GUERRE ORIENTALES ET CLASSIQUES
Les tombeaux en puits de Mycènes ne fournissent que des données insuffisantes sur les armes dont on se servait en Grèce avant la migration dorienne. On n'y a, en effet, trouvé que des armes d'attaqfue, des lances et des épées, mais aucune trace d'armes défensives. Tout porte à croire cependant que les casques métalliques et les boucliers garnis de métal étaient d'un usage courant chez les Mycéniens de l'époque; car l'emploi de ces armes offensives remonte chez les populations de l'Asie Mineure à des temps très anciens (1). Or étant données les relations nombreuses que l'Asie Mineure du sud-ouest entretenait, dès le milieu du quinzième siècle avant J.-C, avec la Grèce orientale, il serait étonnant que ces armes défensives ne se fussent pas introduites dans cette dernière contrée. Dès avant la migration dorienne, les Mycéniens n'avaient-ils pas adopté le char de combat (2), auquel il était naturellement beaucoup plus difficile de faire obtenir droit de cité qu'à n'importe quelle pièce d'armement? Il faut à ce propos examiner les figures des cachets trouvés dans les tombeaux en puits de Mycènes. On y distingue clairement des casques en métal et des boucliers à gar-
(1) Le roi Thutmés, III (1591-65) emporte dans son butin du pays de Zabi (Phénicie) cinq heaumes d'attaque en fer (Brugsch, Geschichte .Egyptens, p. 318). — Un casque de fer, une cuirasse de bronze à écailles et un bouclier de bronze sont attribués au Philistin Goliath (I. Samuel, 17, 5, 6).
(2) Voy.p. 161.
nitures métalliques (1), C'est là une preuve indubitable qu'une peuplade d'origine orientale qui était en rapports suivis avec les Mycéniens faisait usage de ces armes défensives. Les armes de guerre des Mycéniens semblent d'ailleurs correspondre plus ou moins à celles représentées sur les cachets en question. Nous avons déjà fait ressortir plus haut l'analogie qui existe entre les épées reproduites par les graveurs de cachets et les épées de bronze trouvées dans les tombeaux en puits (2). D'autre part l'armement figuré sur les cachets se rapproche de l'armement homérique : ils ont deux points communs, le grand bouclier ovale (3) et le casque dont l'aigrette est fixée sur un cimier métallique (4). Si, par conséquent, on ne constate dans les tombeaux en puits aucune trace d'armes défensives, c'est que probablement les morts n'y étaient pas ensevelis avec leur armure, mais dans leurs vêtements de parade. Et si l'on y ajoutait des lances et des épées, c'était tout naturel, car à l'époque homérique ces objets faisaient partie du costume de tous les jours.
Toutefois l'analogie entre les armures grecques d'avant la migration dorienne et les types figurés sur les cachets de Mycènes est limitée au casque de métal et au bouclier à garnitures métalliques. Sur aucun de ces cachets, on ne remarque une cuirasse de métal et il est absolument certain qu'aucun des guerriers qui y sont représentés ne porte de jambières. Il faudrait donc admettre que la panoplie décrite dans l'Épopée et composée d'un casque, d'un bouclier et de jambières d'airain, ne fut adoptée par les Grecs qu'après la migration dorienne. La lutte cruelle pour l'existence, que les émigrants, fondateurs de colonies, avaient à soutenir sur la terre étrangère, les forçait nécessairement à se mettre le plus possible en état de défense. Cependant, en adoptant la panoplie, les Grecs sortirent de nouveau du cercle bien défini que leur avait tracé leur civilisa-
(1) Mykenae, p. 202, n» 254, p. 259, n» 335 ( notre fig. 139).
(2) Voy. p. 430. — (3) Voy. p. 404.
(4) Voy. p. 3K>.