‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 85 sur 114 · L'ARMEMENT DES EPOQUES HOMÉRIQUE ET CLASSIQUE · texte numérisé non relu

L'ARMEMENT DES EPOQUES HOMÉRIQUE ET CLASSIQUE

le rivage saïte; Psammétique les prit à sa solde et ils vainquirent les rois ses ennemis (1).

Et maintenant quel était le rapport entre l'armement homérique et celui de l'époque classique? Pour répondre à cette question, il faut avant tout constater que deux pièces qui caractérisent le premier : la (xÎTpvi (2) et le grand bouclier ovale (3), manquent au dernier. Elles ont dû effectivement disparaître aussitôt après la période homérique : elles ne figurent, en effet, ni dans la poésie qui suit immédiatement l'Épopée, ni sur les monuments de Fart archaïque. C'est vers la même époque que les Hellènes établis dans la Grèce proprement dite et en Asie Mineure renoncent au char de combat (4) : cela résulte à n'en pas douter de ce fait que le combat sur chars n'est mentionné dans aucun ouvrage littéraire des septième et sixième siècles, pas même (chose importante) dans les poésies guerrières d'Archiloque, d'Alcée et de Tyrtée. Tant qu'un char portait le guerrier sur le champ de bataille et lui servait de lieu d'attaque et de refuge (5), le poids du bouclier était supportable. Mais dès que les combattants commencèrent à aller à pied ou à monter à

(1) Hérodote, II, 152. — (2) Voy. p. 368-372. — (3) Voy. p. 403 et suiv.

(4) Au contraire le char de combat est usité chez les Grecs chypriotes encore en 496 av. J.-C. (Hérodote, V, 113). Dans la Cyrénaïque il semble avoir été en usage même au IV® siècle (Xénoph. Cyrop. VI, I, 27). Mais peutêtre Xénophon, qui avait dans Tidée les chars de combat employés jusqu'à Cyrus l'Ancien dans Tannée persique , ne voulait-il désigner, par compa^ raison, que les chars de course de Cyrène, usités de son temps. Si les Grecs de Chypre et peut-être ceux de la Cyrénaïque conservèrent beaucoup plus longtemps que leurs compatriotes de la mère-patrie la manière de combattre archaïque , c'est probablement parce qu'ils avaient affaire sans cesse aux armées orientales où les chars de combat jouaient toujours un rôle considérable. Cela est vrai aussi pour l'armée persique. Cyrus l'Ancien y introduisit un nouveau modèle de char et apporta tous ses soins au perfectionnement de cet engin de guerre (Xenoph.,Cyrop., VI, 1,17,27-30). Escadrons de chars des Indiens, des Caspiens et des Libyens dans l'armée de Xerxès : Hérodote, VII, 86. Comp. Eschyle, Pers,, 46. Chars à faux dans les armées de Cyrus le Jeune et d*Artaxerxès IIMnémon : Xénoph., Anab,, I, 7, 10; 8, 10. Dans l'armée de Darius III Kodomanos : Arrien, Anab, I, 8, 6; 11, 7.

(5) Voy. p. 162.

cheval (1), on dut nécessairement songer à alléger le poids des armes défensives et Ton fut naturellement amené à supprimer ce bouclier.

Il est d'ailleurs permis d'admettre qu'au point de vue du style, l'armement homérique correspondait plus ou moins à c«lui que nous montrent les peintures sur vases archaïques- Dans quelques-unes, il y a des imperfections de dessin dues à l'inhabileté du peintre; mais les plus soignées nous donnent une idée très suffisante de l'équipement des guerriers du temps. On y remarque des types qui diffèrent essentiellement des hoplites grecs de la période florissante de Thistoire, Chez ceux-ci casque et bouclier sont moulés en quelque sorte sur le corps, et les fins profils de l'armure évoquent l'idée d'une grande force de résistance et d'une légèreté extrême tout ensemble. Dans ces peintures sur vases, au contraire, nous voyons des espèces d'étuis très lourds qui ne tiennent compte que des formes générales du corps et qui paraissent avoir un volume et un poids tout-à-fait hors de proportion avec la taille du guerrier. Et cependant, entre l'époque où prend fin la composition de l'Épopée et celle où l'on commence à peindre sur les poteries des scènes guerrières, le travail des métaux avait acquis un grand développement et , pendant plusieurs générations , bien des villes grecques avaient pour spécialité de fabriquer des armes et cela sur une grande échelle (2). Il est donc très probable que les casques et les cuirasses que portaient les contemporains des aèdes homériques étaient encore plus anguleux et plus raides que ceux représentés dans les plus anciennes peintures sur vases.

(1) La tradition qui, jusqu'à un certain point, peut être considérée comme historique, rapporte que la cavalerie apparaît pour la première fois dans la guerre messénienne, c'est-à-dire vers la seconde moitié du huitième siècle. Le nombre des cavaliers , du côté des Lacédémoniens comme des Messeniens, n'aurait pas atteint 500. Ces troupes d'ailleurs n'auraient pas M grande prouesse, car les habitants du Péloponèse étaient alors de fort médiocres cavaliers. (Paus., IV, 7, 2; 8, 4.)

(2) Voy. p. 20, notes 2 et 3.

Page 1