L'ARMEMENT DES EPOQUES HOMERIQUE ET CLASSIQUE
tion : en eflfet, une armure aussi complète que celle des guerriers des temps homériques et celle des hoplites grecs ensuite fut toujours chose inconnue aux anciens peuples civilisés de l'Orient ; tout au moins chez aucun d'eux les jambières ne furent jamais d'un usage courant. Le Milésien Aristagoras, poussant le roi de Sparte Cléomène à faire la guerre aux Perses, lui fait remarquer que les Perses combattent surtout avec l'arc et avec de courtes lances, et entrent en campagne sans armure, mais coiffés d'une calotte et vêtus d'une culotte (1). Cette observation peut s'appliqueràtous les peuples de l'Orient comparés aux Grecs. On ne sait pas, il est vrai, si les Grecs avaient inventé eux-mêmes les pièces d'armure qui finirent par former la panoplie ou s'ils en avaient emprunté quelques-unes aux peuplades de l'Asie Mineure chez lesquelles ils avaient fondé des colonies sur la côte. La tradition désigne les Cariens comme les plus grands novateurs en matière de guerre, et leur attribue l'invention des jambières, des marques de boucliers, de la double courroie de Vumbo et de l'aigrette (2). Mais il ne faut accueillir cette tradition qu'avec la plus grande circonspection. Elle est à peine discutable si l'on s'en tient aux traits sous lesquels les Cariens nous apparaissent à une époque très ancienne encore, mais très claire de l'histoire. Depuis Archiloque jusque vers le milieu . du V*^ siècle avant J.-C, nous trouvons les Cariens, sur les différents points du bassin de la Méditerranée , faisant de la guerre un métier, tantôt à la solde des étrangers, tantôt pour leur propre compte (3). Leur manière de vivre les poussait, par conséquent, à perfectionner le plus possible leur équipement militaire. Toutefois certains mots d'origine obscure, tels que àop ,
(1) Hérodote, V, 49, 3.
(2) Voy. p. 414, note 1. — (3) Archiloque dans le Schol. ad. Platon. Loch. p. 322 {fragm. 23. Bergk) : xat Brj :c(xoupo( &Tzt Kàp xexXi!ao|iai. Cariens à la solde de Psammétique I«' et d'Apriès (Uahabra) : Hérodote, II, 152, 154, 163. — Garde du corps carienne d'Amasis : Hérodote , II , 154. — Cariens au service du roi Onésilos de Salamis dans Tile de Chypre (vers 500 av. J.-C.) : Hérod. V, 112. Comp. Strabon, XIV, p. 661.
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xTici; et cxxoç nous autorisent à supposer que, dans ce domaine également, les Grecs ne restèrent pas indifférents à rinfluence étrangère (1).
L'adoption de la panoplie développa considérablement les forces militaires de la Grèce. Il est facile de se faire une idée de la confiance qu'une armure de ce genre devait inspirer à ceux qui en étaient munis et de la terreur qu'elle devait produire sur Tennemi moins bien équipé. Aussi, à mesure que la tradition s'éclaircit et s'accentue, nous trouvons des renseignements qui prouvent que la supériorité militaire des Grecs et des Carions était reconnue par les anciens peuples civilisés de rOrient. La principale force de l'armée égyptienne résidait, sous les rois Psammétique et Apriès (Uahabra), dans les troupes mercenaires ioniennes et cariennes (2), et le roi Amasis luimême, bien qu'il dût à une réaction nationale son élévation au trône, conserva cependant une garde du corps composée d'Ioniens et de Cariens (3). Le Mythylénien Antiménidas, frère d'Aïkaïos, servait avec distinction dans l'armée de Nabuchodonosor (4). Il ressort clairement de l'histoire de Psammétique que l'hoplite tout bardé de bronze produisait une profonde impression sur l'imagination orientale. Lorsque Psammétique se fut enfui devant les autres rois dans les marais, un oracle lui prédit qu'il se vengerait lorsque des hommes d'airain surgiraient de la mer. Cette prédiction s'accomplit, lorsque des Ioniens et des Cariens, lourdement armés, eurent débarqué sur
(1) Certains philologues prétendent que dfop vient du radical svar {suspendre) j désignant ainsi Tépée comme quelque chose de suspendu ou d'attaché. Cette hypothèse nous paraît être un véritable défi au bon sens. (Comp. les noms de Xpuaaôpi'c dans les Beitraege de Bezzenberger, X, p. 171, n» 347). De même il nous parait impossible de pouvoir rapprocher aabtoç de adixTo), aiY»î> ad^pç (Curtius, Grundzûge der gr, EtymoL^ 4" éd., p. 661), et à^srM du radical otciB, qui ferait allusion à Taction d'étendre les couches de peaux (a?ci^£iv synonyme de £xte(veiv; comp. Fick dans la Kuhns ZeiUchr., XXV, 1874, p. 111, no 6).
(2) Hérodote, II, 152, 154, 163. — (3) /d., II, 154. — (4) Alkaios, fragm. 33, Bergk. Comp. Strabon, XIII, p. 617.