‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 25 sur 114 · L VII · texte numérisé non relu

L VII

OaujjLa^sv 8"08uaa£uç Xtjxévaç xa\ v^aç it^a;, ayitûv 0' fiptiKuv dcyopà; xai Te{x.£a {Aaxpdi,

Comp. VI, 9, 262.

yeux une enceinte de ville en pierre, il eût certainement reproduit poétiquement l'impression puissante que fait une construction de ce genre, et l'eût au moins indiquée par une épithète significative. Il ne le fait pas, mais dit simplement que les murailles étaient longues, hautes et pourvues de palissades.

La muraille d'airain qui entourait l'Ile d'Aiolos est une exception absolument singulière (1). Comme rien ne prouve que les Grecs aient jamais recouvert de métal leurs murailles défensives, il est probable que cette muraille est sortie de l'imagination du poète qui a voulu donner par là l'idée d'une grande solidité; cette expression est d'ailleurs souvent employée dans ce sens par les auteurs hébreux et les auteurs classiques (2). Il est possible toutefois que nous soyons là en présence d'un vague souvenir de la décoration orientale. Ecbathane, la capitale de la Médie, était ceinte de sept murailles, dont la première à l'intérieur était garnie de créneaux d'or, la suivante de créneaux d'argent (3). Ce fait prouve que dans le centre de l'Asie antérieure certaines parties des murailles défensives étaient garnies de plaques métalliques.

Du reste, il semble qu'à l'époque d'Homère toutes les villes n'étaient pas fortifiées.

Les villes auxquelles l'Épopée attribue une enceinte fortifiée sont en dehors de Troie et de Scheria : Gortys (4), Tirynthe (5),

(1) Orf. X 3 :

...}:aaav (v^aov) H xi [iiv Tiipi xetyoc

(2) Par ex. Jérémie, 1, 18. — Eschine, Ctésiph, 84 p. 64. — Horace, Épitre I, 1,60.

(3) Hérodote 1, 98. — Comp. Perrot et Chipiez, Hist, de l'art II p. 237-289. — Semper {Z>er Siil, I, p. 428) suppose que les murs cyclopéens attribués aux Lélégiens étaient recouverts de feuilles métalliques. C'est une hypothèse un peu trop hardie qu'il déduit de ce que des trous se voient souvent dans les blocs composant ces murailles (voy. Texier, Description de l'Asie Mineure III, p. 147-149).

(4) //. Il 646 : r^pTyvi le znyiàîiia^ . ^5) //. 11 559 : TîpuvOi le Tsr/iisaaoïv.

Thèbes de Cilicie et de Béotie (1), Lyrnessos (2), CaJydon (3), la ville de Curetés (4), sans doute Pleurion, Pheia (5) en Élide et la ville assiégée qu'Hephaistos a représentée sur le bouclier d'Achille (6). De plus, Ajax, fils de Télamon, lorsqu'il encourage les Achéens dans la lutte autour des vaisseaux, crie à Achille qu'il n'existe point dans le voisinage de ville munie de tours (7), et Nestor rappelle comment les aïeux, marchant en rangs serrés contre l'ennemi, s'emparaient des villes et des fortes murailles (8). Au contraire, les poètes semblent s'être imaginé Ithaque, Pylos et Sparte comme des villes ouvertes. En ce qui concerne Ithaque, il est à remarquer que ni Télémaque (9) et Ulysse (10), se rendant de la maison d'Eumaios dans la ville, ni Eumaios, allant, après le meurtre des prétendants, chez Laërte (11), ne passent par des enceintes fortifiées. L'Épopée n'en parle pas non plus à propos de l'arrivée de Télémaque à Pylos (12) et à Sparte (13), ni à propos

(1) Celle de Cilicie : //. II G91 t£(x6« Bii67jç; VI 416eii6T)v ^[t:Aoh. Celle de Béotie : //. IV 378 Upà ::p6î idy.sa Hîî6r,ç. XIX 99 ïùm^iNt,} ini 815611. Od. XI 263 :

'AjJLÇiovà TE ZîjOoV Tl

oî npô>Tot 6ïî6r,ç ?ôoç IxTioav l;:Ta77jXoio, îriSpycjaav x' 6ne\ où (xèv dt7wp")fwT6v y' êSuvavTO vaiéfjiev eùpuy^opov BiJCrjv, xpocTsptj Tcsp l6vTe

(2) Achille rappelle wSXiv i^xtbfza. (IL XIV, 57.)

(5) //. VII 135 : <I>6iaç îràp T£(y€(j(Jiv.

TEÎyoç {liv p' Sko'/oi Tg ç{Xai xa\ W^K^a -céxva

(7) //. XV 737 : où jiév ti oyjZà'i lori kôXiç wipyoïç àpaputa.

(8) //. IV 308 : <oÔ6 xaà o\ j:p6T6poi nàXiOLç xai xstye' €7:6p6eov

(9) Od, XVII 26-28.

(10) Od. XVII 260.

(11) Orf. XXIII 370-372.

(12) Od, III 1 et suiv. XV 193.

(13) Od. IV 1-2.

de son départ de cette dernière ville (1), bien que Tallusion au* char roulant sous la porte de la ville eût fourni un beau motif épique (2).

Il convient enfin de faire remarquer que la construction des rues n'était guère avancée à cette époque. Le pavé dont on a trouvé les restes à Hissarlik était composé de grosses plaques calcaires (3). Celui qui garnit de chaque côté le seuil du trésor d'Atrée se compose de plaques non dégrossies de calcaire (4). L'Épopée, en parlant du pavé qui couvrait l'agora de Scheria (5) dit qu'il était fait de pierres rapportées. Loin d'indiquer un progrès sur l'époque précédente, ce fait est plutôt la preuve d'un mouvement rétrograde.

(1) Od, XV 145-183.

(2) Dans le V® chapitre (p. 84-85) nous avons montré qu'il en était sous ce rapport des villes plus récentes comme de celles de Tépoque homérique.

(3) Schliemann, Ilios p. 301-303, 345-346. Troja p. 198-199.

(4) MiUheiL des deutsch. arch. Inst, in Athen, 1879. PI. XII DD, p. 178.

(5) Od, VI 266 :

fvOa S£ tI 09' ^f opi{, xaXbv noaiBiJVov à^<fiç^ ^uTotaiv Xievai xaTupuy éeao' dpaputa.

Page 1