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CHAPITRE XIII

Le principal vêtement de femme s'appelle, dans TÉpopée, éxvdç (1) (eiavoç) (2), Tzé-Xoi; (3), et dans deux endroits de l'Odyssée (pâpoç. (1). Le premier de ces mots dont Va est bref, appartient évidemment au radical sanscrit vas qui signifie endosser, se vêtir. II en est de môme, semble-t-il, de l'adjectif éavoç bien que Va en soit long (5), adjectif qui revient dans

l'Épopée comme éphithète de 7:i7:'koç (6) >.t; (7) et xaereriTepo; (8), et, comme tel, peut signifier simplement qui habille^ qui enveloppe, c'est-à-dire, qui est souple. On n'a pas encore

(1) //. ni, 385; XIV, 178; XXI , 507. Hymn. ho7n.\{in Cererem) 176.Nous verrons plus loin que Iav6ç (//. 111 , 419) ne signifie pas le principal vêtement, mais le voile d'Hélène.

(2) //. XVI , 9. — (3) n£7:Xoç a sûrement ce sens dans les passages suivants : //. V, 315, 338, 734; VI, 90, 271, 289, 302; VIII, 385. Od. VI, 38 (voy. p. 234); XV, 105, 124; XVIII, 292. Ilymn IV (m renerew),86, V (m Cererem), 182, 277. En outre, dans les épithètes : ïkTLZfsiTitTzXoç {IL VI, 442; VII, 297; XXII, 105); £5;:ÊirXoç : //. V, 424; VI, 372, 378, 383; XXIV, 769. Od. VI, 49; XXI, 160. Hésiode, Théog, 273. ■ap^.xôkztzUç IL VIII, 1; XIX 1; XXI IL 227; XXIV, 695; Hésiode, Théog., 273. xuav6::£nXoç (^ymwe V in Cererem), 360; Hésiode, Théog., 406). — Tavirs-Xoç //. III, 228; Od. JV, 305; XII, 375; XV, 171, 363. Bntrachom. 36; Hésiode, Fragm. XllI. — Il est très probable aussi que les TiénXoi faisant partie des présents que Priam offre à Achille (//. XXIV, 229) sont des vêtements destinés aux femmes qui se trouvent dans le camp de ce dernier, de même qu'Hélène offre à Télémaque un pépias que doit porter sa future épouse (Od. XV, 104-107, 123-127). — (4) Od. V, 230, X, 543. — (5) Curtius, Grundziige, 4° éd., p. 379-380. — (6) //. V, 734; VIII, 385. —(7) IL XVIII 352, XXIII, 254. — (8) //. XVIII, 613.

trouvé d'étymologie satisfaisante pour -îzéTù.o^. Studniczka(l) a rassemblé les différentes hypothèses émises à ce sujet et en a ajouté une de son côté : d'après lui, 7?£7:\o; serait formé par le redoublement d'un radical izlo^ formation qui correspondrait au latin palla^ patlium. Nous avons démontré dans le chap. précédent que çapoç est probablement un mot dérivé (2).

Il ressort clairement de l'Épopée que le héanos , le peptos et le pharos n'étaient point des vêtements de dessus, mais des habits adhérant au corps. Hèra, après s'être lavée, peignée et parfumée, met le héanos , puis la ceinture (3). Lorsque Pallas Athèna, s'apprêtant au combat, laisse glisser son peplos par terre pour revêtir le chiton de Zeus (4), il est évident que le vêtement dont elle se débarrasse correspond, dans le costume féminin, au chiton d'homme. Dans l'Hymne à Aphrodite (5), le peplos est le principal vêtement de la déesse. Calypso et Circé, après avoir quitté leur lit, endossent le pharos^ se ceignent et jettent le voile (xaXuTCTpvi) sur la tête, pendant qu'Ulysse revêt en même temps le chiton et la chlaïna (6).

(1) iBei7rdf5'^p.92-93. — (2) P.246.247. — (3)//.XIV,178:

èi^K 8* dtp* di[iL6p6atov iocvbv eaaO*, Sv ol 'AOrJvrj

1^ doxi^oa^a, ifOet Vh\ oafôaXa ;;oXXa

ÇfÂaaTo Si ^(6vrjV.

(4) //. V, 734, VIII, 385 (voy. p. 233, note 3). — (5) IV, 86. (6) Od, V, 230; X, 543. Studniczka se trompe {Beitràge, p. 95) lorsqu'il cite à cette occasion Hésiode (Op. 198). Le poète raconte comment Aidos et Némésis quittent la terre et se rendent dans TOIympe Xeuxor<jiv 9apêE(jaiv xaXu'>!«[ji£vco yp'Sa xaX<5v. Comme le poète ne pouvait guère se figurer nues les deux déesses tant qu'elles étaient sur terre , le cpâpo; a évidemment ici le même sens que xpr^ÔEjxvov , xaXujïTpr,, c'est-à-dire long voile que les déesses mettaient en partant , conformément aux usages du temps. Le mot çapo; ayant signifié à Torigine grand morceau d'étoffe de lin , il n'y a aucun inconvénient à l'appliquer à ce voile qui n'était autre chose qu'une pièce carrée de cette étofTe. Xpcu; signifie dans l'Epopée non seulement la peau nue, mais aussi la peau couverte d'un vêtement. En effet, les héros mettent souvent leur armure sur le xpdi^ {IL IX, 596; XVII, 210; XIX, 233), tout en portant un chiton sous la cuirasse. Comp. aussi deux passages des Hymnes, notamment Hymn. IV [in Vener.) 162 (dont il sera plus longuement question dans le chap. XX) et VI, 14. De même x6Xtoî, comme nous le verrons tout à l'heure, signifie tantôt le sein nu, tantôt le sein couvert

Le héanos descendait jusqu'aux pieds. Nous en avons une preuve dans THymne àDéraéter (1) : les filles de Keleos se dépêchent pour conduire Déméter auprès de leur mère, et, afin de ne pas être gênées en courant, elles retroussent leuv héaiios. Le peplos avait la même longueur, comme le prouve Tépithète éXxe'ji-eTr^o; {traînant son peplos) (2) fréquemment employée, ainsi que ce détail de l'Hymne à Déméter (3), où il est dit que le sombre peplos flotte autour des pieds grêles de la déesse. Bien que nous n'ayons point à cet égard de témoignage certain pour lepharoSy son analogie avec le héanos et le peplos nous autorise à admettre que ce vêtement descendait aussi jusqu'aux pieds.

Le héanos (1) et le peplos (5), nous dit l'Épopée, étaient maintenus au moyen d'agrafes. Il n'y a rien de semblable à propos du pharos.

Telles sont, sur le vêtement principal des femmes, les données essentielles que fournit l'Épopée. Par une série d'heureuses combinaisons et surtout en comparant des chitons du vase François fermés d'une manière toute spéciale, Studniczka (6) a réussi à compléter les renseignements fournis par les poètes et à déterminer les particularités du costume de femme homérique; le résultat de ses recherches ne laisse rien à désirer tant au point de vue des faits que de l'histoire. Nous avons dit autrefois que ce costume consistait en une sorte de chemise pourvue de trous à manches et d'une forte agrafe au milieu de la poitrine. Cette opinion n'est plus soutenable. Nous ne pouvons nous empêcher d'admettre à cet égard, sans réserves, les conclusions de Studniczka.

Pour bien comprendre le sens de iziiik^^ il importe de savoir que ce mot a autant de sens différents que le çàpo; (7). Il désigne non seulement le vêtement principal des femmes, mais aussi des couvertures que l'on étend sur les chars de combat (8) et sur les sièges (ôpoW) (9), ainsi que des pièces de pourpre dont les

(1) V, 176. — (2) //. VI, 442; VII, 297; XXII, 105. — (3) V, 182. — (4) //. XIV, 178-180. — (5) //. V, 424-423. Od. XVIII, 292-294. — (6) Beitràge, p. 92 et suiv. — (7) Voy. p. 244-245. — (8) //. V, 193. — (9) Od. VII, 96-

Trojens enveloppent le vase d'or qui renferme les cendres d'Hector (1). Il indiquait donc probablemeot à l'origine une pièce d'étoffe carrée. L'extension du mot au vêtement principal des femmes s'expliquerait tout naturellement si l'on admettait que ce vêtement n'était pas, comme le c/iilon d'iiomme, une chemise cousue que l'on passait sur le corps, mais un grand morceau d'étoffe dont on s'enveloppait, comme Vhimaiion ou le r/iilon dorien (2). Cette hypothèse est nettement confirmée par ce témoignage de l'Épopée que le pcplos comme le hmiios avait besoin d'agrafes qui servaient à attacher les bords de cette étoffe. Sur \e pépins qu Antinous donna à Pénélope, il y avait douze agrafes d'or (irEpovat) (3). 11 est dit du hcanos d'Hèra qu'il était • «Ti crr,^; • attaché avec d^s agrafes d'or (-/^p-jcEiïi; iii-zrr.') (4). L'opinionerronéequenous avions émise précédemment sur le costume homérique des femmes reposait principalement sur ces h«. «>.,.,, p,^„,,j„„,eFn.nçoi.. dernières paroles. Nous avions

traduit xa-ri ^Tr.ôoîpar : sur la /WiV;/»c et supposé une fente longeant la poitrine et agrafée. Mais Studniczka (5) fait observer avec raison que, dans ce passage, xaTz peut aussi bien signifier vers, du rOté de que sur. Il était donc important de savoir si, dans l'art archaïque, il existe un exemple de vêtement féminin agrafé de la sorte. Studniczka (0) l'a trouvé sur plu-

(1) //. XXIV, 795. — (2) Voy. p. 205-208. — (3) l)d. XVIIl, ^fi. (4) /(. X[V, 178. — (5) Beitrâge, p. 'J7. — (G; Beilràge, p. 80-100.

sieurs figures de femmes du vase François, dont trois (les Parques) sont reproduites d'autre part(fig. 65) (I).On remarque ici, en dessous de Tépaule, une ligne oblique coupée par trois petits traits et terminée en une sorte de bouton rhomboïdal. Elle est

Fig, 60. — Épingle trouvée à Tarquinics.

évidemment en rapport avec cette pièce semi-circulaire qui couvre Tépaule et sur laquelle se voit une autre petite ligne qui est le prolongement de la première. On ne saurait hésiter à reconnaître dans la pièce semi-circulaire le bout du vêtement, ramené de derrière le dos, pour être attaché avec Tépingle que représentent certainement les deux lignes obliques. La ligne

Fig. 67. — Épingle trouvée à Tarquinics.

coupée par les trois petites raies est probablement la tête, et la petite ligne de Tépaule la pointe de l'épingle qui attache l'extrémité du vêtement.

Nous pouvons même déterminer le genre d'épingle que le peintre a voulu représenter. Dans l'état actuel de nos connaissances, nous devons surtout envisager ici les épingles d'argent qu'on a trouvées dans les tomba a fossa de la nécropole de Tarquinics (2), c'est-à-dire dans des tombeaux qui remon-

(1) Cette figure est empruntée aux Beitràge, p. 98, fig. 28.

[2) Voy. p. 29-30.

tent au moins au commencement du sixième siècle. Nos fig. C6 et 67 en donnent une idée très suffisante. La première, déjà signalée par Studniczka (1), est ornée de fdigranes d'or pâle. Elle provient de \a.lomba dei guerripro, la plus riche tomba a fossa de cette nécropole (2) ; la seconde (3) d'une tombe du même genre qui a déjà été pillée dans l'antiquité. Ces spécimens, vus de face, rappellent parfaitement les épingles peintes sur le vase François. Tout récemment on a trouvé, dans une tomba a fossa,

Fig. 68. — Altlanle

du v.ie Fr«nçoi.. une épmgle d argent qui offre avec ces dernières une analogie plus frappante encore; on y remarquait à la tète une sorte de bouton longitudinal ( i). Malheureusement nous ne pouvons en donner aucune reproduction;car cette épingle était très-oxydée et, à peine retirée du sol, s'est émiettée. Les autres figures du vase François dont le vêtement est attaché comme celui des Parques, sont : sur la bordure supé- '"' ^t^f^nl^Z" rieure, Atalante, où les épingles sont

faciles à reconnaître sur les deux pièces d'épaules (fig. GS) (."î) ; une nymphe du cortège d'Hephaïstos serrée par un Silène;

(I) Beitrâge, p. 100. — (2} Mon. ileW Itvst. X, pi. X'' 7, T (d'où est extraite notre fig. 6C). Am. 1874 p. 2S'J. Comp. Ann. 1885, p. 17.

(3) Elle est conservée au musée municipal de Corneto. On a trouvé des exemplaires analogues en bronze dans la nécropole de Suessula (Cancelto). — Museo rom. preiatorico, n" 32638 — et dans celle de \'iaentiuni (C'apodimonte sur le lac Bolsena). Comp. les fibules de bronze à quatre raies transversales terminées en bouton; on en a mis au jour 18 à Suessula. XoHiiedegiisc. 1878. pi. V, 10, p. 107.

(4) Bull, deir Intl. 1886, p. SW, n» 2. — (ô) Betlràge. p. IW, flg. 31.

25G L'KPOPEE UOHKRIQUE.

Hippodameia dans le chœur de danse de Tliésée^ la nymphe qui vient immédiatement derrière Apollon (fig. 69) (1); enfin Rhodia dans la représentation de Troïlos. Ce mode d'attachement concorde bien avec, coque dit l'Épopée du heanos d'Hèra. Rien ne nous autorise à supposer que le peplos fût attaché d'une autre manière. Un peut donc admettre, avec Aristarque(-*). que ixvoç et ttetîî.o; étaient synonimes et correspondaient au vêtement que les Grecs appelaient plus lard liimalion ou diîton dorien.

La pièce d'étoffe jetée sur le corps et retenue au moyen d'c'pingles, dont se composait ce vêtement, était primitivement ouverte d'un côté (p. ex. fig.

70) (3); plus tard, les monuments le prouvent, cette ouverture était généralement cousue. Rien d'étonnant par conséquent que le peplos offert à Pénélope par AntinoUs ait été attaché avec douze épingles

Fig. 70. — Polyicne, d"«proa la coupe , ,-. , , . , . .

dexenoeioa. (■*)■ Les épmgles ICI rcmpla-

(.-aient simplement la couture.

Studniczka (5) signale avec raison le eiiiton de la Pallas peinte sur une pinax corinthienne (fig. 71) (0). Dans l'ornement qui court verticalement sur la partie inférieure du vêtement, le peintre semble avoir pris pour modèle une fente attachée avec plusieurs épingles. Mais il est probable que, dans la partie in-

(!) Beitrùge, p. 98, fig. 20.

(2) Schol. U. XIV, 178; XVI, 0. Comp. Lehrs, />e Arislmvlii sliid. homfrifis, 2" éd., p. 103.

(3| D'après une figure de Polyxène publiée dans les }fonum. inéU. de Raoul Rochettc (pi. 49, 1") et \ea Elr. und Camp. Vasenb. de Gerhard E 2 (coupe de Xenoclés). Comp. Studniczka, p. 0-U el 109-110.

(4) Od. .\V1I[, 21.0 (voy. p. 2:i3, note 3).

(î>) Beitrage, p. 00. — (0) Ibid. p. 00, fig. 27.

fcrieure du moins; le costume fémiain ilu temps d'Homère était souvent ouvert. En voici une preuve concluante : Aphrodite cherche à couvrir de son peplos son fils Ènée étendu à terre par Diomède (1) ; il estclair qu'elle pouvait le couvrir beaucoup mieux avec unvétementouvert d'un côté que fermé tout autour. D'autre part, le chiton dorien est indiqué par un passage deux fois répété : c'est celui où Athèna, s'apprêtant au combat, laisse glisser son peplos (2); il est évi<ient que les épingles qui attachaient ce chiton près des épaules, une fois enlevées, le peplos pouvait glisser facilement.

Les épithètes accompagnant le costume féminin concordent d'ailleurs avec l'opinion émise ci-dessus. 'E^xîci-j^).»);, traînant le peplos (3), ne doit pas être rapporté forcément au costume ionien mais aussi au vêtement genre dorien. Il suffit de rappeler à ce propos que le chiton dorien de plusieurs figures de femmes du vase François touche le sol par derrière, pendant que les pieds restent découverts (p. 253, ë^^' fig. 65, p. 255, flg. 69). Cette dernière cir- -^^ constance explique les qualificatifs fjc^ypjî (4), '''«■ ■"■ - ■""i'"

xaUÎTÇ'JfO; (j) et -ravjçç-jpo; (6) qui prouvent rinîllicmie'^ ™'

bien que, dans le costume féminin de cette époque, les chevilles étaient visibles. Comme, d'autre part, dans le costume dorien, les bras étaient entièrement nus, l'épithète Ve'jxu>>,evo;, aux blancs bras (7) s'applique bien aussi à une femme qui en est vêtue.

(1) //. V, 315 : rpdsO: Si oî i:J];l.oio oasivoS i^TVY[ii.' cxà^wjit J,

Ëpxof ïtiev pjXi'ojv... Comp. 335 et Buiv.

(2) II. V, 734. Vll[, 3fô : kwXov (Ùv i,xiytw lavôj i:«[*: îi:' oÎSei. — (3) H. VI, 442. Vil, 297. XXII, 105 : T«,.i3=î Elxiai::dao«î.

(4) IléBiode, Theog. 254, 901. Seul, llerc, 16, 86. — (5) //. IX, 557, 56a XIV, 319. Od., V, 333. XI, 603. Hymu. V (m Cerer.), 453, XV, 8. XVII, 19. Hésiode, Theog., 384, 507, 526, «0. — (6) Ilymn. V {in Cerer.), 2, 77. Comp. aussi dp-fuoiraîa, aux pieds d'argent, épititète fréquente de Thétis. — (1) Ebeling, Lexicon homer. Voy. ce mot.

ÉPOPÉE iiojiËniQue. 17

Le qualificatif Ta^j-izazloç semble avoir à peu près le même sens que k'kxtai'Ki'Tz'koq (I). Studniczka (2) propose de le traduire par : vêtu d'un peplos vaste^ largement étendu. Il n'y a pas d'objection à faire à cette traduction au point de vue linguistique; mais les vêtements de ce genre manquent dans Fart grec archaïque. Nous acceptons donc l'interprétation de ce savant avec cette différence que l'idée d'étendue, contenue dans le verbe, s'applique à la longueur et non à la largeur de la pièce d'étoffe oblongue dont se composait le j^^'p/os. Tavtjx6r>.o; serait donc à traduire par : étendant au loin son peploSy ce qui est équivalent à eXx£<Tt:7£7;>o;.

La couleur du peplos était très variable. On se figurait Eos vêtue d'un peplos couleur de safran (3), sans doute à cause de l'éclat doré de l'aurore. Nous retrouvons de nouveau ici l'influence orientale si , comme c'est probable, le mot xpo)toç vient de l'hébreu karkôm (4). Il ne faudrait cependant pas y voir une opposition avec l'époque classique qui conserva et utilisa de diverses manières la couleur de safran comme la pourpre (5). Démèteren deuil porte un peplos d'un bleu noir (6); Aphrodite en a un qui est éclatant comme le feu (çativoTepoç îrupoç aùyiiç) (7), c'est-à-dire probablement d'un rouge foncé. Mais les femmes semblent avoir porté beaucoup plus de vêtements de fantaisie que d'une seule couleur. L'Épopée appelle souvent les ttett^oi bigarrés ou très bigatTés (mv/.Ckoç (8), 'TzoLtL-noixikoç) (9) et fait ressortir dans deux endroits (10) les 7:otx{X[A3CTa de ces vêtements. Athèna, dit le poète, a couvert son héanos de nombreux orne-

Ci) //. III, 228. XVIII, 385, 424. Od, IV, 305. XII, 375. XV, 171, 363. Hésiode, Scut. 83 et fragm. XIII. — (2) Beitràge, p. 117.

(3) 'llcoç xpox6ne7:Xoç : //. VIII, 1. XIX, 1. XXIII, 227. XXIV, 695. — Hésiode {Théog, 273, 358) attribue cette épithète à Enyo et à Tocéanide Telesto.

(4) Hehn, Kullurpflanzen und Ilausthiere, 3® éd., p. 227, 4* éd., p. 212.

(5) Comp. Becker, Charikles, IIIS p. 178, 202-203. — (6) Hymn. V (m Cerer,)^ 182-183, 360: jcapà [ir^-ipa xuav67r£;:Xov. — Hésiode, Théog., 40ù : Ar,Tw xoav6nt;:Xov. — (7) Ilymn. IV (m Vcwer.), 86. — (8) //. V, 735. VllI, 3S). Od, XVIII, 293 : r.inXov jioixaov.

(9) //. VI, 289. Od, XV, 105 : rAizloi ::a|X7io(xiXoi. — (10) //. VI, 294.

menis (^oLi8oikoL r.oiyy) (1). Nous avons fait remarquer, dans le chapitre XII (2), que la toile par sa nature même ne se prêtait guère à un tissage multicolore. Donc si le peplos ou le héanos était garni d'ornements, il est permis de supposer que ces vêtements étaient en laine de mouton et que, par suite, ils avaient de commun avec le chiton dorien non seulement la forme, mais encore TétofTe (3).

Au contraire, les épithètes du çapoç (4) supposent la toile (5). Ce vêtement se distinguait-il du peplos et du héanos non seulement par la nature de l'étoffe, mais encore par la coupe, et était-ce un vêtement cousu, semblable au chiton ionien? C'est ce qu'il est difficile de dire. On serait cependant tenté de le croire, puisque chaque fois qu'il est question du çapo;, l'Épopée ne mentionne point d'épingles. Mais ce peut être un simple hasard. Quoi qu'il en soit, nous inclinons à penser que ce n'était point un vêtement cousu ; ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est que le <papo; n'est pas désigné seulement comme un vêtement de femme, mais aussi comme un manteau d'homme et même comme un simple morceau d'étoffe servant à différents usages (6), désignation qui s'explique fort bien si ce vêtement de femme était un morceau d'étoffe oblong que Ton jetait sur le corps comme le peplos ou le héanos. Un des passages plus récents de l'Iliade (7), nous apprend qu'on fai-

Od. XV, 107: (nin^oç) ô^xdfXXtaroç ^r^v noixtXfna^tv rfiï ^^ifsxoç, — (1) //. XIV, 178 :

ï^iis* iox7{(jaaa, tfOet o'Ivt oafôaXa TioXXdf.

(2) Voy. p. 218.

(3) Cependant cela n'empêche pas que les couvertures dites rA^koi étaient souvent en toile (voy. notamment, Od, Vll, 97). Comp. p. 155, note 1 et p. 210-211.

(4) Od. \\ 230. X, 543 (voy. p. 210, note 9). — (5) Voy. p. 209-210.

(6) Voy. p. 244-245. — (7) //. XVllI, 597 (les jeunes gens et jeunes filles dansant, sur le bouclier d'Achille) :

eT«t' iuvvïixouç ?iXa orCXSoviaç IXafco.

sait aussi des vêtements de femme avec les étoffes de lin dites 060VCX1 (1); mais on n'y trouveaucunrenseignement sur la nature de ces vêtements.

Contrairement au chiton cousu d'hommes, le vêtement féminin ainsi jeté sur le corps nécessitait forcément une ceinture (^(ovv)). La ceinture est d'aillenrs mentionnée dans toutes les descriptions quelque peu détaillées des toilettes féminines (2). Studniczka (3) a eu tort de citer comme exception à cette régie la manière dont Athèna revêt le costume de Zeus (4). La déesse ne fait point ici une toilette de femme; elle met un chiton d'homme et tout un équipement guerrier dont une double ceinture, le î^w^Trlp et la (/.{Tpr,, faisait forcément partie (5). Hésiode emploie ^(orrat (6) pour la toilette de Pandore.

La ceinture cVor de Calypso et de Circé (7) était probablement en cuir garni de lames d'or. Nous sommes mieux renseignés sur la ceinture d'Hèra; l'Épopée dit qu'elle était garnie de cent franges ou houpettes (Oj^jxvoi) (8). Studniczka (9) a apprécié cet ornement mieux que nous ne l'avons fait dans la première édition de ce livre; il est vrai que nous ne pouvions pas connaître à ce moment la très importante cuirasse, trouvée dans l'Alphée (p. 221, flg. 57) (10). La description suivante de l'égide (11) peut servir de point de départ à l'explication du mot

O'Jdavoi :

T*^; éxaTÔv Ou<javoi 7:aY)^p'JC£oi YjépsOovTai,

(1) Voy. p. 211-216.

(2) //. XIV, 178 et suiv. (Voy. p. 250, note 1). Od. V, 231. X, 544. (Voy. p. 251, note 6). XI, 245. Hymn. IV, (m Vener.), 164, 255, 282. Il faut y ajouter les épithètes JîaOûl^tovoç, luî^wvoç, xaXXiî^wvoç qualifiant les ceintures de femmes.

.(3) Beitràrje, p, 119. — (4) //. V, 734. MIT, 385 (voy. p. 223). (5) Comp. le chap. XXI. — (6) Op. 72 : ^S>ae oè xa\ x6a{jLr^a£ 0Eà Y^.aux5»ffi5 'AOiivr,. — (7) Od, V, 232. X, 545 (Voy. p. 251, note 6).

(8) //. Xl\', 181 : Çwaaio oè î^tuvr^v éxaTov Ouoavoiç àpapulav.

(9) Beitrâge, p. 121-123. — (lOj Voy. p. 221, note 1. — (11) //. Il, 448.

Ces ôijcravot pendantes en fil d'or étaient évidemment une garniture de franges et de houppes, que I*art grec a transformées plus tard en serpents. Hérodote (1) emploie encore le même substantif pour la bordure serpentine et appelle, dans un autre endroit (2), xiôwv OucavwToç la kalasiris de lin des Égyptiens garnie de franges. Les ôucavoi de la ceinture d'Hèra peuvent donc être considérées comme des franges ou houppes faites tantôt de fils d'or, tantôt de lamelles très minces de même métal, comme on en a trouvé dans un tombeau en puits de Mycènes (3). Cette parure est évidemment d'origine orientale. Les anciens Assyriens en faisaient un usage très varié. On la remarque au bas de presque tous les vêtements représentés sur leurs monuments. Les bandes en guise d'écharpes , garnies de franges, étaient les signes distinctifs du roi et des grands dignitaires (4). Souvent on rencontre des ceintures garnies de franges (5). Citons comme exemple le bas-relief (fig. 72) (6) qui représente le roi Assournazirpal accomplissant un sacrifice, à la suite d'une chasse heureuse. Ici les deux musiciens qui accompagnent le sacrifice portent des ceintures semblables. Le spécimen provenant du tombeau de Mycènes, que nous venons de citer, prouve que cette houppe ou clochette orientale fut introduite en Grèce avant l'époque homérique. Comme elle a été trouvée près d'une épée, Schliemann (7) suppose qu'elle était attachée à. cette arme ou tout au moins à sa poignée. Mais il n'existe point de monuments orientaux ou grecs sur lesquels les épées soient ornées de cette façon. Il est probable que cette clochette faisait partie d'une ceinture. Dans un autre tombeau en puits, de Mycènes, on a découvert trois reproductions d'é-

(3) Schliemann, Mykenœ, p. 348, n^ 461. — (4) Perrot et Chipiez, llist. de Vart, II, p. 99-101, n^- 22-24, p. 109, n^ 29, p. 631, n^ 304.

(5) Voy. Place, Ninive et V Assyrie, III, pi. 46, 3. — Perrot et Chipiez, II, p. 455, n» 205.

(6) D'après Perrot et Chipiez, II, p. 455, n» 205.

(7) Mykenœ, p. 349.

charpes garnies de franges; une d'elles est en smalt bigarré (1), les deux autres en albâtre (2). Un vase trouvé à Mycènea et dont les peintures rappellent celles des vases du Dipylon (3), est orné de guerriers dont les chiiones sont bordés de franges (4). Une garniture analogue se voit S. la ceinture d'un citharède et d'une femme qui sont au nombre des figures gravées sur la cuirasse trouvée dans l'Alphée (p. 221, fig. 57) (ô); c'est donc une cein-

Flg. 13. — FrigiDenl d'une ceinture d'argent cypriote.

ture pareille à celle d'Hèra dans l'Épopée.

Signalons enfin les fragments d'une ceinture d'argent trouvée dans un tombeau de Marion, dans i'Ile de Chypre (fig. 73) (6). Le bord inférieur est garni de clochettes d'argent dont la forme et la disposition sont évidemment copiées sur une de ces

(1) Mykenœ, p. 278, n°351. Comp. p. 279-280. — (2) /6irf. p. 279, n- 352. — (3) Voy. plus haut p. 92- 102.

(4) Mykenœ, p. 153, n° 213. On rencontre souvent des ekilonet analogues sur les vases du genre de la coupe d'Arcésilas (Voy. plus haut, p. 230, note 1) et sur ceux du peintre Amasis, ce qui indique peut-être une influence égyptienne (Studniczka, 'Eçi,;ijp\; dp^. 1886, p. 127-128).

(5) Voy. p. 221, note 1. — (O)Notre fig. 73 reproduit un de ces fragments ainsi qu'une clochette qui s'y rapporte, d'après une photographie que nous devons à F. Diimmler. Autant qu'on peut en juger jiar cette photographie qui est prise non sur l'original mais sur une aquarelle, nous sommes là en présence d'un travail phénicien. Remarquons ici la forme de la tête desgrifTons qui semblaient être jusqu'à présent une invention de l'art grec (Furtwângler , Die Brome funde aui Olympia, p. 51 et suiv.). Par

garnitures de glands. Cette garniture déparait les formes du corps; aussi rien d'étonnant à ce que le goût épuré des Grecs ait rejeté cet ornement oriental (1).

La manière dont on était ceint était qualifiée par les épithètes paOu^covo; (2) Êu^wvo; (3) et xaXX^Î^wvoç (4). Quelques anciens commentateurs pensent que la première se rapporte à un costume féminin barbare; mais un passage deTIliade (5) réfute cette opinion. Cléopâtre, femme de Méléagre, c'est-à-dire Grecque, supplie son mari de sauver la ville de Calydon en détresse. Elle dépeint les horreurs qu'ont à endurer les femmes et les enfants d'une ville prise à l'ennemi; au milieu de cette description elle appelle les premières paftu^wvoi et attribue, par conséquent, aux femmes grecques de Calydon, la propriété que représente cette épithète (6). L'explication la plus plausible est celle proposée par Studniczka (7) : suivant lui paW^wvoç Indique l'entaille profonde qu'une ceinture produit autour des reins; plus cette entaille est profonde et plus la taille paraît svelte. La traduction libre serait donc : remarquable par sa (aille svelte. Les Grecs, avec leur sens plastique, se préoccu-

conséquent de deux choses Tune : ou la ceinture cypriote infirme Topinion de Furtwaengler, ou bien Tartiste phénicien qui a exécuté ces griffons a subi Finfluence hellénique.

(1) Mais Léonidas de Tarente (Anlh, Pal. VI, 202) mentionne une ejOutovoç ^(ovrj ; on peut en conclure que la ceinture de franges, comme beaucoup d'autres objets orientaux, reparut à Tépoque hellénistique. Comp. un vase attique de basse époque dans Dûment et Chaplain , Les céramiques de la Grèce propre , pi. 38.

(2) //. IX, 594. Od, III, 154. Hésiode, fragm., XCIII, 4. Jfymm. V (m Cerer.), 95, 161. 201.

(3) //. I, 429. VI, 467. IX, 366, 500, 667. XXIII, 261 , 760. Ilymn. V {in Cerer.], 212, 234, 243, 255. Hés. ScuL 31. Fragm. CXXXVIll.

(4) //. VII, 139. XXIV 698. Orf., XXIII, 147. Hymn. I (m ApolL DeL), 154, Ilymn. II (m Apoll. Pyth.), 268.

(6) D'ailleurs le poète de PHymne à Démèter donne cette épithète à Persephonè , à Metaneira et aux femmes en général. Voy. ci-dessus les renvois de la note 2.

(7) Beilràge, p. 120-121.

paient de la forme de cette partie du corps : nous en avons la preuve dans le célèbre passage (1) où la taille d'Agamemnon est comparée à celle d'Ares. Sur les vases du Dipylon (2) et autres de style analogue (3) ainsi qu'en général sur tous les monuments archaïques de la Grèce, on voit des femmes à ceinture très serrée; donc une taille élancée passait pour une beauté au temps qui suivit immédiatement Tépoque homérique. Rien ne nous empêche de supposer qu'il en fût de même à l'époque immédiatement précédente. Les adjectifs s'j^wvo; et x3c7.Xi^<i>voç se rapportent-ils à la beauté de la taille ou de la ceinture? c'est ce qu'il est difficile de dire. Studniczka (4), en se rangeant à la première de ces hypothèses, s'appuie sur ce que ces deux épithètes s'appliquent aussi bien aux femmes de basse condition qu'aux femmes de distinction (5). Mais il ne faut pas oublier que les poètes en usaient très librement avec le trésor de brillantes épithètes qui étaient à leur disposition.

Voyons maintenant quel est le sens exact du xeçto; ijjia; [courroie historiée) qui renfermait le charme d'amour d'Aphrodite. Les commentateurs entendent par là généralement une ceinture, le ceste (6). Mais en étudiant de près les vers (7) où il en est question, on y découvre toute autre chose. Tout d'abord il est à remarquer que le poète ne se sert pas du mot ^wwi (8), habituellement usité pour la ceinture de femme, mais bien du

(1) //. II , 479. — (2) Comp. Mon, delV InsL,lX, pi. XXXIX, 2.

(3) Voy. un exemple très caractéristique dans Schliemann, Tiryns, pL XVIIa, p. 103- 105.

(4) Beitrage, p. 121.

(5) La gardienne d'Astyanax est âôî^wvoç (//. VI, 067). Les servantes d'Ulysse sont xaXXiXtovot {Od, XXIII , 147).

(6; Comp. Ann. delV Inst, 1842, p. 50-53. — Dœderlein, Ilomerisches Gfossarium, III, p. 116.

(7) //. XIV, 214 (Aphrodite) : ^ xat izo ariîOsa^iv IXuaaxo xe^tov tjxivTa

9:oix{Xov IvOa te oî OeXxTYjpia ^4vTa tstjxto. Puis elle dit à Hèra 219 : -fi vuv toutov îfjiivTa lew lyxitOEo xdXrw,

7coix{Xov, exhortation à laquelle obéit Tépouse de Zeus, 221 : (x6iÔ»îoaa« S'e^iia Îm i^xMixo xoXwi). — Comp. Schol. //. XIV, 214 et Lehrs, De ArisL stud, hom. 2« éd. p. 193. — (8) Voy. p. 259 , note 7.

mot i(iL3cç, courroie. Ensuite Aphrodite détache cet objet de sa poitrine; or on sait que les. femmes grecques, jusqu'au milieu du cinquième siècle, ne se ceignaient pas immédiatement sous la poitrine, mais plus bas, au-dessus des hanches (1). Enfin, Hèra, après avoir reçu rhimas des mains d'Aphrodite , ne le met pas du tout en guise de ceinture, mais le cache dans son kolpos, conformément au désir de cette déesse; et le kolpos, comme nous le verrons plus loin, c'est le creux formé par les deux seins et le vêtement qui couvre la poitrine. Nous prendrons donc l'expression du poète dans son sens le plus précis et admettrons une courroie historiée qu'Aphrodite serrait contre sa poitrine d'une manière qu'on ne peut guère déterminer avec exactitude. Par conséquent, il ne s'agit pas ici d'un objet de toilette, mais d'un charme ou talisman. Les savants plus familiarisés que nous avec ces questions seront à même de dire s'il existe d'autres exemples de courroies rehaussées de dessins ou d'ornements. L'adjectif xs^to; dérivé du verbe xevTéw (2) suppose des motifs imprimés ou gravés, comme on en trouve à toutes les époques sur les objets en cuir, et concorde du reste parfaitement avec l'épthète ttou^oç (orné) (3).

Nous avons à parler encore de l'épithète {iaWxoXTroç (4) qui qualifie trois fois dans l'Épopée les femmes troyennes. Aristarque (5), Otfried Millier (6) et Dœderlein (7) supposent que ce qualificatif désigne un costume féminin barbare. Que cette épithète soit exclusivement appliquée aux Troyennes ou non, nous

(1) FJasch, dans les Ann, delV Inst, , 1873, p. 18. — Petersen, dans les Archœol-epigraph, Mittheilungen aus Oesterrexch, V (1881), p. 2-13.

(2) Kuhns Zeitschrift fur vergL Sprachvorschung , VII, p. 88; VIII, p. 151 , 354. Comp. le noXuxgoxoç t{Jid[ç qui sert de courroie d'attaque à Paris (//. III, 371). Voy. Studniczka, Beitràge, p. 123, note 89.

(3) Ck)mp. notre ch. XXX. — (4) //.XIX, 122,339; XXIV, 215.

(5) Etym,, p. 185, 33, 41. — Schol. II. II, 484; XVIII, 339; XXIV, 215. — Od.y III, 154. — Eustath. sur VOd,, III, 154, p. 1462, 3. — Comp. Lehrs, De ArisL stud, homer,, 2*' éd., p. 111-112.

(6) Handbuch der Archœol. g 339, 3. — (7) Ilomerisches Glossarium, III, p. 117, n°2112.

ne saurions partager l'avis de ces savants. Comme nous Favons déjà fait remarquer dans notre chapitre P''(l), les poètes ne font aucune différence entre les formes achéennes et troyennes. De plus dans l'édition de Tlliade due à Zenodotos (2) l'adjectif fiaW)co>.7:oi est adjoint aux Muses, et dans les hymnes homériques aux Nymphes (3) et aux Océanides (4). Nous pouvons donc admettre que les poètes l'ont employé en regardant autour d'eux les femmes grecques. Aristarque (.5) et les commentateurs modernes (6) prétendent que cet adjectif fait allusion au bouffant du peplos remonté au-dessus de la ceinture; mais on ne rencontre cette disposition sur aucun monument de l'art grec archaïque (7), En outre, Studniczka a prouvé que le mot xoXttoç, partout où il revient dans l'Épopée , autorise une tout autre interprétation (8).

KoXttoç, comme eu latin sinus, sein en français , Busen en allemand, désigne en général un creux, une place concave. L'acception de tous ces mots s'est également élargie. Dans le corps de la femme ils signifient d'abord l'espace vide compris entre les deux seins, puis, par extension, toute la poitrine; dans ce deiTiier sens, ils sont employés pour la poitrine de l'homme. Ils peuvent aussi s'appliquer parfois au vêtement qui recouvre la poitrine, de même que dans notre expression moderne poiirine couverte de décorations (9). KoXttoç et sinus ne sont employés pour désigner le vêtement que si celui-ci forme un

(1) P. 6 et suiv. — (2) Son texte dit : Moulai '0Xu[jijci(£86ç paôuxoXsoi (de même Pindare, Fyth. I, 12) au lieu de : Mouaai 'OXjjjinia 8c();xaT' lyouaai (Schol. IL XVIII, 330; XXIV, 215. Comp. Lehrs, p. 112). //. V, 424. Plutarch (Symp. y, 2, 3) lisait : 'AyaVdiÔwv ^OuxôXtîwv au lieu de 'A. eùiîinXwv.

(3) IV (in Vener,), 257. — (4) V (m Cerer.) 5. — (5) Voy. ci-dessus note 4 et Lehrs, De Arist. stud. hom., 2® éd., p. 150.

(6) Notamment Bôckh sur Pindare, OL 111, 36. (IP, p. 140) et Stark à propos des Grieeh. Privatalterth. de Hermann, 2« édit., p. 169, note 21.

(7) On en trouve les exemples les plus anciens sur les vases corinthiens : Boehlau , QuœsHones de re vesliaria Grœcorum, p. 68-70.

(8) Beitrâge, p. 101-104.

(9) Studniczka, Beitràge, p. 102.

bourrelet ou mieux un bouffant. Or il n'est pas un seul passage caractéristique de l'Épopée qui nous oblige à prendre 3co>.::o; dans ce sens; il a, au contraire, partout la signification très claire de poitrine nue ou couverte.

Ce mot a évidemment son sens primitif dans ce passage de riliade (1) où il est dit que Hèra serre dans son xoXttoç le iji.3c^ que lui donne Aphrodite. Il désigne certainement ici le creux compris entre les deux seins et le vêtement de la poitrine. Supposons la déesse vêtue d'une sorte de chiton dorien et ce fait nous paraîtra tout naturel. Hèra n'avait même pas besoin de se dégrafer pour serrer le himas; elle n'avait qu'à le glisser par l'ouverture pratiquée sous l'aisselle.

Il en est de même pour un passage de l'Odyssée (2). Lorsque la gardienne d'Eumaios s'échappe pour aller rejoindre ses compatriotes sidoniens, elle emporte trois coupes qu'elle cache û-o xoXttw. KolTToçne peut signifier ici que le sein, et pour contenir les trois coupes ce xoXttoç devait être un espace vide assez considérable et accessible par l'ouverture latérale sans qu'il fût besoin de dégrafer le vêtement.

Il faut, en outre, rappeler ici les vers par lesquels Hécube conjure Hector de renoncer au combat avec Achille (3) :

[A-iÔTyip 5' a'JÔ' £T6po)6ev o^upero 5axp'jy£0'jca, xoXttov àvi£jjLév7j^ erépx^i Se [xa^ôv àveayfiv.

Ko7.7:ov àvicjjLÊVYî doit être traduit ici par faisant ressortir, c'està-dire découvrant le sein. Aristonicus (4) a déjà compris ainsi ce passage et signalé à ce propos les vers suivants de l'Odyssée (II, 299).

£'jp£ ^'apa [JLVYifjTYÎpaç ayrivopxç £v [A£yapoi<7iv, alyx; àvie»/.£vo'j; (7ia>.ou; 0' fiûovTa; sv aùT^yj,

(1) //. XIV, 219, 223 (voy. p. 265, note 4).

(2) Od, XV, 4(>9. — (3) //. XXII, 79-80. (4) Schol. //. XXII, 80.

OÙ alyaç àvteaôai ne peut signifier que dépouiller les chèvres de leur peaUf c'est-à-dire dépecer; ce verbe a donc ici exactement le même sens que dans le passage ci-dessus de Tlliade. Si nous traduisons xoXttov àviej/ivr, par découvrant le sein, nous sommes en présence d'un vêtement du genre dorien. Hécube tiésagrafe son vêtement d'une main, acte tellement naturel qu'il n'avait pas besoin d'être signalé. De l'autre main (éT£py)<pi),elle soulève l'un de ses deux seins ([xa^ov), qui se trouve être ainsi complètement dénudé, et par ce sein, qui l'a calmé, elle adjure son fils d'épargner sa vie. Au contraire, lorsque les poètes nous apprennent que les xo7xroi d'Althaia, quand elle invoque Hadès et Perséphonè contre son fils Méléagre , sont mouillés de larmes (1), lorsqu'Astyanax, effarouché par le panache du casque de son père, se serre contre le îtdXTroç de sa gardienne (2), lorsqu'enfln Néoptolème , pour briser Astyahax contre terre, l'arrache ex. xoXt^ou de sa gardienne (3), dans tous ces cas il s'agit évidemment d'un sein recouvert d'un vêtement. Il est, en effet, difficile d'admettre que les poètes s'imaginaient voir Althaia et la gardienne d'Astyanax avec la partie supérieure du corps entièrement dénudée. Pour le même motif, il convient d'attribuer au xoa:to; le même sens dans trois passages de l'hymne à Déiiièter (4), où il est dit que Metaneira, tenant son enfant sous le •^oX:roç, est assise devant la porte de sa maison, — que Démèter,

(1) //. IX, 5G9 : xizXiîaxoua' 'Atôr^v xaî I::aiv7jv ïïspas^^vsiav,

r.p6-/(y\i xaOei^ofiivT], ôeùovTO 8à ôixpuai x6Xnoi.

(2) K. VI, 4G7 ; "A^j» Va tzAi^ Tzçibç xiiXicov èuî^wvoio TiOyivr,ç

sxXjvOt] idty^wv.

(3) Petite Iliade^ Fragm. 18. (Epicor, gr, fragm, éd. Kinkel, I, p. 46.) :

;:aîda S'iXùv Ix x6X::ou lunXGxdfjLOio TiO>ivrjÇ

(4) Ilymn. V (m Cerer,) 186 : ^oro iiapà araOfjibv tê^soç 7;uxa w>irjroto

TiaXh^ xiTZO x6X;:co fyouaa, 231 : (fii dfpa çcdvrjaaaa OucijÔcV SiÇaTO x6Xnq)

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