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L'OEUVRE DU CONSULAT

Bonaparte était arrivé au pouvoir, non pas, comme on l'a dit quelquefois, avec un plan de réformes, mais, ce qui valait mieux, avec des idées sur toutes choses, des idées longtemps mûries.

Depuis le jour où le jeune officier d'artillerie avait pris contact avec la société dans le café de M"e Bou, à "Valence, il n'avait jamais cessé d'observer, d'écouter, d'interroger et de penser.

Nous l'avons vu, à Auxonne, à Valence, partout se plaire au bavardage d'une fermière', s'intéresser aux doléances d'un boutiquier, d'un ouvrier, d'un passant, se passionner pour certaines questions agitées par les habitués du café Bou.

Il avait l'air de se distraire; en réalité, il travaillait.

Esprit curieux et observateur, possédant au plus haut degré le don d'assimilation, il saisissait facilement les choses et en apercevait aisément les défauts.

C'était ainsi, en observant et en interrogeant, qu'il s'était préparé à son rôle de chef d'État.

La Révolution lui avait laissé un héritage très lourd: il se mit à l'œuvre immédiatement et fit des merveilles.

L'Amérique et la France ne vivaient pas en très bonne intelligence.

Bonaparte résolut d'empêcher une guerre menaçante qui eût été funeste pour les deux pays et les deux peuples, et de se rapprocher delà libre Amérique.

La mort de Washington lui fournit l'occasion qu'il désirait.

Il ordonna un deuil national et adressa aux armées un ordre du jour vibrant, dans lequel il exaltait les vertus du grand homme.

L'CEUVRE DU CONSULAT

L'Amérique répondit à cette courtoisie en signant, le 1er octobre 1800, le traité de Morfontaine, qui reconnaissait le principe des neutres.

C'était un coup droit porté à l'Angleterre, en ce sens que les États- Unis se trouvaient détachés de l'alliance anglaise.

u-,lacques Kéyis de Caiiibacùiùs, priiicu aiLlu

duc de Parme, etc.

(D'après une gravure de la chalcographie du

Bonaparte porta un autre coup à notre ennemie eu prolitant de ses fautes pour lui enlever l'amitié de l'empereur de Russie Paul L'"'.

L'Angleterre allait avoir contre elle toute l'Europe, lorsque Paul I'' fut assassiné et remplacé par jVlexandre. Ce souverain se rapprocha de notre adversaire, mettant ainsi obstacle aux projets de Bonaparte qui voulait renverser la puissance anglaise dans l'Inde.

Le Consul résolut alors d'attaquer l'Angleterre chez elle.

Les côtes de France furent armées de batteries et de redoutes, on construisit de nombreux bateaux plats destinés à porter toute une armée au delà du détroit, et Latouche-Tréville, marin de grande réputation, fut chargé d'organiser et de commander celte flottille, dont le noyau se trouvait à Boulogne.

L'Angleterre, effrayée, chargea Nelson d'attaquer les Français et de détruire leurs bateaux.

Nelson obéit; mais, après un semblant combat de nuit, il dut se retirer sans avoir pu emmener ou détruire une seule des embarcations. L'échec de Nelson poussa l'Angleten^e à entamer des négociations qui aboutirent, le 25 mars 1802, au traité d'Amiens.

Ce traité assurait la reconnaissance de nos acquisitions continentales et des républiques que nous avions fondées. Il nous rendait les colonies que nous avaient enlevées les Anglais, à l'exception de la Trinité et de Ceylan.

La signatiu-e de la paix provoqua dans la France entière une véritable explosion d'enthousiasme ; de grandes fêtes furent célébrées partout, et partout le nom de Bonaparte fut acclamé par la foule en délire. La France atteignait alors ses limites naturelles et se trouvait défendue par le Bhin, les Pyrénées et l'Océan.

Attelé à sa lourde tâche, soutenu par la grandeur de son œuvre, le Premier Consul ne prenait pas un instant de repos. Souvent, après avoir présidé pendant le jour une séance du Conseil, il travaillait toute la nuit avec ses ministres, les secouant lorsqu'ils tombaient de sommeil et leur disant :

« Allons, citoyens, réveillez-vous: il faut gag-ner l'argent que nous donne le peuple français. »

Tous ses collaborateurs étaient surmenés, harassés.

« Ce diable d'homme nous tuera, » disait un jour l'un d'eux.

Le diable d'homme était partout, fouillait partout, connaissait chaque ministère mieux que le ministre lui-même, chaque bureau mieux que les commis. Son activité tenait du prodige.

A ceux qui s'étonnaient de sa résistance physique, il répondait :

« Simple question d'organisation ! Ma tête est une armoire où chaque affaire a sa case ; les affaires ne se mêlent point l'une avec l'autre et jamais ne me gênent ni ne me fatiguent. Veux -je dormir, je ferme tous les tiroirs, et me voilà au sommeil. »

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