‹ L'époque des MaccabéesChapitre 8 sur 48 · Voyage en Terre-Sainte, p · texte numérisé non relu

Voyage en Terre-Sainte, p

Te mépris. Ils n’ont cessé de lui rappeler que sa gloire consistait tout entière dans la loi qu'il avait reçue du Seigneur, et que sa force n'était que dans la foi.» Depuis dix-neuf siècles, depuis Pompée, Rome et Jérusalem sont en présence, la force physique et la force morale : dix fois vaincue, ruinée, démolie, Jérusalem est toujours là, comme immortelle; laquelle lemportera? Nous n'avons pas besoin d'attendre l'avenir pour le savoir; beaucoup d’esprits sont déjà préoccupés de chercher une retraite dans la capitale spirituelle des Juifs, pour le dernier successeur temporel des empereurs romains.

Le corps doit périr, l'mtelligence peut se voiler; mais l’âme est éternelle. La même mesure ne peut donc s'appliquer à l’un et à l’autre de ces trois éléments constitutifs de la nature humaine. Bien plus, ce qui peut être nuisible à l’un, sera souvent favorable à l’autre, et vice versa. Nous ne pouvons donc appliquer à Israël les lois qui s'appliquent à tous les autres peuples.

Israël n’a de commun avec les nations étrangères que l’incrédulité naturelle à tout cœur d'homme, et cet esprit de révolte qu'on trouve chez Adam, à l’origine du monde, chez les fils de Noé, après leur miraculeuse préservation, chez Nimrod le chasseur, et chez Balaam le prophète, comme chez Saül, le roi de droit divin, et chez Achab, l'époux de Jésabel. Les Juifs sont, pour le cœur, des hommes comme tous les

autres, rusés, charnels et désespérément malins. Mais ils différent comme nation de tous les peuples qui les entourent. Leur éducation en a fait non-seulement un peuple à part, mais une nation sainte par la direc-

tion de ses pensées, par sa langue toute morale, par . :

sa poésie toute religieuse, par ses habitudes, par sa force. Une nation qui a eu pour pères, Abraham, Isaac et Jacob; pour éducateurs, les Moïse, les Aaron, les Samuël; pour généraux, des Josué, des Gédéon; pour premières étapes dans la vie, la captivité d'Égypte, les scènes du désert, la conquête de Canaan, ne peut se comparer à aucune autre nation, et comme elle n’a pas eu son âge d’or, on ne saurait lui chercher un siècle de fer. |

On ne serait pas davantage autorisé à caractériser cette époque comme étant le commencement de la fin, car il serait facile de répondre que ce serait alors un bien long commencement, puisqu'il dure encore aujourd’hui. |

Mais non, l’époque dont nous racontons l’histoire n'est point une vieillesse avec sa décrépitude mtellectuelle; ce n’est point un moyen âge avec sa poésie, sa lourdeur et ses ténèbres; ce n’est point un siècle de fer avec ses souffrances et ses misères. C’est une crise sans doute, une nouvelle phase dans sa vic; mais s'il faut lui choisir un nom parmi les désignations humaines, nous serions tentés de l'appeler l’âge de la majorité d'Israël, le moment de son émancipation

Jusqu'à ce jour, en effet, Dieu a conduit son peuple comme à la lisière, l’instruisant «ligne après ligne, commandement après commandement.» Cest de ce moment que Jésus-Christ peut dire : (Un père de famille planta une vigne, et l’environna d’une haie, et y creusa un pressoir, et y bâtit une tour; puis, 1l la loua à des vignerons, et s’en alla dehors» (Matth. XXI, 33). L'œuvre de Dieu est faite, achevée, aussi complète que possible. Il peut dire : «Qu’y avait-il de plus à faire à ma vigne que je ne lui aie fait?» (Ésaïe V, 4). À moins de le maintenir éternellement sous tutelle, en minorité, sans lui laisser le moyen d'essayer ses forces et de marcher par lui-même, il fallait que le Pêre de famille s’en -allät dehors, et qu'il abandonnât à eux mêmes pour un temps ces vignerons, ces enfants de son adoption.

C'était un essai d’émancipation, fait dans les meilleures conditions possibles, sur le peuple le plus propre à justifier cet acte de confiance, et dans le moment le plus favorable pour que toute tentative d'en abuser fût énergiquement repoussée. Dieu choisissait dans l'humanité le sujet, l'échantillon le plus propre à faire réussir l’expérience, et l’expérience a manqué.

Ou, pour mieux dire, l’expérience a réussi; elle a prouvé que «la loi n’a rien amené à la perfection » (Hébr. VIE 19), et que la recherche du bien, du devoir, comme disent aujourd’hui les plus nobles représentants de la philosophie contemporaine et de la conscience humaine, est complétement insuffisante à

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