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et lui a donné son organisation telle qu’elle à été conservée jusqu’à la destruction du second temple; il a rétabli le culte suivant les observances légales et an-ciennes, qui avaient été très-négligées et presque oubliées pendant l'exil babylonien; il a, enfin, rédigé le Canon, ou les trois parties du Code sacré, en retranchant les écrits inauthentiques, en comparant les manuscrits les uns avec les autres, et en corrigeant les inexactitudes qui avec le temps s'étaient glissées dans lune ou l’autre des copies.» (Voy. Buxtorf, Tibériad. XL.) |
Les juifs et les chrétiens sont à peu près d’accord à faire à Esdras honneur de ce gigantesque travail. Quelques-uns des pères de l’Église même vont plus loin; ne comprenant le divin qu'avec le merveilleux, plusieurs ont cru et répandu la fable qui se trouve dans le chapitre XIV du quatrième livre d’'Esdras (livre tellement apocryphe que l'Église romaine elle-même n’a pas osé le recevoir dans son canon); Dieu, d’après cette légende, aurait inspiré et dicté de nouveau à Esdras, et mot à mot, toute la Sainte-Écriture, parce que celle-ci aurait été entièrement brûlée par les Caldéens, ou perdue pendant la captivité. Ge travail aurait duré quarante Jours et rempli deux cents quatre rouleaux. Il n’y a pas besoin de beaucoup d’exagérations dé ce genre pour ruiner les meilleures-causes; la Parole de, Dieu n’a rien à craindre, ni de sesadversaires, ni même de ses amis, mais on peut dire que sous ce rapport.
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Tertullien, Chrysostôme, Théodoret, lrénée, Clément d'Alexandrie, Basile et saint Augustin lui-même, se sont entièrement fourvoyés dans leur amour de lextraordinaire. Ils peuvent faire valoir sans doute, comme toujours, la puissance de Dieu et la possibilité du miracle, ce qui n’est pas en question, mais ils jettent alors l'esprit de l’homme dans une ornière qui doit conduire au fétichisme de la lettre, tandis que Dieu le veut élever sur les hauteurs plus sereines de lintelligence éclairée par le Saint-Esprit.
Il ne paraît pas que la formation du canon ait eu rien de mystérieux; mais qui prononcera? Son histoire, c’est l’histoire de toute vie. Il s’est formé comme se forment toutes les choses vivantes, de la manière là plus naturelle, quant à la forme; et quant à la vie, c’est Dieu qui la donne. On la voit, mais on ne la comprend, ni ne la prouve. Les conditions extérieures, critiques, de la formation du canon sont telles qu’elles favorisent plutôt ses adversaires que ses défenseurs, comme si Dieu n’eût pas voulu que sa parole pût être discutée. «Le canon de l'Ancien Testament n'avait point d'histoire ,» écrivait récemment un auteur bien connu, et cela est vrai. Cette parole même nous permet de révoquer en doute, au moins quant à son caractère absolu, l’exactitude de cette autre affirmation du même écrivain, que les Juifs se sont fait remarquer «par une unanimité perpétuelle à reconnaître, sans aucune variation, le recueil sacré de ces Écritures
à mesure qu'il se formait.» Rien ne prouve qu'il se soit formé au fur et à mesure. Plusieurs des livres de la littérature hébraïque, écrits même par des prophètes, se sont perdus; d’autres ont été écrits, lus et consultés, qui ont fini par être abandonnés; il s’est fait à un moment donné un choix, un triage, une collection, dont nous ne pouvons pas toujours deviner Vidée dominante, mais qui a fini par devenir, à l’exclusion de tout autre livre, le recueil normal et régulier de la religion d'Israël. Ce recueil n’existait pas au temps où parut Esdras; on le trouve existant peu d'années après sa mort, reconnu presque sans contestation, et ne s’entrouvrant qu'une ou deux fois après lui, pour être complété encore sous les aus-
pices de la grande synagogue, par l’adjonction de ses propres écrits, du livre de Néhémie, des deux livres des Chroniques, d'Ester et de Malachie.
Esdras était prophète: il était rempli de l'Esprit saint; voilà notre garantie quant à son œuvre. Pour le reste, nous avons peu le droit d'interroger, et nullement celui de douter ou de contester. À quel titre Esdras a-t-il admis dans son recueil les plaintes mélancoliques de Job, et le douloureux exposé d’un problème que l'Ancien Testament ne pouvait résoudre ? À quel titre les incertitudes de lEcclésiaste ? À quel titre encore le Cantique des cantiques, dont l'emploi était interdit dans le culte public, et d’un usage si restreint pour le culte particulier ? Pourquoi tant d’his-
toires de guerres, de massacres et d’autres encore ? Et pourquoi les écrits de Gad, de Nathan, etc., ont-ils été laissés de côté? Quel ordre a présidé à l’arrangement des oracles dans les prophètes, et pourquoi ne se suivent-ils pas dans l’ordre chronologique ? Esdras a-t-il complété lui-même, et d’après quelles sources, quelques-uns des livres qu’il admettait ? En a-t-il corrigé quelques-uns, et sur quels points ont porté ces corrections ? Et pour descendre à des questions moms graves quant à la forme, mais également importantes quant au fond, est-il l'auteur des variantes du Keri- Kethib, et des points-voyelles?
Questions dont quelques-unes peuvent surprendre peut-être, mais dont la légitimité se justifie dès qu’on y regarde de près. Pour n’en donner qu'un seul exemple, disons un mot des additions faites après coup à un ouvrage original. Tout le monde reconnaît Moïse comme l’auteur des cinq livres qui portent son nom, mais est-ce bien lui qui aura écrit le chap. XXXIV du Deutéronome où sa mort est racontée? Est-ce lui qui peut avoir écrit Genèse, XII, 6, «que les Cananéens étaient alors au pays ?» Mais ils y ont été tout le temps que Moïse a vécu, et ce n’est qu'après lui, sous Josué, qu'ils en furent chassés. — V. encore Gen., XXII, 14, qui renferme une allusion à la construction du temple; XXXVI, 31, qui parle des rois qui ont régné sur Israël; Exode, XVI, 35, qui raconte la cessation de la manne; Deut., IL, 19; IT, 44, 14; Prov., XXV, 1, etc.
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Sous ce rapport, il faut le dire, la critique, c’est-àdire l’examen historique des faits, a des droits incontestables, et qui le seront d'autant plus qu'elle en usera dans un esprit plus droit et plus sérieux. De grands progrès ont été faits dans l’Église depuis trente ou quarante ans, à mesure qu’on à compris davantage que , loin d’être la lettre morte qui tue, la parole de Dieu est esprit et vie. On n’en est plus à regarder comme un article de foi la création du monde en six jours de 24 heures; on ne scandalise plus personne en disant que les 150 psaumes ne sont pas tous de David, que l’âge et l’auteur du livre de Job ne sont pas parfaitement connus, que l’épitre aux Hébreux n'est pas nécessairement de saint Paul, que le monde que nous habitons a peut-être plus de 6000 ans; que la chronologie de l’histoire sainte n’est pas sûre, ou, pour mieux dire, qu'il n'en existe point, etc. etc.
Les questions de vie ne doivent ni ne peuvent se traiter comme des questions mécaniques, ni les choses célestes comme les affaires de ce monde. Le canon ne peut se juger d’après les règles qui concourent à former toute autre collection. Ce que nous savons de plus sûr, c’est qu'il existe, adopté par les Juifs et reconnu par Jésus-Christ; mais des preuves critiques proprement dites, nous n’en possédons guères. Le secret de l'Éternel est sur cette merveilleuse conception, et il se commumique à ceux dont les cœurs sont droits. C’est une œuvre de Dieu. Mais, humainement,
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au point de vue historique, faisant abstraction de sa valeur propre et des preuves intérieures, le Canon est l'héritage de la tradition : nous avons le recueil tel que nous l'ont légué les Juifs, dépositaires des oracles de Dieu. Nous l’acceptons, non pour des raisons critiques, mais à cause de la tradition, et de la tradition seule. Et cela est tellement vrai que si, par impossible, on retrouvait un jour quelque ouvrage des anciens prophètes, portant même d’une manière incontestable le cachet d’un livre divin, il ne viendrait cependant à l’idée de personne de l’adjoindre au volume sacré. Bientôt, peut-être, on fera dans les environs de Jérusalem quelqu'un de ces travaux de terrassements qui ont bouleversé notre sol européen depuis une vingtaine d'années; sur la terre prophétique, on fera des chemins de fer; on ira de Joppe à la mer Morte par Jérico, de Jérusalem à Nazareth et au lac de Tibériade par les montagnes de la Samarie. Qui sait tout ce que l’on trouvera d’antiquités judaiques en faisant ces travaux; la pioche d’un ouvrier remettra peut-être au jour l'arche de l'alliance enfouie et perdue depuis 22 siècles, et si, dans cette arche, les hébraïsants chrétiens allaient retrouver, soit le livre du Droiturier, soit celui des guerres de l'Éternel, soit même le Pentateuque, avec quelques chapitres de plus ou de moins, ou bien un texte altéré, ou bien, au lieu de la leçon Hébal, la fameuse variante des Samaritains qui lisent Guérizim, croit-on que, malgré ces