‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 92 sur 114 · reifjLtov ô'ujî^etwT* âeOXov, dcfx^WsToçoiiXrj · texte numérisé non relu

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un plat double , et l'on a expliqué l'épithète en disant que Tun et l'autre récipient pouvaient indifféremment servir de support (voy. Ebeling, Lex. homer. au mot a.uwpWexoç. — Athen. XI, 501. Comp. Schol. //. XXIII, 92, 243, 270. — ApoU. Lex. hom. p. 163, 11. — Eustathe, p. 1298, 36). Mais on ne

Cette opinion concorde d'ailleurs parfaitement avec la statistique monumentale qui prouve que cette coupe fut le vase le plus répandu en Asie Mineure et en Grèce, pendant l'époque qui précéda et celle qui suivit immédiatement la formation de TÉpopée. Dans la première de ces périodes, ce type est représenté par les poteries d'Hissariik (flg. 173) (1), de Théra(fig. 178) (2), d'Ialysos (fig. 179, 180) (3), de Kos (4) et des tombeaux en puits de My cènes (fig. 174, 175) (5). Quant à la période qui suivit les

conçoit pas mieux Tutilité d'un plat double de ce genre que d*une coupe double. Les commentateurs anciens avaient déjà reconnu avec raison dans Và^lOnoç fffÀXr^ un vase à deux anses que Ton posait en le prenant par les deux anses. (Athen. XI 501 A; Schol. //. XXIII, 270) : cette explication est confirmée par le mot (ijjupi^opEiSç (II. XXIII 92, 170; Od. II 290, 349, 379, IX 104, 204, XIII 105, XXIV 74), c'est-à-dire Vase que Ton portait en le prenant par les deux anses opposées. Dans le 23^ chant de Tlliade, Tume cinéraire de Patrocle est appelée deux fois xpuoéi) cptdEXiq (243, 253) et une fois xp^^o( ^{i^t^opEj; (92). Que ce dernier vers ait été biflë par Aristarque ou non (comp. Lehrs, Bhein, Mtu.^ XVII, 1862, p. 481), il est certain que les çidXoei à deux anses étaient d'un usage courant chez les Ioniens à une époque voisine de la naissance de l'Épopée. D'autre part, il résulte de ces passages que le mot oiéXr^ désigne , dans la langue épique , une autre sorte de vase que dans la langue ultérieure. Les écrivains plus récents donnent, en efiPet, ce nom à une coupe plate ou un plat en forme de bouclier (comp. Aristote, Hhet. III , 4; Poet. 21). Mais il est clair que cet ustensile ne pouvait servir d'urne cinéraire ni être désigné comme ia^içope^ç. La çidiXT) homérique a dû être un vase à panse assez large , servant à contenir des liquides , des matières faciles à répandre (comme l'indique l'épithète djwpwtoç, non encore touché par le feu, IL XXIII, 270. Comp. IL IX 122 : diirSpouç Tp(j»8«ç) ou bien usité même pour la cuisson. L'usage homérique consistant à conserver la cendre des morts dans des vases de ce genre est confirmé par les trouvailles faites dans les /om6e apozzo de Corneto (NoL d, Scavi 1882, pi. XII, 14; Ifon. deirinsL, XI, pi. LIX, 1 ; Ann, 1883, p. 286, 1 ; BulL 1883. p. 113- 114; 1884, p. 13), comme dans les tombe a ziro (BulL 1883, p. 195; voy. plu» haut, p. 29-30) et dans les chambres funéraires les plus anciennes de la nécropole de Chîusi (Mon. deirinsL,p\ XXXVIIII a4; Ann. 1878, Tav.d*agg. Q 1*). dans lesquelles on rencontre souvent des amphores en bronze employées comme vases cinéraires).

(1) Voy. p. 463, note 4. Comp. p. 60^L — (2) Dumont et Chaplain, Le» cératmquesde la Grèce propre I, pi. II, 7 (d'où notre flg. 178). Comp. p. 62<Vl,

(3) Dumont et Chaplain, Ibid. l,pl. III, 1 et 12 (nos flg. 179 ot INO). Comp. p. 63-64.

(4) Ibid, I, p. 45. ~ (5) Voy. p. 463, note 5. Comp. p. 64 rt sulv.

temps homériques, il nous suffira de rappeler que Sapho (1 fait boire les dieux dans des karchesia, c'est-à-dire des coupes à deux anses. Trois coupes de ce genre, dont deux en argile peinte (fig. 181, 182), la troisième en argent (fig. 183) ont été trouvées dans la partie la plus ancienne de la nécropole grecque de Camiros (2). Celle en argent est dorée sur le bord et rappelle, par conséquent, la description que fait TÉpopée du cratère offert en don hospitalier à Ménélas par le roi des Sidoniens (3),

et de la corbeille à filer d'Hélène (4). Ces deux objets , dit le poète, étaient en argent, mais dorés sur les bords. Plusieurs coupes en terre à deux anses ont été mises au jour dans la partie la plus ancienne actuellement connue de la nécropole de Syracuse Fig. iw. - Coupe en argile de vuici. (fig. 184, 185) (5). On rencontre

les mêmes formes parmi les vases d'argile les plus anciens que les Grecs vendaient aux Étrusques (fig. 186, 187) (6). Les potiers étrusques ont souvent imité en argile noire {bucchero nero)^ aux sixième et cinquième siècles avant J.-C, une des coupes de cette catégorie, à deux grandes anses verticales, semblables au type de Camiros (fig. 183) (7). II

(1) Athen. XI, 475 A (fragm. 50 Bergk). Sur la forme du karehésion voy. Athen. XI, 474 E et Macrobe, Sat. V, 21. — (2) Salzmann, Nécropole de Camiros, pi. 2 (notre fig. 183), 33 (notre fig. 181), 38 (notre fig. 182).

(3) Orf. IV, 615. XV, 115:

Ittiv ânac, /.puoîô i*iiz\ y^efXea xexpaavrai.

(4) Od. IV, 131 (voy. p. 137, note 15).

(5) Dans la nécropole del Fusco (voy. p. 112). Anrii deirinsL, 1877. Tav. d'agg. A B 3, 4, 7-13. C D 4, 5, 7 (d'où nos fig. 184 et 185).

(6) Ann. delVInsL, 1878. Tav. d'agg. R. 8 (notre fig. 187). — Urlichs, Zwei Vasenâltesten StiU, Wûrzburg, 1874 (notre fig. 186). Mon. delVInsL, IX, pi. 4.

C7) P. ex. à Corneto : Bull. deWInst., 1882, p. 46; 1885, p. 78, 81 n« 7, p. 126 n«' 7, 8, p. 211 n<» 7, 214. — A Oriolo romano :NoL d. scavi, 1884,

est à remarquer que, dans le culte grec, ce type a toujours occupé la place la plus importante. Sur certains monuments funéraires sont représentés des prêtres qui tiennent une de ces coupes comme signe distinctif de leur dignité (1). Elle est l'attribut ordinaire de Dionysos, dieu du vin (2); on la voit à côté du mort déifié dans les bas-reliefs funéraires de Sparte (3) et de Tarente (4). Cette coupe qu'un contemporain des poètes homériques eût appelée ^éiraç àjx.çixuire^'Xov OU alciaov, porte dans la langue ultérieure le nom de kant haros ou de karchesion. Il est évident d'ailleurs qu'elle se prête à toutes les opérations aux-

Fig. 187. — Coupe en argile de Chiusi.

quelles était destinée la coupe homérique : on pouvait avec ce vase puiser aisément du vin dans un cratère, il était facile à manier d'une seule main; il passait à la ronde dans les libations , et pendant qu'un des convives , le prenant par une anse, l'offrait à Thôte nouveau venu , celui-ci le recevait de sa main par l'autre anse,

p. 345. — A Vulci : Bull. 1883, p. 39. — A Orvieto : Bull. 1881, p. 271. — A Formello (près Véies) : Not. d. scavi comm. alVace. deiLincei, 1882, p. 294.

— Certains spécimens, comme ceux publiés par Noël des Vergers (L'Etrurie et les Étrusques, III, pi. XVIII, 2, pi. XIX, 1), semblent inspirés plutôt par des modèles phéniciens ou carthaginois que grecs.

(1) P. ex. sur la stèle de Lysias : Mitth. d. arch. Inst. inAthen. IV, 1879, pi. I, p. 41 ; quelquefois sur les vases peints, voy. Gerhard, Antike Bildwerke, pi. LI.

(2) Plin. XXXIII, 150 : « C. Marins post victoriam Cimbricam caniharis potasse Liberi patris exemple traditur. » — Macrob. Sat. V, 21. — Comp. Mon. deirinst.^ VI, pi. 37 (idole archaïque de Dionysos avec un canthare).

— Sur la forme voy. Jahn , Beschreib. der Vasensammlung Kônig Ludwigs, p. xcix.

(3) Mitth. d'arch. Inst. in Athen., 1877, pi. XX, XXIII, XXIV; VII, 1882, pi. VII, 1882, 160-173.

(4) Arch. Zeit., XL, 1882, p. 293-295, no» 16-19.

Comme on a pu s'en convaincre par un coup d'œil jeté sur les figures du présent chapitre, les coupes à deux anses antérieures à Tépoque classique offrent de nombreuses variétés. Le récipient lui-même varie de volume et de profondeur; les anses sont tantôt verticales, tantôt horizontales ; la hauteur et la solidité du pied sont très variables aussi, quelques spécimens manquent complètement de pied. Mais les quelques renseignements que nous fournit la description épique ne suffisent pas pour préciser le ou les types qui étaient familiers aux poètes. D'après tout ce que nous savons sur le style de cette époque, on ne peut affirmer qu'une seule chose, c'est que les coupes de ce temps-là avaient une forme lourde et des contours anguleux. Aussi lorsque Flaxman met entre les mains des prétendants de Pénélope des coupes plates au profil élégant, il commet une grossière faute d'archéologie; ces descendants si accomplis et si raffinés des ^érz àjxçix'j-elXa homériques n'apparaissent, en effet, que sur des vases plus récents à figures noires, c'est-à-dire pas avant la fin du sixième siècle av. J.-C.

Il nous reste à étudier la question au point de vue étymologique. G. Curtius (1) compare xux-e^>.ov à xui^-ti {cretix^ cavité) et à cupa (cuve). Il en résulterait que à;jL9ixj7r£^Xov était une coupe à deux cavités : ce serait le type imaginé par Buttmann et par Frati et dont nous croyons avoir démontré l'impossibilité. Dans ces conditions, voyons si cette étymologie ne peut se concilier d'une autre manière avec les résultats auxquels nous sommes arrivés. C'est très probable. Les poèmes homériques et les monuments archéologiques nous fournissent, en effet, la preuve que le Jeiraç àfjLçutfee^Xov était une coupe à deux anses. De là à songer au radical xx7r-,câf/>pre il n'y a pas loin. De même que les Latins ont formé de cette racine cap-ulus {poignée^ ansé)^ cap-i-s (racine, capid), coupe à anseSf les Ombriens cap-i-f {coupe à anses)j — de même les Grecs, du temps où leur langue était encore à l'état rudimen-

(1) Grundzûge der. gr, EiymoL, 4« éd., p. 158.

mentaire, ont parfaitement pu constituer avec ce radical le substantif xuTT-e^vî (comp. veç-e^n anse). Le u serait une particularité éolienne, et xu77-é>.ri aurait le même rapport avec xcott/i (poi-

g née, anse) que xuttti avec /.sctt/;, tti^osç avec Téceyapeç, -TrpjTavt;

avec rpo, à[i.u[i.wv avec puipç (1). Kuw-éXt; a donné naissance à l'adjectif KuîreX-to-ç, '^uTTfiXXoç (comp. (p'j^).ov, foliuMy iXko;, alius), qui signifie arec anses, et par suite à àixçix'jireA^oç, à deux anses. Si, comme c'est probable, cette étymologie est exacte (2), elle concorde parfaitement avec les résultats de nos recherches. D'autre part, on s'explique facilement que le même mot ait pu désigner, au temps d'Aristote, un tout autre vase, un vase à deux récipients. Déjà dans la langue épique l'adjectif xuxeî^T.ov est employé substantivement sans ^éizxç; il est à présumer qu'on donna peu à peu à ce substantif le sens général de coupe, sans se préoccuper si elle avait des anses ou non, et, dans ce cas, il semble tout naturel qu'Aristote ait employé le mot àu.9wu7:e>.>.ov pour désigner un vase à deux récipients. Personne n'a encore proposé une étymologie tant soit peu sa-

(1) On pourrait encore y ajouter x*^^^'! (éolien), xiX«Î)vt) (Curtius, Grundz. der gr. Eiym,, 4^ éd. p. 199, n^ 188) et K^(&7), xio^at) (Gelbke dans les Stud, zur gr. u. lat. Grammatikde Curtius, II, p. 23). Nous passons à dessein le substantif eifpa qu*emploie Caton (De rerustica, 21) pour désigner la manivelle du moulin à huile , car la quantité n*en est pas connue ; il se peut donc que les Latinar Talent dérivé du grec xcorrj.

(2) Bezzenberger a proposé une autre étymologie qui toutefois s'accorde également avec nos conclusions. Voici ce qu'il nous écrit à ce sujet : i Le rattachement de xiSnXXov à capere me choque un peu à cause de Tu ; dans les mots sûrement dérivés de capere Va est immuable (Got. haban , lett. kampt^ etc.). L'argument tiré de di{AU{Muv, ntovpsf, i:f>^Tav(«, etc. ne nie parait pas bien probant, car ces mots appartiennent à d'autres catégories que le xùjceXXov dérivé de xan. Cependant si Ton s'en tient à cette étymologie , en somme acceptable, je m'appuierais plutôt sur xut:a'99l<, de xuRa^^o-lat. capitiu-m. Mais je demanderais pourquoi Ton no traduirait pas i;ii9tAu;;iX)ov par muni de deux anses, La racine de wSrsXXov serait alors le letton kupn^ hovar (en vieux haut allem.), boê$e, lithuanien kumpiê (recourbé) , hubilon vieux haut allem. (monticule)^ etc. La parenté avec xt^nr,, eupa^ etc. n*auralt, dans ce cas, rien de choquant. Le suffixe XX do xtSniXXov n'a pns encore été expliqué d'une manière satisfaisante; on peut l'expliquer comme yo\\% l'avez fait. >

tisfaisante pour à)i6t(yov (1). Ce n'est peut-être pas dans les langues indo-européennes, mais dans la famille des langues sémitiques qu'il faut rechercher l'origine de ce mot.

Il nous reste à parler de la coupe de Nestor. Nous lui consacrons un chapitre spécial, car la description en est d'une longueur inaccoutumée et elle signale une particularité qui n'est mentionnée dans aucun autre endroit de l'Épopée.

(1) Il est inutile de réfuter Topinion des grammairiens anciens qui font dériver ce mot de Xetoc poli, uni ou de SXt^, parce qu'on peut y boire à sa soif, (Âsklépiadés de MyrleiadansÂthen., XI c, 24, p. 783 B; Aniketosibid. 783 C. — Apollon, soph. Lex. hom.^ p. 23, 8. — Pollux, Onom, VI , 16, 97. ^Étym, magn., p. 61, 19 et suiv.— Schol. Od. III, 50).

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