaient faits les Troyens et Pallas Athènè, pour servir de refuge à Héraklès dans sa lutte contre les monstres marins (4). Tout au plus peut-on se demander si tel ou tel poète admettait qu'il y ait eu dans la muraille troyenne des briques d'argile, matériaux dont nous avons déjà parlé dans le chapitre V (5). Le témoignage le plus concluant à cet égard se trouve dans la description de Scheria (6). Le poète manifeste clairement l'intention d'attribuer aux Phéaciens la connaissance de tous les arts qu'il a remarqués autour de lui ou dont une vague rumeur était parvenue jusqu'à lui du lointain Orient. S'il avait eu sous les
(1) //. XII 36 : xavix^iî^Ê ôè ôoupaia nOpyiov
(2) //. XII 397 et suiv. Comp. 258 et suiv.
(3) //. VII, 443 et suiv. Comp. XXI, 446, 526. — (4) Voy. p. 84-86.
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