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découvertes, personne eût l’idée d’altérer ou de changer le texte de nos éditions? On n’y songerait seulement pas. Et pourtant on le ferait sans le moindre scrupule, on se croirait obligé de le faire pour Térence, pour Virgile, pour Tacite, si les fouilles poursuivies dans les ruines de Herculanum nous mettaient en possession d’un manuscrit plus ancien. Pourquoi ? parce que la conscience nous dit que la critique a des droits sur les livres des hommes et qu’elle n’a aucune prise sur le livre de Dieu. C’est un legs, un héritage de ceux que Dieu avait fait sous ce rapport ses exécuteurs testamentaires.
Ïl est également remarquable que la Bible ne dise absolument rien de ce fait capital de la collection; pas un mot avant, pas un mot après, pas un mot dans le livre d'Esdras, au milieu de lénumération si détaillée de toutes ses œuvres et de toutes ses réformes. La plus importante de toutes est passée sous silence. Dieu fait appel à notre foi, et, sans nous interdire l'usage de notre intelligence, il a posé certaines limites enlui disant: Tu n'iras pas plus loin. Bien des choses restent sans solution, bien des questions restent sans réponse; le doute peut flotter encore au-dessus de nos têtes, mais quand nous sommes dans la vérité, nous ferons toujours cette salutaire expérience qu'il y a moins de ténébres dans la foi que dans Fabsence de foi, moins d'incertitudes dans les solutions divines que dans toutes les solutions de la sagesse humaine. Nous ne compre-
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nons pas l'infini, C’est vrai, mais nous comprendrions encore moins le fini. Dieu"est un problème insondable, c’est vrai, mais l’absence de Dieu serait un abime plus insondable encore.
Si la Bible ne nous dit rien de l’origme, de la formation et de la clôture du canon, et si, d'autre part, l'histoire elle-même se tait, ne nous donnant que de vagues et légers indices, gardons-nous de vouloir être sages au delà de ce que Dieu nous a fait connaître; 1l y a toujours du danger à vouloir pénétrer au delà du voile. Nous pouvons recueillir avec un soin religieux tout ce que l’on peut dire à ce sujet, mais sans que le silence ou le langage de la tradition puissent en rien altérer notre foi dans cette parole qui à été donnée pour être la lumière du monde.
Nous avons nommé la grande synagogue, mais il serait difficile de rien affirmer de précis quant à son existence. D’après les Juifs, 1l se serait formé, à l'époque du retour, une société, une espèce d'académie, de cent vinôt personnes lettrées, dont Esdras aurait été le président, et qui auraient travaillé sous sa direction à rétablir l'observation trop négligée de la loi et à rassembler en un corps les écrits des prophètes. Ges scribes auraient été contemporains suivant les uns ; suivant les autres, ils auraient formé une succession. Daniel et ses trois amis, Sadrac, Mésac et Abed-Névo, auraient été, après Esdras (incertitude les principaux directeurs de cette association, dont auraient aussi fait
partie les prophètes Aggée, Zacharie et Malachie, et enfin Néhémie. Simon le Juste en aurait été le dernier membre. Or, entre Daniel et Simon le Juste, àl faut compter 200 à 250 ans, ce qui à la fois donne beaucoup de latitude et prouve beaucoup d'incertitude en cette matière.
Il est dans la nature des choses qu'Esdras se soit associé quelques hommes dignes de sa confiance, et qu'ils se soient recrutés avec le temps d’une manière plus ou moins régulière, pourvoyant par de nouveaux choix aux vides que la mort faisait au milieu d’eux. De même qu'il se forme, soit dans un pays, soit dans une ville, un système particulier de peinture, d’architecture, de musique, ou de théologie, qui reçoit le nom d'école, sans qu’il y ait d'organisation proprement dite, on peut croire que le nom d'école, de collége ou de grande synagogue fut donné à Jérusalem à ces hommes distingués, compagnons et successeurs d'Esdras, qui, pendant. un siècle et plus, continuèrent son œuvre, achevèrent de mettre en ordre ce qu'il avait commencé, veillèrent à l'intégrité du texte des écrits sacrés, en multiplièrent les copies, les commentèérent pour l'usage du public, et firent de la loi leur étude principale et presque exclusive. Gette manière de voir a quelque chose de naturel qui doit la recommander; elle à en outre le grand avantage de concilier les deux opinions contraires, celle qui affirme, avec Hævernick, contre toute autorité positive l'existence d’une école