‹ L'époque des MaccabéesChapitre 10 sur 48 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Fin de la prophétie orale. — On recueille les écrits des prophètes. — Formation du Canon. — Le règne des Scribes commence. — - Ochus. Bagoas. — Aristote en relations avec les Juifs. — Fin de la dernière dynastie d'origine égyptienne. — Darius Codoman. — Philippe de Macédoine.— Alexandre, ses conquêtes , sa mort.

Le Maître s’en est allé dehors, selon l'expression de Jésus-Christ. |

Jusqu'à présent, dans toutes les circonstances douteuses ou critiques, publiques ou particulières, pour chaque fait grave, d'alliance ou de guerre, de défense nationale ou de constitution intérieure, pour chaque question dynastique ou sacerdotale, pour les cas de conscience même individuels, les Israélites ne pouvaient être sérieusement embarrassés. Le Souverain, le Maître était là; il n’y avait qu'à le consulter. On pouvait vivre au jour le jour, sans trop de souci des enseignements du passé, toujours parfaitement sûr que les enseignements du lendemain suffiraient.

On avait l'Urim et le Thummim, auquel on recourait toutes les fois qu'il s'agissait de consulter l'Éternel dans une question d'intérêt général. Il est possible cependant, comme on l’a dit, que l’Urim, appartenant à la théocratie, c’est-à-dire au gouvernement direct

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de Dieu, ait cessé avec la construction du temple et ’avénement de la royauté héréditaire, car dès lors on n’en trouve plus aucune trace dans l'Histoire sainte. Mais dans tous les cas on avait encore l’oracle du Lieu Saint, on avait les prêtres, matériellement responsables, en qualité de clergé national, de la conscience publique ; surtout l’on avait les prophètes, qui apparaissent dans tous les moments difficiles de l’histoire d'Israël, et principalement aux époques où le clergé national, endormi dans le bien-être, cessait de mériter le titre de serviteur de l'Éternel.

Les prophètes, dissidents de l'époque, ministère irrégulier, sans titres apparents, mais d'autant plus apprécié que le mimistère légal était moins digne de l'être, ne font défaut en aucune circonstance importante; on les retrouve même, et surtout, dans le royaume des dix tribus, faisant la mission intérieure, en dépit d’Achab et de Jézabel; Élie peut se réjouir à la pensée des 7000 qui n’ont pas fléchi le genou devant Baal; et nulle part Dieu ne se laisse sans manifestation. Des prophètes entourent les meilleurs rois et les plus mauvais. Nathan, Gad et Jiddo sont avec David, qui est lui-même un prophète. Les rois réformateurs, que M. Renan appelle rois piétistes, sont entourés de prophètes et de prophétesses; Ésaïe est avec Ézéchias; à la fin de sa carrière, il est encore avec Manassé. Quand lexistence du pays est menacée, les prophètes multiplient leurs conseils, leurs oracles, leurs

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avertissements, leurs consolations; ils se groupent autour du trône et de l'autel; ils ne cachent pas la vérité; ils risquent leur vie plutôt que de céler le conseil de Dieu; si leurs avertissements sont inutiles, ils accompagnent le peuple dans exil pour lencourager par l'espoir d’une prochaine restauration; ou bien ils pleurent sur les ruimes de Jérusalem avec ceux qui sont restés en arrière, et les exhortent à se concilier la faveur de Dieu par leur repentance et leur changement de vie. Ils agissent sur l'esprit des rois idolâtres, et ne négligent aucun moyen de se rendre utiles à leur peuple. Ils provoquent l’édit de Cyrus et ramènent les exilés dans leur patrie; ils veillent à tout; ils sont les vrais soldats du pays, les vrais libérateurs, les architectes, le génie, les diplomates; ils sont tout; ils dirigent la reconstruction du temple, celle de la ville, celle des fortifications, les fêtes, les solennités, l'organisation du culte, les relations avec les souverains de la Perse, les détails d'intérieur. Il n’est rien qui leur échappe. Instruction publique, affaires étrangères, culte, ministère de l’intérieur, police, tous les départements sont en leurs mains; les Juifs peuvent en quelque sorte se passer de réflexion, presque de conscience, car ils ont des hommes qui pensent pour eux, et qui sont responsables pour eux.

Doux privilége de l’extrême enfance, de n'avoir ni soucis, ni responsabilité! Mais cela peut s'appeler ne pas vivre; et personne ne voudrait retourner à cette

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vie végétative, après avoir goûté l’âpre saveur de la vie morale, qui est la vraie vie de l’homme, celle pour laquelle Dieu la créé, puisque déjà dans le jardin, 1l donnait à Adam lexercice de ses facultés et de sa

liberté en le faisant responsable.

Le peuple hébreu ne pouvait rester toujours mineur; l'heure de son affranchissement devait sonner, où le prophète cesserait de lui dire : Ne mange, né goûte, ne touche point.»

Les rangs de ses directeurs spirituels s’éclaircissaient peu à peu, sans que les vides se comblassent; leurs voix baïssaient et menaçaient de s’éteindre bientôt pour n'être plus qu’un souvenir. La parole vivante allait disparaître tout à fait. Un instinct général semblait annoncer aux hommes pieux l'inauguration d’un nouveau régime. L'intelligence s'était développée au

contact des étrangers, et le respect des souveuirs nationaux s'était fortifié par les amertumes de l'exil. On arrachait à l’oubli ce que l’on pouvait des anciens manuscrits. On les multipliait quand ils en valaient la peme, pour les lectures publiques, qui se faisaient toujours plus nombreuses dans les synagogues; chaque ville, chaque village un peu important voulait avoir quelque chose des écrits des prophètes. On copiait, ou faisait copier des fragments de l’histoire nationale; on mettait par écrit quelques-uns de ces psaumes que l'on se rappelait avoir chanté dans l'exil, et que l’on attribuait à lun ou à l’autre des prophètes anciens

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ou contemporains. Un véritable travail se faisait dont personne ne comprenait au Juste toute la valeur et l'importance; travail pieux d’une nationalité qui veut vivre, auquel ne manquait que l'unité de direction “et une autorité suffisante. C'était comme le vaste album d’un peuple collectionneur, la suite peut-être des travaux qui furent entrepris à Jérusalem sous Josias, après qu'on eut retrouvé le volume longtemps égaré de la loi de Moïse; la suite également des travaux qui s'étaient faits sous Ézéchias. Nul doute aussi qu'on ne recueillit pêle-mêle, et sans discernement, tout ce qui parmi ces souvenirs pouvait présenter un intérêt national, religieux ou littéraire.

Quand Esdras entreprit la réformation et la reconstitution du peuple, son œil vigilant dut bien vite découvrir et comprendre l'importance que pouvait présenter un semblable recueil; l'importance capitale . surtout qu'il y avait à ce que ce recueil fût bien fait, et pût servir non-seulement de mémorial, mais encore. de règle, ou de Canon, comme on ne tarda pas à l'appeler, pour la future Église,

Tout à la fois prêtre et scribe, il était mieux placé que personne pour mettre la main à ce travail, et pour lui imprimer le cachet d’une autorité incontestée. Cest à lui, en effet, et à la Grande-Synagogue, que la tradition presque unanime des Juifs attribue le recueil définitif des livres de l'Ancien Testament. QI a, disent-ils, posé les fondements de l’Église israélitique,

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