CHAPITRE XXXII
Toutes les descriptions dont nous avons parlé jusqu'à présent se rapportent à des objets d'art décoratif. Y avait-il, en dehors de ces objets, des œuvres monumentales, à l'époque homérique? Nous n'hésitons pas à répondre négativement à cette question. Nulle part, dans l'Épopée, il n'est fait mention d'une œuvre qui serait destinée à produire par elle-même un effet artistique. L'Iliade (1) cite, il est vrai, une idole de l'Athèna troyenne; mais cette citation ne détruit en rien notre opinion. En effet, l'image d'un culte ne doit pas satisfaire à un sentiment esthétique, mais répondre avant tout à un besoin religieux, et les peuples jeunes, remplis de foi en la divinité, ne demandent pas tant à en avoir l'image qu'un signe symbolique de sa présence. N'avons-nous pas d'ailleurs des preuves nombreuses que les Grecs, avant de faire des statues de dieux, exerçaient leur piété devant des pierres, des bornes ou des pieux, et que, même après l'introduction des idoles, les symboles de ce genre occupaient le centre de certains sanctuaires (2)?