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organisée, et celle qui doute, avec De Wette, qu'il y ait jamais rien eu qui rappelât le travail d'ensemble dont il à été parlé.
Si donc on ne peut rien dire d’exact et de précis sur le divin enfantement du Code sacré des Hébreux, on peut du moins admettre, avec la tradition, qu'Esdras, au retour de Babylone, commença l’œuvre de la collection, qu'il réunit en un corps les écrits de l'Ancien Testament, et qu'il leur donna, par sa rédaction, leur dernière forme. ,
Il est probable que c’est lui qui les a classés en trois ordres distincts, reconnus de tout temps par les Juifs, et que notre Seigneur semble consacrer, Luc, XXIV, 44, quand il distingue la Loi, les Psaumes et les Prophètes.
Il est probable encore que ce travail s’acheva progressivement, et qu'après Esdras, des prophètes comme lui, Néhémie, Malachie, continuèrent ce travail en \ ajoutant, comme complément historique et prophétique, les écrits qui forment la conclusion de l'Ancien Testament.
Il est possible qu’une réunion d'hommes intelligents, savants et pieux, connus sous le nom de la grande synagogue, les aient assistés dans ce travail, qui aurait été entièrement terminé avec Simon le Juste, au moins 299 ans avant Jésus-Christ. C’est l'opinion généralement reçue, et si quelques objections peuvent s'élever, tirées du faitque Simon n’était pas prophète,
nous répondrons que nous n’en savons rien, que nous ignorons jusqu'à quel point l'esprit de Dieu agissait dans ces disciples des prophètes, et que, dans tous les” cas, ce n’est ni à Esdras, ni à Simon, mais à la providence de Dieu, que nous rapportons la clôture comme : l’origine du livre que nous appelons avec saint Paul «les oracles de Dieu.» Rom. LIL, 9.
I est positif que trois siècles avant Jésus-Christ, le canon était généralement considéré comme clos, tellement que l'excellent livre de l'Ecclésiastique, qui . venait d’être écrit, et en hébreu, non-seulement ne pouvait plus y être reçu, mais insinue lui-même qu'il regarde le canon comme fermé (Ecclésiastique , préface, v. 3); les Apocryphes renferment à cet égard de nombreuses déclarations, desquelles il résulte qu’ils professent eux-mêmes n'être pas inspirés. L'auteur du second livre des Maccabées, Il, 18, regarde le canon comme ayant été formé dans les premiers temps qui suivirent la captivité. D’autres passages établissent qu'il n’y avait plus de prophètes, et que le règne des scribes (ou docteurs) avait commencé, 1 Macc., IV, 46: VII 12: IX, 27 ; 2 Macc., XV, 38, 39.
Il est enfin positif que le canon de l'Ancien Testament, tel que nous le possédons aujourd’hui, est identiquement le même que celui que les Juifs possédaient à l'époque dont nous nous occupons, qu'ils possédaient aux jours de Jésus-Christ, et qu'ils possèdent aujourd'hui dans toutes les parties du monde. (est celui
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dont Josèphe l'historien pouvait dire dans sa Réponse à Appion ([, chap. 2): «Rien ne peut être mieux attesté que les écrits autorisés parmi nous. En effet, ils ne sauraient être sujets à aucune discordance, car on ‘mapprouve parmi nous que ce que les prophètes écrivirent il y a beaucoup de siècles, enseignés qu'ils étaient par l'inspiration même de Dieu.» Cest celui dont Jésus-Christ a dit: «Sondez les Écritures,» Jean, V, 99, et qu’il a souvent expliqué à ses disciples, «en commençant par Moïse et en continuant par tous les prophètes» Lue, XXIV, 27; celui qu'il appelle dans son ensemble l'Écriture ou les Écritures, Jean, X, 35; XVII, 12; Matth., XXI, 49, etc.
En fait d’affirmations, voilà jusqu'où l’on peut aller, et cela suffit à la conscience comme à l'intelligence chrétienne.
De tranquilles études ont donc remplacé pour les chefs du peuple les agitations d'autrefois et les troubles de l'exil. À la fin des cent années de paix qui se sont écoulées entre la mort de leurs derniers prophèêtes, et l'apparition d'Alexandre sur la scène du monde, une vie nouvelle a commencé pour eux; le règne de la parole écrite les console de la perte de leurs prophètes, et dans cette phase nouvelle de leur. existence, ils se sentent appelés à une vie spirituelle plus intérieure et plus concentrée: leur esprit devra s'appliquer à sonder les prophéties; les savants se
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mettront à écrire et à annoter; le peuple, n’attendant plus de nouveaux oracles, cherchera dans les anciens ce qu'il doit espérer de l'avenir, et plusieurs se réjouiront à la perspective du rétablissement d'Israël.
Un seul fait digrie d’être noté vint un moment troubler cette quiétude intérieure. Johanan ou Jonathan, fils de Jojadah (car Néhémie lui donne les deux noms, XIL 11, 22), était souverain sacrificateur depuis 32 ans, lorsque son frère Jésuah, qui s'était insinué dans les bonnes grâces de Bagoas, gouverneur de la Syrie, réussit à se faire investir par lui du pontificat. Mais comme Johanan refusait de se laisser dépouiller, il s’ensuivit dans la cour intérieure du temple une querelle qui finit par la mort de l’usurpateur. La chose était grave comme acte de résistance à l'autorité temporelle, quelque odieuse qu’eût été son intervention; elle était plus grave encore comme profanation du saint liéu. Bagoas, irrité, imposa aux Juifs une amende de cinquante drachmes, environ 46 francs, pour chaque agneau immolé dans le temple (Josèphe, Antiq. judaïques, XI, 7), ce qui pouvait faire un total annuel d'environ 30,000 francs, d’après les estimations les plus modérées. Cet impôt fut supprimé sept ans après, à la mort d’Artaxerces-Mnémon, et à l’occasion des changements qui eurent lieu sous son successeur Ochus. Johanan n’en resta pas moins sacrificateur jusqu'à sa mort. Son fils Jadduah lui succéda en 341,
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Cependant, et sans que les habitants de Jérusalem en ressentissent le contre-coup, étrangers qu'ils étaient devenus aux choses de ce monde, de graves événements se passaient non loin de leurs frontières. La puissance perse, de laquelle ils relevaient directement, allait s’'affaiblissant de jour en jour, par suite de révolutions et d’usurpations successives ‘.
Artazerces LIL fils d’Artaxerces-Mnémon, plus connu généralement sous le nom d’Ochus, n'avait réussi qu'à force d’assassinats à monter sur le trône. À peine roi, il acheva son œuvre en faisant massacrer tout ce qui lui restait de frères et de parents; il y en avait cent quatre-vingts. Ge n’était que le début de ce règne, un des plus sombres et des plus cruels que mentionne l’histoire. Ses satrapes se soulevèrent de toutes parts; les Cypriens, les Sidoniens, tous les autres Phéniciens se liguèrent avec l'Égypte, et arborèrent l'étendard de la révolte. Ochus les soumit et se vengea; il détruisit Sidon de fond en comble et en fit périr par le feu les quarante mille habitants, avec Tenne, leur roi. Il est possible que les Juifs aient pris part à ce soulèvement, car l’histoire raconte qu'immédiatement après la destruction de Sidon, Ochus marcha contre la Judée, et qu'il assiégea et prit Jérico : il transporta beaucoup de Juifs en Égypte, et en déporta d’autres en Hyrcanie et sur les bords de la mer Caspienne. Il
1. Voir à la fin du chapitre, page 76, le tableau comparé des pontifes juifs et des rois de Perse depuis Cyrus jusqu'à Alexandre.
passa de là en Égypte et vit s'enfuir devant lui Nectanébus, qui emporta ses trésors en Éthiopie, et laissa le trône au plus habile, sinon au plus vaillant. Nectanébus est le dernier roi de race égyptienne qui ait régné sur l'Égypte ; avec lui a commencé de s’accomplir la prophétie d'Ezéchiel, XXIX, 14, 15. L’Égypte, dès lors, a toujours été abaissée, toujours «le plus bas des royaumes,» toujours sous la domination étrangère, soumise à des rois d’une autre race, aujourd’hui encore vassale de l’agonisante Sublime- Porte, et n'ayant d'autre ressource pour lui échapper que de tomber entre les mains des puissances chrétiennes de l’Europe.
C'est vers ce temps que vivait Aristote, le précepteur d'Alexandre. Il était né en 384. Pendant son séjour en Mysie, province de l’Asie-Mineure, il fit la connaissance d’un savant juif, né dans la Basse-Svyrie, «et dans la conversation duquel il y avait beaucoup à apprendre» (Josèphe, CG. Appion, I, 8; Citation d’un passage de Cléarque, disciple d’Aristote, dans son 1° livre du Sommeil). I est probable qu'Aristote apprit en effet bien des choses dans le commerce de ce sage israélite, et qu'il y puisa quelques-unes de ces notions qui ont paru à Aristobule et à Clément d'Alexandrie rappeler de loin Moïse et les prophètes. |
Mais Ochus, bientôt après la conquête de l'Égypte, et après avoir régné vingt et un ans, fut assassiné par son ministre et favori Bag'oas, le même que nous avons
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vu tout à l’heure essayant de faire un souverain sacrificateur juif pour de l'argent. Bagoas lempoisonna, soit qu'il aspirât à plus d'autorité, soit que, d’origine égyptienne et toujours secrètement attaché à la religion de sa patrie, il ne püt pardonner à son maitre les profanations dont il s'était rendu coupable contre les dieux de son pays, et notamment contre le fameux taureau Apis, qu'il avait fait apprêter par son cuisinier et servir aux officiers de sa maison. — Quoi qu'il en soit de ses motifs, il se débarrassa donc d’Ochus et mit à sa place, sur le trône, le plus jeune fils du roi défunt, Arsés (338-530), espérant de régner sous son nom. Mais le jeune prince, ayant annoncé son intention de venger la mort de son père, Bagoas le fit assassiner à son tour et le remplaça par un membre de la famille royale, Codoman, jusqu'alors gouverneur de l'Arménie, qui prit à son avénement le nom devenu classique de Darius, 336. Au bout de peu de temps, Codoman, qui ne se montrait pas assez docile, au gré de Bagoas, faillit également périr assassiné. Bagoas essaya d’attenter à sa vie, mais Darius le prévint et le força de boire la ciguë qu'il lui présentait. Ainsi mourut ce scélérat.
L'ère des crimes semblait donc close pour la Perse, et l’on pouvait espérer des temps meilleurs. Codoman, que Plutarque nous dépeint comme le plus bel homme de l'empire, en était aussi le plus brave, et avec cela
doux et généreux. Les Juifs pouvaient saluer avec joie un règne qui commençait si bien. Mais hélas! ce n’était qu'un ciel rouge du soir, la fin paisible d’une journée d’orage; immédiatement avant le coucher du soleil, un moment de’ repos. À l'Orient se levait un météore destructeur.
Philippe de Macédome venait, par la bataille de Chéronée (338), de mettre fin à l'indépendance des villes grecques, depuis si longtemps déchirées par le luxe et les guerres civiles. Mais en dédommagement de leur servitude, le vainqueur leur offrait en perspective la conquête de l'Asie, des croisades anticipées, car il n’y a rien de neuf sous le soleil. Ils allaient venger la destruction d'Athènes et les ravages que les Perses avaient faits en Grèce, sous Xerxès. Les jours héroïques du siége de Troie promettaient de se renouveler. Peut-être aussi les riches et miroitants trésors de l'Orient, grossis par l'imagination, contribuaient-ils pour leur part à-enflammer le courage belliqueux de ces Grecs que l’éloquence de Démosthènes avait si longtemps laissé froids.
Une assemblée nationale, tenue à Corinthe, nomma Philippe généralissime des troupes grecques; il se fit prier avant d'accepter, mais il accepta, d'autant plus qu'il avait intrigué pour se faire nommer. Chaque peuplade mit sur pied son contingent pour la grande entreprise qui flattait si bien l’orgueil national; un moment peut-être, parce qu'on leur avait dit: Soyez
soldats, ils purent s’imaginer qu'ils n'étaient plus esclaves. Les peuples, comme les hommes, se laissent mener par des mots.
Au milieu de ces préparatifs, et comme il célébrait les noces de sa fille Cléopâtre ‘avec Alexandre, roi d'Épire, Philippe fut assassiné (336) par Pausanias, un de ses gardes, qu'il avait offensé. La cause réelle de ce crime resta inconnue, comme, en général, chez les anciens, tout ce qui se passait dans les hautes régions gouvernementales; en tout cas, il paraît que le beau rôle n’était pas à Philippe.
Mais déjà Parménion était parti pour l’Asie-Mineure avec une avañt-garde.
- Alexandre, à peine âgé de vingt ans (il était né en 856, la nuit même de l'incendie du temple de Diane à Ephèse), succède à son père et se fait bien vite reconnaître par ses victoires et ses rigueurs de ceux qui hésitent à voir en lui leur nouveau souverain. Il détruit Thèbes qui murmure et n’épargne que la maison de Pindare; il vend 30,000 prisonniers, ce qui ne peut plus laisser aucun doute sur la légitimité de ses droits. Puis, avant que les cités insurgées soient revenues de leur stupeur, il passe la mer avec 30,000 hommes et 4,500 cavaliers, fond sur les Perses non loin du fleuve Granique (334) et devient maître par là de lAsie-Mineure. Bientôt la bataille d’Issus (3392) lui livre l'Asie entière. La famille de Darius, sa mère,
ses femmés, ses trésors, tombent entre les mains du vainqueur. Après avoir pris Damas et placé Abdolonyme sur le trône de Sidon, Alexandre va occuper les côtes de la Méditerranée. La ville de Tyr, fière de sa position comme forteresse au milieu de la mer, résista pendant sept mois; Alexandre fit construire une digue ou chaussée, destinée à relier la ville à la terre, et changea ainsi l’île en presqu’ile; la vieille ville, détruite depuis 250 ans, fournit les matériaux nécessaires. La parole du prophète s’accomplissait : «Je râclerai la poudre de Tyr....; ils démoliront tes tours, et jetteront ton bois, tes pierres et ta poussière au milieu des eaux» (Ezéch., XXVI, 4, 19).
Alexandre fit demander aux Juifs de Jérusalem de lui prêter assistance dans ce siége qui traînait en longueur : il voulait des vivres et des hommes. Mais, fidèles aux serments qui les liaient aux rois de Perse, probablement aussi plus fidèles à Codoman qu'ils ne leussent été à Ochus, les Juifs refusèrent. Les Samaritains, moins scrupuleux, envoyèrent 8,000 hommes.
Le siége finit cependant, comme tout siége doit finir. La ville fut prise, saccagée, brûlée. Alexandre se montra cruel envers ceux qui n'étaient coupables que de patriotisme ; mais pour lui, c’était trop encore; il ne connaissait qu'une seule vertu, l’obéissance. Il fit crucifier 2,000 prisonniers ; 8,000 hommes avaient été tués en combattant; le reste fut vendu comme esclaves. à
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Maître ainsi des ruinés de Tyr, qui lui avaient coûté plus de temps et plus d'hommes que la conquête de la Perse entière, Alexandre marcha contre Jérusalem pour se venger de son refus d’assistance. Le moment était critique. Depuis le retour de l'exil, c'était le premier danger sérieux qui menaçât la colonie. Le vamqueur était furieux. Tyr lui avait donné le goût du sang. Les Juifs n'avaient rien à lui opposer que leur confiance en Dieu. Prières, oblations, sacrifices, voilà les armes qu'ils employèrent. Dieu leur répondit. Josèphe raconte (Antiq. jud., XI, 8) que Jadduab, le souverain sacrificateur, ayant consulté l'Éternel, «Dieu lui apparut en songe la nuit suivante, et lui dit de faire répandre des fleurs dans la ville, de faire ouvrir toutes les portes, et d'aller, revêtu de ses habits pontificaux, avec tous les sacrificateurs, revêtus aussi des leurs, et tous les autres, vêtus de blanc, au-devant d'Alexandre, sans rien appréhender de ce prince, parce qu’il les protégerait.» Ils sortirent donc de la ville et se rendirent en procession au-devant d'Alexandre. Mais alors on vit un étrange spectacle. Le jeune et bouillant guerrier, saisi de respect à la vue de cet imposant cortége, s’avance au devant du sacrificateur, se prosterne devant lui avec une vénération religieuse et l’embrasse, à la stupéfaction des Phéniciens, des Sidoniens et des Chaldéens, qui s’attendaient aux mesures les plus rigoureuses, et qui comptaient tout spéclement sur le pillage de Jérusalem. Interrogé. sur
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les causes d’un changement de dispositions aussi subites, Alexandre répondit à Parménion, l’un de ses favoris: «Ce n’est pas le grand sacrificateur que j'adore, mais le Dieu dont il est le ministre. Car lorsque j'étais encore en Macédoine et que je délibérais par quel moyen je pourrais conquérir l'Asie, il m'apparut en songe en ce même costume: m'exhorta à ne rien craindre, me dit de franchir hardiment l’'Hellespont et m’assura qu'il serait à la tête de mon armée et me ferait conquérir l'empire des Perses. C’est pourquoi, n'ayant Jamais auparavant vu personne revêtu d'un habit semblable à celui qui m’apparut dans ce songe, je ne puis douter que ce ne soit par la conduite de Dieu que j'ai entrepris cette guerre, et qu'ainsi je vaincrai Darius, détruirai l'empire des Perses, et que toutes choses réussiront d’après mes souhaits. »
Alexandre sacrifia lui-même à Jérusalem en la manière que le sacrificateur lui dit qu'il devait le faire; les prêtres lui communiquèrent les prophéties de Daniel en sa faveur (VIIL, 5 et 20), et il accorda aux Juifs lexemption de l’impôt pour chaque septième année, les Juifs ne faisant aucune récolte en cette année-là. Il promit d'accorder la même faveur aux Juifs de Babylone et de la Médie. — C'était en 332.
Il se rendit de là en Égypte; les habitants, réjouis de trouver en lui un appui contre les Perses, le recurent comme un libérateur. Il y fonda Alexandrie, dont il donna lui-même le plan, et y attira une colonie
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considérable de Juifs, en leur accordant, outre la liberté de conscience, un grand nombre de priviléges . matériels ; il pénétra, au risque d'y périr, jusqu'au temple de Jupiter-Ammon, situé dans une oasis, au milieu des grands déserts sablonneux de la Libye, et accepta, s'il ne le demanda pas, le titre de Fils de Jupiter, malgré les railleries de sa mère Olympias, qui le priait de ne pas la mettre mal avec Junon.
À son retour en Asie, en 331, les Samaritains, qui tantôt se faisaient passer pour Juifs, tantôt se défendaient de l'être, suivant qu'ils étaient intéressés à le faire, voyant que les Juifs étaient en faveur auprès d'Alexandre, essayèrent de gagner aussi ses bonnes grâces et réclamèrent la récompense qu'ils avaient sollicitée déjà l’année précédente, notamment la remise des impôts en la septième année. Mais sur la demande catégorique du monarque, ils furent obligés d’avouer qu'ils n'étaient pas précisément Juifs; «hébreux, oui, bien qu’on les nommât Sichémites, mais pas Juifs.» — «Je n’ai accordé cette faveur qu'aux seuls Juifs,» répondit Alexandre. En outre, comme ils s’étaient révoltés contre le gouverneur macédonien de la Syrie et de la Phémicié, ils furent traités sévèrement et chassés de la ville de Samarie, qui reçut une garnison et des habitants macédoniens. Ils se fixèrent dès lors à Sichem, au pied du mont Guérizim.
Ce fut dans la même année 331 qu’Alexandre vain: quit les armées innombrables de Darius dans les
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plaines d’Arbêles, près du village de Gaugamela, aujourd’hui Karmalis’. Par suite de cette victoire, le Macédonien prit Babylone, Persépolis et Suze. Les «fforts que fit Darius pour lever une nouvelle armée dans les montagnes de la Médie, furent vains. Il tomba Sous les coups meurtriers de deux traîtres, Bessus et Nabarzanes (330). Alexandre poursuivit les assassins , en fit écarteler un, et remit le corps du malheureux Darius Codoman à son épouse, à laquelle il accorda dans la ville de Suze une résidence royale.
On connaît l'expédition fabuleuse d'Alexandre au delà de lIndus et la manière dont elle finit. À peine de retour et avant d'exécuter les gigantesques travaux qu'il avait conçus, la conquête de l'Afrique, le creusement d’un port immense, etc., il voulut faire quelque chose pour Babylone et tenter de lui rendre un peu de son ancienne splendeur. Il se mit à rétablir la tour de Bel. Dix mille ouvriers, après un travail de deux mois, n'avaient pas encore dégagé la tour des amas de débris dont elle était entourée, lorsqu'une mort subite, suite naturelle de sa vie déréglée et de ses excès de tous genres, enleva Alexandre à l’âge de trente-deux ans et huit mois (393). Josèphe cite un passage d’'Hécatée, duquel il résulterait qu'Alexandre, ou l’un de ses gouverneurs, ayant voulu forcer les
1. Arrien raconte que dans cette bataille Alexandre ne perdit que
100 hommes, tandis que les Perses comptèrent 300,000 morts. C'est ainsi que l'on a toujours écrit l'histoire.
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Juifs à travailler à la construction du temple idolâtre, ceux-ci refusérent de prêter leur concours à cètte œuvre, et supportèrent les traitements les plus violents et jusqu'à des coups de bâton, plutôt que de céder; le roi finit par les décharger de cette tâche, qui révoltait leur conscience. On avait peut-être bien essayé de leur faire comprendre qu'il ne s'agissait pas de conscience, mais de maçonnerie et d’obéissance passive ; mais ils furent plus forts que le sophisme. | |
Quant à la mort soudaine d'Alexandre, on fit courir le bruit qu’il avait été empoisonné par Antipater; cette explication n’était point nécessaire: on n’empoisonne pas dés gens qui s’empoisonnent eux-mêmes; lintempérance d'Alexandre fut la seule cause de sa mort, les historiens font un récit presque fabuleux de ce qu'il avait bu.
L'apparition d'Alexandre sur la scène du monde est quelque chose de véritablement extraordinaire. Son génie créa, non-seulement une monarchie nouvelle, qui ne devait pas lui survivre, mais un monde nouveau qui lui survécut. Son influence se fit sentir sur toutes les branches qui forment le domaine terrestre de l'humanité, Cest l’époque d’Apellès, de Protogènes, d’Aristide le Thébain, celle de Lysippe et de Praxitèles; l’époque de la Vénus de Gnide, du groupe de Laocoon, de l’Apollon du Belvédère: c’est, pour la mu-
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sique, l’époque de Timothée, qui ajouta deux cordes à la lyre. Cest, pour la philosophie et l’histoire naturelle, l’époque d’Aristote et de Platon. C’est l’époque des grandes découvertes géographiques, des premières cartes, des descriptions de lieux, des études stratégiques, des routes, des premières postes ou courriers; et par la fondation d'Alexandrie, c’est le commencement de la civilisation gréco -orientale, qui débute par le commerce, l'échange des produits, et aboutit à l'échange des idées. Bientôt aussi, et par cela même qu’elle est plus riche et plus souple, la langue des vainqueurs deviendra celle des peuples vaincus.
À voir Alexandre qui, tout jeune encore, domptait l’indomptable Bucéphale, et qui, à dix-huit ans, craignait que son père ne lui laissât rien à faire; à le voir courir de ville en ville, franchir les mers, bondir de bataille en bataille, de continent en continent, de Grèce en Perse, de Perse en Phénicie, de là en Égypte, puis en Médie, puis de rechef en Perse, se ramasser alors sur lui-même pour s’élancer de là sur les Indes, revenir à Babylone, toujours inquiet, et ne sachant auquel de ses grands projets il doit donner d’abord la préférence, on reconnait sans peine le léopard de Daniel avec ses ailes d'oiseau (VIE, 6). — On le reconnaît encore à ce caractère; parfois grand et généreux, quand il est rassassié, dans sa conduite en-
vers Darius et sa famille, envers Porus, qu'il traite en roi; envers son médecin Philippe, dont il accepte le breuvage, malgré les dénonciations de Parménion; envers son armée; dans les déserts de la Gédrosie, ses soldats lui apportent dans un casque de Peau bourbeuse, il la verse par terre, ne voulant pas se désaltérer, quand son armée meurt de soif; — tantôt cruel et féroce, quand il est ivre ou qu’il a faim, il tue Clitus de sa main, et Orsine sur de faux bruits; il fait mourir le médecin qui n’a pu guérir Ephestion; 1l égorge de sang-froid les vaincus par milliers; il livre au supplice le philosophe Callisthènes, qui n’admet pas sa divinité; Philotas, soupçonné d’en vouloir à ses jours; Parménion, soupçonné de vouloir venger son fils. On le reconnaît dans cet orgueil insatiable qui n'aspire à rien moins qu'au titre de demi-dieu. La sublime épopée d'Homère, qu'il hisait et relisait sans cesse, ne lui avait révélé que la brutale grandeur d'Achille; comme Achille, il voulait un dieu pour père, Philippe ne lui suffisait pas; comme Achille, il voulait un ami intime qui fit toutes ses volontés; comme Achille, il avait passé de la Grèce en Asie, cherchant sa gloire dans le sang répandu; il fait lier de cordes Bétis, l’héroïque défenseur de Gaza, l’'attache à son chariot et le traîne autour des murailles jusqu'à ce qu'il soit mort, pour imiter, en le perfectionnant, Achille, qui avait ainsi traîné le cadavre d'Hector au- (our des murs de Troie.
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Ivre, et sur les suggestions d’une courtisane (Thaïs), il met de ses propres mains, de ses royales mains, le feu à Persépolis, et détruit cette ville avec ses palais, dont les ruines attestent encore aujourd’hui la grandeur et la magnificence passées. Le matin, il regrette son crime, mais trop tard. Il peut mettre presque tous ses crimes sur le compte de l'ivresse; malheureusement, depuis quelques années, il est toujours ivre, excepté quand il est malade.
Il épouse à droite et à gauche, amis et ennemis, par amour, par convenance, par politique, par désœuvrement: Barsine, veuve de Memnon, le plus fidèle des généraux de Darius, dont il a un fils qu’il appelle Hercule; Roxane, fille d’un grand seigneur perse, la plus belle et peut-être la plus méchante personne de son temps; il en a une fille, Thessalonique, et un fils, nommé Alexandre Aigus ou Égée; Cléophis, reine des Assaques, au nord de lInde, en passant : le fils qw’elle lui donne succède à sa mère, et sa postérité règne peut-être encore aujourd’hui dans le Thibet; Statiræ; la fille aînée de Darius, pour donner à ses généraux et à ses soldats l'exemple du mélange des races; elle n'a point d'enfants, mais elle pourrait en avoir, et Roxane, jalouse, la fait périr. |
Puis il meurt désenchanté, le sarcasme sur leslèvres et dans le cœur, comprenant que l’homme s’agite et que