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L'époque des Maccabées

Les Juifs sont la plus ancienne noblesse qui existe, la plus vieille aristocratie qu'il y ait au monde. Leurs quartiers datent de la Terre-Sainte, et sont de deux mille ans antérieurs à ces titres de famille qu’on fait pompeusement remonter jusqu’à l’époque des croisades. Ils comptent, parmi leurs ancêtres, des conquérants, des rois, des poëtes et des sages. Ils doivent au développement de la vie intérieure et de l’homme moral, ce qu'il y a de plus pur dans leurs gloires, et si quelquefois on les a vus chercher les honneurs de la conquête, ou les triomphes de la diplomatie, ces vertiges disparaissent comme des taches imperceptibles dans l’ensemble de leur histoire. Le bien qu'ils ont fait au monde, et leurs souffrances, voilà, plus que les limites du royaume de David, la vraie

grandeur de ce petit peuple, son titre au respect de tous, le gage de son avenir et de sa résurrecton. Dix fois détruit, il est encore debout; dix

fois infidèle , il reste toujours le symbole de la foi.

Son histoire commence avec Abraham ; elle s’épanouit de nos jours encore dans la littérature, les arts et les sciences , et dans ce que la finance a de plus colossal. Ceux qui s’assirent jadis au conseil des rois, de Nébucadnetzar et d'Assuérus, sont encore aujourd bui familiers avec les trônes, et les successeurs du chantre mélodieux d'Israël n’ont pas dégénéré de leurs ancêtres. Ils ont pris place au rang des célébrités contemporaines les plus populaires, et quand ils viennent à s’étemdre, Mendelssohn, Halévy, Néander, Da Costa l'Europe entière en est instruite et les pleure comme ses enfants adoptifs. Le cachet de famille, la race se remarque chez tous comme le sceau de Dieu, depuis le grand seigneur qui ne sait comment dépenser sa fortune, jusqu'au plus humble marchand de bric-à-brac.

Aucun peuple n'offre dans son histoire des sujets d’études aussi nombreux et aussi variés; nulle part les expériences n'ont été aussi complètes, aussi patiemment poursuivies. Nulle part l'antiquité n’a pénétré aussi avant dans la recherche des causes, * el dans la connaissance des mobiles les plus secrets. C'est que le judaïsme, seul dans l'antiquité,

nous montre Dieu présent partout, intervenant et agissant toujours : c'est que seul il sait tenir compte de cette force mconnue, ou méconnue, qui cependant est bien quelque chose dans l'histoire, et qu'on ne saurait oublier ou négliger sans tomber dans les plus grossières erreurs. Dieu dans le cœur et Dieu dans le monde, sont de ces faits qui, suivant qu'ils sont acceptés ou rejetés, ne peuvent manquer d'exercer une immense influence, bonne ou mauvaise, sur l'individu et sur la société. Le christianisme, sous ce rapport, est venu continuer les traditions du judaïsme; 1l est venu faire davan- “age, compléter, non détruire; 1l est le développement et non la négation de l’idée Juive; 1l accepte les livres de l'Ancien Testament, et voit en eux la Parole de Jéhovah, mais il ne les accepte pas seuls ; 1l en trouve la clef et l'explication dans les livres de ces Juifs, disciples du Messie, qui ont brisé les barrières étroites de la loi, pour convier tous les peuples à s'asseoir au grand festin de l'amour de Dieu en Jésus-Christ.

L’Ancien et le Nouveau Testament renferment une partie de l’histoire du peuple de Dieu ; l'Ancien donne aux descendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le nom d’'Hébreux ou d'Israélites, le Nouveau ne les connaît plus que sous le nom de Juifs. Entre

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les deux Testaments, il s’est écoulé cinq siècles qui n’ont pas eu d’historien, et qui paraissent avoir été pour le judaïsme un temps de grandes épreuves, et par conséquent aussi de développement intérieur. Des livres que l’Église chrétienne a toujours rejetés, les Apocryphes, si connus par leur manque de critique et leur caractère légendaire, donnent quelques indications, souvent contradictoires , sur une partie de cette époque, sur les guerres des Maccabées contre les Syriens. Les histoires de Josèphe, puis quelques traits épars dans Plutarque, Dion Cassius, Tacite, Suétone, quelques fragments de Philon, d'Eusèbe, ou du Talmud, quelques.

médailles, quelques monuments, voilà tout ce qui reste sur les cinq siècles qui séparent Malachie des Évangiles. C’est cette lacune historique et morale que nous essayons de combler aujourd'hui. Nous avons utilisé pour cela, outre les sources qui viennent d'être mentionnées, l'ouvrage si complet, si remarquable et si savant de Prideaux, et quelques ouvrages plus modernes, qui sont indiqués au fur et à mesure, à la fin de chaque chapitre!,

1. C'est par mégarde que les écrits suivants n'ont pas été nommés à leur place : A. de Gasparin, les Écoles du doute; L. Gaussen, le Canon des saintes Écritures ; les thèses de MM. Rœhrich, sur Origène; E. Bost, sur les Septante; Astié, sur l'Écclésiastique, etc.

parmi lesquels celui de M. Salvador, sur la domination romaine en Judée, mérite une mention toute spéciale.

Il y a bien des années que je me proposais d’écrire cette histoire, trop peu connue, des luttes héroïques des Maccabées, et de mettre sous les yeux du public les détails de cette transformation intérieure, qui prépara au sem même du judaïsme l'avénement du christianisme. Le coup douloureux qui m'a frappé le 18 novembre 1860, et qui a laissé mes enfants orphelins, m'a forcé de chercher dans le travail une consolation et des res-

sources nouvelles. À l’instigation d’un ami, je me décidai à donner à Genève, à Lausanne et à Neuchâtel, un Cours public sur cette portion de l’histoire Juive, qui me parut le plus propre à intéresser mes auditeurs. Je le leur offre aujourd'hui sous la forme d'un livre, en les remerciant de la sympathie avec laquelle ils se sont associés à mon travail.

J'offre encore ce livre à ceux qui connaissent les défaillances de la foi, à tous ceux qui disent : «Je crois, Seigneur, aide-moi dans mon incrédulité»; à tous ceux qui souffrent de leur faiblesse, et qui ne trouvent pas dans Îa foi la joie et la paix dont elle devrait remplir leur cœur. Puissent-ils ,

comme le peuple de Dieu, toujours brisés, mais toujours relevés, comprendre que rien n'est impossible à Celui qui parlait encore d’avenir et de victoire sur les ruines fumantes de Jérusalem. Puissent-ils, se reposant sur Dieu, ne désespérer jamais; toujours, comme le fidèle, attendre et espérer; espérer contre espérance, espérer l’impossible ! Celui qui rend la vie aux hommes morts, peut la rendre aux villes mortes, aux nations mortes, aux cœurs morts. L'épreuve est souvent longue, elle n’est pas éternelle. Jérusalem est l’espérance, comme elle est la patrie de ceux qui ont faim et soif de bonheur et d'avenir. |

Malagnou , 3 juillet 1862.

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