II INTRODUCTION
en 1887. Dès son apparition, il a été accueilli avec reconnaissance par tous ceux qu'intéressent Thistoire et les antiquités de la Grèce ; il est devenu pour tous les archéologues un ouvragé classique (1). Peu de savants étaient, en effet, mieux désignés que M. Helbig pour entreprendre un travail de cette nature, qui exige, outre là pratique familière et la connaissance philologique du texte d'Homère, un commerce continu avec les monuments. M. Helbig est de ceux qui ont eu le bonheur de vivre avec les monuments antiques dans une intimité constante. Après avoir reçu à Goettingue et à Bonn les leçons de Curtius, de Sauppe, d'Otto Jahn et de Ritschl, il est venu à Rome, en 1862, comme pensionnaire de l'Institut archéologique, et il n'a plus quitté l'Italie. Appelé en 1865 à succéder à M. Brunn comme secrétaire de l'Institut archéologique, il a occupé ces fonctions jusqu'en 1886, avec une activité toujours en éveil. Personne n'a suivi plus attentivement les fouilles faites en Italie et en Orient depuis trente ans, et il n'est guère de musée ou de collection privée qu'il n'ait étudiés pièce par pièce. Ses travaux sur les Peintures murales des Villes de Campanie (2) sont le résultat de longues études poursuivies au musée de Naples et à Pompéï; ses deux volumes sur les collections publiques de Rome, récem-
(1) Il a fait l'objet d'un article de M. G. Perrot dans la Revue des Deux Mondes, t. 70, 1885, p. 275-318.
(2) Wandgemaelde der voni Vesuv verschûtteten Slàdte Campaniens, 186S. — Untersuchungen ûber die Campanische Wandmalerei^ 1873.
INTRODUCTION. m
ment traduits en français par M. Toutain(l), ne sont pas seulement pour les voyageurs des guides excellents ; ils renouvellent sur bien des points la critique des monuments. Mais si l'antiquité, dans sa période classique, n'a pas cessé d'être l'objet des études de M. Helbig, il s'est souvent senti attiré vers les questions ardues des origines, vers celles qui exigent à un haut degré, avec une singulière pénétration d'esprit, le don de faire revivre un passé très lointain. Il est à peine besoin de rappeler ses beaux travaux sur le commerce phénicien en Italie, sur la civilisation primitive de la vallée du Pô, sur l'histoire de ces grandes migrations qui bouleversent la péninsule balkanique, et dont le contre-coup se fait sentir dans le nord de l'Italie et en Grèce, d'un côté par l'arrivée des Etrusques, de l'autre par l'invasion des Doriens dans la Grèce européenne (2). C'est donc une sorte de logique qui l'a conduit à passer d'Italie en Grèce, et à porter vers l'Orient grec ses investigations rigoureuses et méthodiques.
Le titre de cet ouvrage en indique nettement la nature et la portée. Considérer TEpopée homérique comme une véritable encyclopédie de la vie grecque, au neuvième et au huitième siècle avant notre ère, telle est l'idée dont s'est inspiré M. Ilelbig. Elle est depuis longtemps fami-
(1) Guide dans les musées d'archéologie classique de Borne, par W. Helbig, traduction française par J. Toutain, membre de TÉcole française de Rome, I-eipzig, 1893. '
(2) Die Italiker in der Poehcne. Beitr.vge zur aUitalischen KuHur und Kunslgesckiehte, Leipzig, 1S70.
IV INTRODLXTION.
Hère à tous les critiques, car il est impossible délire 1'/liade et l' Odyssée sans être frappé de l'abondance des notions que nous livrent les deux poèmes sur la société grecque primitive. On l'a dit très justement : Homère <c sait à peu près tout ce qu'on peut savoir de son temps, et il le sait bien; les détails, même techniques, lui sont familiers ; il a une idée précise de chaque métier : labour, chasse, pêche, fabrication des armes, tissage des étoffes, construction, stratégie et technique, médecine, rien des choses contemporaines ne lui est inconnu : 1' ». Aussi l'attention des érudits a-t-elle été souvent éveillée sur ce fond de réalité que recouvre l'éclat des images poétiques. « Réalités homériques », tel est le titre des deux volumes où Buchholz a réuni et groupé tous les renseignements épars dans l'Epopée, pour reconstituer la vie, les mœurs, les habitudes sociales des contemporains d'Homère (2). Mais ces tableaux, dont les traits sont empruntés exclusivement aux textes, ont le défaut de rester trop abstraits. Quelque effort de pensée que l'on puisse faire, on ne saurait leur donner leur couleur vraie, si l'esprit n'évoque pas en même temps la vision des formes matérielles, si le texte ne s'éclaire pas parle commentaire si prompt et si direct que fournit le monument.
Commenter par des monuments contemporains, ou peu s'en faut, V Iliade et V Odyssée, ce rêve eût paru chimé-
(1) Alfred et Maurice Croiset, Histoire de la littérature grecque ^ I, p. 231.
(2) Buchholz, //omemcAe/?ea/ie/ï, 2 vol. 1873-1881.