‹ L'Épopée homérique expliquée par les monumentsChapitre 98 sur 114 · B^xcv !407)va{y)( li:\ youvaoïv ^uv6{jloio · texte numérisé non relu

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(2) Overbeck^ ddJk^lesBerichiedersàchs.Ges.der Wiuensch., 1864, p. 121 et suiv.

Nous avons y en outre, à nous demander si les idoles qui, à Tépoque homérique, se trouvaient dans les villes ioniennes, étaient des ouvrages grecs. En Asie Mineure et en Grèce, comme en Italie, les dieux n'étaient pas adorés primitivement sous une forme humaine ni dans des temples. Au Pergamos d*Hissarlik, on n*a trouvé aucune trace de temple et Ton n*en a pas constaté non plus parmi les constructions qui ont été élevées à Mycènes et à Tirynthe, avant la migration dorienne (1). On priait et Ton sacrifiait alors dans des bois sacrés qui parfois étaient clos, parfois complètement ouverts, et qui, en fait d'ouvrages travaillés par rhomme, ne renfermaient qu'un autel; les fouilles d'Olympie et de Chypre nous ont fourni des renseignements très intéressants sur ce sujet (2). On attachait les offrandes aux autels, on les posait sur les marches, ou bien on les suspendait' aux arbres environnants. Ce n'est que plus tard qu'on commença à adorer des statues de dieux exposées dans les temples (3). Cette innovation parait avoir été inspirée par des influences orientales. Tout le monde sait que, chez les Égyptiens, les Chaldéens et les Phéniciens, cette coutume religieuse remonte à la plus haute antiquité. La tradition nous apprend d'ailleurs que les temples grecs les plus anciens sont de fondation orientale ; telle semble être aussi l'origine des plus anciennes idoles, sur lesquelles nous avons des renseignements à peu près exacts (4).

(1) Schliemann, Tiryns, p. YIII. — (2) Curtius, DieAUàre von Olympia {Abh. der BerL Akad. 1881 p. 9-12). M. Ohnefalsch-Rlchter nous a assuré, dans une lettre, que, dans Tile de Chypre, il n'y avait pas moins de 28 de ces sanctuaires sans temple. Ce savant nous écrit : c J*aî fouillé en 1885, à Dali, un enclos sacré où prédominait sûrement la coutume de suspendre des offrandes aux arbres. J'y ai trouvé des masques d'hommes et d'animaux avec des trous qui avaient servi à suspendre ces objets >.

(3) Dans VHymne I (tn Apoll Del) 76, 143 et II (in ApoU. Pylh.) 43, 67, le temple et le bois sacré d'Apollon sont mentionnés ensemble. Il faut simplement en conclure que les plus anciens temples étaient construits dans des bois sacrés et que, par conséquent, les formes récentes de culte se mariaient au culte ancien, comme c'était le cas dans l'Altis d'Olympie.

(4) Le temple d'Aphrodite dans l'île de Cythére, que la tradition désignait comme étant le sanctuaire le plus ancien de cette déesse en Grèce, pas-

D'autre part, il est hors de doute que les Grecs, qui s'établissaient en Asie Mineure et dans les lies avoisinantes, adoptaient souvent le culte de la population indigène. C'est ainsi que les Doriens qui s'étaient fixés à Lindos, dans TUe de Rhodes, s'approprièrent le culte d'une divinité orientale dont le temple et l'idole étaient rattachés à Danaos ou à sa fille et à laquelle les Grecs donnèrent le nom d'Athèna (1). L'origine sémitique du Poseïdon, vénéré à lalysos, ressort de ce fait que la tradition désignait Cadmos comme fondateur de son sanctuaire et que, même sous la domination dorienne, ses' prêtres se recrutaient par voie d'hérédité dans certaines familles d'origine phénicienne (2). De même l'Apollon Didyméen passait pour une divinité dont le culte remontait au delà des débuts de la colonisation ionienne (3). Il convient d'y ajouter la déesse sémitique de la lune que les Éphésiens adoraient sous le nom d'Artémis (4) et le non moins sémitique Priapos, dont le culte était pieusement entretenu dans les villes grecques de l'Hellespont et dans la Propontide (5) . L'Héraklès vénéré à Erythrée n'était autre que le Melkart tyrien : son idole représentait, en effet, le dieu à la manière phénicienne, c'està-dire s'apprêtant, debout sur un radeau, à partir de Tyr

sait pour être une fondation phénicienne (Hérodote, I, 105; Pausahias, I, 15, 5; III, 23, 1). L'image sculptée qui s'y trouvait représentait la déesse armée (Paus. III, 23, 1); c'est sous cet aspect aussi qu'Astarté était yénérée à Sidon, dans l'Ile de Chypre et à Carthage (Moyers, Die Phônizier, II, 2, p. 270-272). A la même catégorie appartient la très ancienne image sculptée d'Aphrodite armée dans le temple de l'Aphrodite Areïa de Sparte (Pausan. III, 15, 10; III, 17, 5. Comp. Movers, loc. cU. p. 272). Lorsque Pausanias rapporte (I, 42, 5) que deux idoles d'Apollon en bois d*ébène, qui se trouvaient à Mégare dans le temple de ce dieu, ressemblaient à des statues en bois égyptiennes, il faut entendre par là des ouvrages phéniciens du style égyptisant. (Comp. aussi Pausan. II, 19, 13; II, 24, 3).

(1) Hérodote II, 182. — Diodore V, 58. — ApoUodore, BibL II, 1,4.— Comp. Movers, Die Phônizier, II, 2, p. 254-255.

(2) Diodore V, 58. — Comp. Movers, p. 252.

(3) Pansan. VII, 2, 6. — (4) Curtius, Ephesos, p. 6-7, p. 36. — (5) Movers, p. 2^297.

pour rOccident (!)• Pausanias dit que c'était une idole égyptienne : c'était donc probablement une œuvre phénicienne du style égyptisant. Nous avons déjà fait remarquer plus haut (2) que les Ioniens de Thasos avaient emprunté le culte de Melkart aux Phéniciens de l'endroit. Les colons ioniens qui fondèrent Héraclée sur le Pont, firent du tombeau d'Idmon, c'est*9à-dire d'Adonis, le centre de la ville (3) ; ils adoptèrent, par conséquent, un culte qui y existait déjà avant leur arrivée.

En adoptant ces cultes étrangers, les Grecs conservaient l'idole qui existait de longue date ; c'est un fait très probable qui est attesté par bien des témoignages. La figure d'Héraklès, adorée à Erythrée, ne peut, suivant Pausanias, avoir été autre chose qu'une idole phénicienne. De même la plus ancienne figure d'Artémis représentée sur des monnaies d'Éphèse (4) est bien un type asiatique, et l'idée comme la forme de Priapos dénote une origine orientale, même à une époque plus avancée de l'art grec. Enfin l'image d'Athèna à Lindos, qui passait pour une fondation de Danaos ou de sa fille, permet de supposer également que c'était un travail très ancien qui n'avait rien de commun avec l'art hellénique. Tout cela nous autorise à penser que les idoles des villes ioniennes à l'époque homérique n'étaient pas, du moins en partie, l'œuvre d'artistes grecs , mais bien qu'elles avaient été empruntées à d'anciens cultes indigènes.

Bien que l'Épopée ne cite qu'une seule image divine, celle de l'Athèna troyenne, il est probable que les poètes supposaient l'existence de ces images dans d'autres sanctuaires aussi. Le culte grec, nous l'avons vu plus haut, se célébrait à l'origine dans des bois sacrés, et plus tard seulement dans des temples. Mais il est évident que, si l'on a adopté ce culte intérieur, c'est qu'on avait une conception anthroponxorphique de la divinité et que, par suite, on sentait la nécessité de donner

(1) Paus. VII, 5, 3. — (2) Voy. p. 14.

(3) Schol. Apoll. Rhod. II, 843. — Comp. Movew, p. 301-302.

(4) Curtius, Eph€sos,jiL II, 1.

à celle-ci une demeure (1). Ainsi donc, à part quelques exceptions qu'il est assez difficile d'expliquer (2), on peut admettre que, en thèse générale, tout temple renfermait un objet du cuite et que, dans tout sanctuaire, désigné par le poète sous le nom de vfioç (demeure), il y avait au moins un symbole ou une image du dieu, comme dans le temple troyen d'Athèna. Et si nous passons en revue toutes les données de rÉpopée qui ont trait aux foyers du culte^ nous verrons côte à côte l'ancien culte sans temple et sans statues ainsi que le culte plus récent pratiqué dans les temples; nous constaterons, en même temps, que le premier était beaucoup plus fréquent que le second.

L'Épopée nous apprend qu'une enceinte sacrée et un autel odoriférant étaient consacrés à Zeus sur le mont Ida (3), à Aphrodite à Paphos(4) et à Spercheïos sur le territoire des Myrmidons (5). Si les poètes avaient supposé dans ces enceintes un temple, ils n'auraient pas manqué de le mentionner plutôt que Tautel. Ulysse parle de l'autel de l'Apollon Délien et d'une palme qui se dresse au-dessus sans citer un temple ni une idole (6). La des-

(1) Le temple troyen d*Athèna est appelé Upb( 86{&o« (IL VI, 89).

(2) Dans tout le cycle du culte grec, nous ne connaissons qu*un seul temple sans statue, c'est celui de Ganymède à Phliunthe : Pausan. H, 13, 3. Comp. Curtius, Peloponesos, II, p. 472.

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