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chie sous toutes les formes, depuis Saül jusqu’à Sédécias, pour ne pas la regretter beaucoup : la domination étrangère (et depuis les jours de Jacob ils en avaient connu plus d’une) était ce qu'ils redoutaient le plus: le régime des gouverneurs, en quelque sorte proconsulaires , qu'ils avaient eu depuis Guédalia jusqu'à Néhémie, avait trouvé son adoucissement dans l'excellence des hommes appelés à ces hautes fonctions, et dans le concours des souverains-pontfes, appelés à Jouer un rôle dans l'administration du pays. Dorénavant, et pendant longtemps, le gouvernement théocratique sera le seul qui régira Jérusalem, à peine voilé par l'ombre de commissaires, qui ne viendront de Babylone que pour faire acte dé présence, et maintenir, quant à la forme, les droits des rois de Perse. Les prêtres, sous l’omnipotence du Sanhédrin, seront, pendant un siècle, les vrais maîtres et gouverneurs du pays. a dt
Amsi, complétement indépendants sous le rapport religieux, et presque indépendants sous tous les autres rapports, les Juifs étaient placés dans les meilleures conditions pour travailler à leur développement moral Le nombre des prêtres qui les avaient suivis depuis le retour, était assez considérable pour suffire à tous les besoins du culte. L’habitude prise depuis Esdras de faire les jours de- sabbat des lectures et des explications publiques de la loi et des prophètes, contribuait à entretenir dans la population des idées
saines ét des préoccupations élevées. Le peuple avait salué avec joie cette innovation qui nous paraît si naturelle; et pour mettre un plus grand nombre de fidèles en mesure de profiter de ce bienfait, on multiplia de lieu en lieu ces lectures bibliques; on affecta à cette nouvelle forme du culte de nouveaux locaux, auxquels on donna le nom assemblées, en grec synagogues ou églises, et si le sacrifice proprement dit continua de se célébrer exclusivement dans le temple, pour rappeler qu'il n’y aura jamais qu’un seul . sacrifice pour les péchés du monde, l'instruction et l'édification purent se répandre librement de toutes parts, comme un pressentiment des temps nouveaux où le culte en esprit et en vérité serait seul réclamé des adorateurs de Dieu.
S'ils ont plus de prophètes, les appels de Dieu ne leur manqueront cependant pas. Dans l'existence nouvelle que lédit de Cyrus a inaugurée pour eux, au milieu de leurs champs et de leurs vignes, dans leurs comptoirs, dans leurs ateliers, poursuivant avec le pain quotidien les biens de la terre et les jouissances de luxe, ils peuvent encore, S'ils Le désirent, travailler pour un plus noble et plus précieux objét. Leur horizon s’est agrandi par lexil. Leur contact avec de. puissantes nations, la part qui leur a été faite dans de grands événements, a nécessairement étendu le cercle un peu restreint dans lequel se mouvaient leurs pères. Ïs ne peuvent plus être à leurs propres veux le centre
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exclusif du monde visible; la montagne de Sion n’est ni la plus belle, ni la plus haute; le temple de Jérusalem n’est pas le plus beau; ce qu'ils admiraient comme unique, lorsqu'ils ne pouvaient pas comparer, ils ne peuvent plus. lui donner une place exclusive dans leur naïve admiration; les barrières qui les séparaient de la réalité ont été rompues; leur orgueil national a été brisé par les châtiments qui ont fondu sur eux et qui les ont forcés de crier merci. L'idée de l'humanité a pris chez eux de plus justes proportions. Les idées de Dieu et de l'éternité doivent leur être devenues à la fois plus, vivantes et plus familières, et si l’avenir renferme encore pour eux bien des obscurités, s'ils ne sont pas encore venus à l’idée chrétienne de la vie éternelle, du moins ils ont appris à se préoccuper de l'avenir ; ils regardent à l'avenir; l'avenir, c’est leur espérance et leur consolation; le présent a cessé d’être tout pour eux. | \
Quand leurs pensées s'élèvent, ils ont, pour les empêcher de s’égarer, leur temple, leursinstitutions, leur histoire et leurs livres saints.
Leur temple est sans doute bien modeste, soit qu'ils le comparent aux splendeurs de celui qui l'a précédé, ou qu'ils le rapprochent des riches et grandioses monuments de Babylone; mais il continue d’être une protestation contre lidolâtrie, un témoignage de lunité de Dieu, un appel à la fidélité, un gage d’espérance et d'amour, un jalon de l'avenir. Un prophète,
d’ailleurs, n’a-t-il pas annoncé que: «la gloire à venir de cette maison serait plus grande que la première.» Toutefois les espérances de l'avenir n’aident pas toujours à supporter les amertumes ou les humiliations du présent, et les Juifs les plus pieux, de même que les plus indifférents, étaient sensibles à l’infériorité relative du temple de Zorobabel. Ils regrettaient surjout cinq choses qui se trouvaient dans le temple de Salomon :
L’arche de l'alliance. Qu'’était-elle devenue? Avaitelle été détruite avec le premier temple? Avait-elle été transportée à Babylone avec les autres trésors, et non restituée ? ou plutôt avait-elle été cachée par les sacrificateurs eux-mêmes, par Jérémie peut-être, dans la prévision du retour et de la restauration du culte? C’est cette dernière supposition qui paraît la plus probable; mais les années auront passé làdessus, et le secret de la mystérieuse retraite aura été enseveli avec ceux qui avaient été chargés de le garder.
L'esprit de prophétie. C'était bien là la vraie lacune et la plus sensible; elle ne fut pas d’abord complète, puisque Aggée, Zacharie et Malachie prophétisèrent sous le second temple. Quand elle se fit sentir plus tard, les hommes pieux purent comprendre, en lisant
1. Aggée, IT, 9. Mal traduit dans nos versions qui portent : «La gloire de cette seconde maison, » au lieu de : « La seconde gloire de cette maison. »
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leurs livres sacrés, que si les prophètes avaient disparu, leur esprit, leurs oracles étaient restés.
L’oracle, ou la nuée sainte, appelée encore la Présence divine, en hébreu Shekina, qui se montra pour la première fois au désert, lorsque Dieu consacra le ‘ tabernacle; puis, dans le temple de Salomon, lors de la dédicace.
Le feu sacré, constamment entretenu jour et nuit par les prêtres, depuis le jour où il était miraculeusement descendu sur l'autel dans le temple de Salomon. |
Enfin, l’Urim et le Thummim, distinct du pectoral, mais intimément uni avec lui, différent des pierres précieuses elles-mêmes, et probablement caché dans la doublure du pectoral. On ignore ce que c'était au juste. On le consultait dans toutes les circonstances critiques de la théocratie; maisil n’est pas sûr qu'il fût même dans le premier temple. Comme il représentait le gouvernement direct de Dieu, on présume qu’il cessa de rendre des oracles à l’avénement de la monarchie en Israël, lorsque le gouvernement de Dieu fut remplacé par des rois agissant selon leur volonté et sous leur responsabilité.
Quelques auteurs ajoutent, parmi les choses dont la lacune se faisait encore sentir, l'huile sainte que Moïse avait composée pour le sacre des prêtres et des rois, Exod. XXX, 92 et suiv. S'ils ont réellement senti cette lacune, cela prouve en faveur de leur candeur
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et de leur bonne foi, car ils auraient pu s’en procurer aussi facilement qu’on l'a fait dans les Gaules depuis Clovis jusqu'à Louis XVI. La Sainte-Ampoule dont 1789 à fait justice, eût été pour les juifs d’une reproduction d'autant plus aisée que Moïse en avait-donné la recette, et qu'il n’y rattachait comme composition rien de magique, ni comme origine rien de céleste.
Le temple était donc pour les juifs pieux, malgré tout ce qui lui manquait, et peut-être aussi par tout ce qui lui manquait, un appel à chercher les choses qui sont en haut, et l’'accomplissement réel et spirituel des promesses faites aux pères. Dieu en leur rendant un temple, mais un temple pour ainsi dire incomplet, voulait les sevrer peu à peu du lait des premiers commencements, et transformer en hommes ces enfants de la foi.
Du reste, l’ensemble de leurs institutions, que nous ne pouvons point énumérer ici, mais que nous devons au moins rappeler, venait s'ajouter à existence du temple pour entretenir chez eux non point un vague sentiment religieux, mais les faits positifs de la révélation divine, le grand et triste fait du péché, la corruption naturelle de l'homme, le procès de l'Éternel avec son peuple, l'attente d’un Sauveur, l’expiation du péché par l’effusion du sang. Leurs sacrifices sans cesse renouvelés étaient une prédication de tous les jours ; le clergé, le sanctuaire, la circoncision, les sabbats, les synagogues, tout était, suivant l'expression
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de Daniel IX, 24, une vision et une prophétie, dont le langage, à côté de ses obscurités, renfermait assez de clartés pour conduire dans le chemin du vrai, du juste et du bon, ceux qui désiraient y marcher. Mais, plus que cela, les Juifs avaient leur histoire et leurs souvenirs; et l’on peut dire que l'expérience, une expérience de douze siècles, ne fut pas entièrement perdue pour eux. Ils durent en profiter, soit au point de vue religieux, soit au point de vue politique. Sous le premier rapport ils profitèrent davantage que sous le second. De lidolâtrie, il ne saurait plus en être question parmi eux; les souffrances qu'ils ont éprouvées ont en quelque sorte déteint en horreur contre la cause de leurs souffrances, et c’est bien pour toujours qu'ils demeureront enfin fidèles au dogme de l'unité de Dieu, et qu’ils proscriront le culte des idoles et des images ; aussi, depuis cette époque, ne les verrons-nous plus, sauf quelques rares exceptions individuelles, dont nous parlerons plus loin, succomber à la tentation d’embrasser un culte étranger, idolâtre et polythéiste. Il y a là cause gagnée. Sous le rapport politique, ils se décideront enfin à se conformer aux instructions que si souvent leurs ‘prophètes, et spécialement Ésaïe et Jérémie, leur ont en vain données; ils se décideront à tenir fidèlement les serments prêtés à des rois étrangers, tandis que jusqu’à présent, jusqu'à la captivité, leur conduite politique avait été entachée envers Dieu, leur vrai
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souverain, de la plus ingrate infidélité, et envers les puissances voisines, alliées ou conquérantes, de la perfidie la plus machiavélique. Cela changea, du moins en partie, et pour un temps. La nation renaissante fut plutôt une Église qu'un État; ce fut son salut : Jérusalem cessa d’être une forteresse pour redevenir ce qu’elle aurait dû toujours être, la ville sainte, située sur une haute montagne. Les Juifs restèrént les meilleurs sujets des rois de Perse, et l’Église juive vécut dans une assez grande innocence politique. Nous verrons cependant bientôt qu'ils ne s’attachérent pas aussi fermement à ce dernier point, pour lequel aujourd’hui l’on a trouvé le nom de neutralité, qu'au dogme de lunité de Dieu. Ge n’est que depuis la seconde destruction du temple qu’ils ont enfin compris d’une manière solide la nécessité absolue de renoncer à des espérances illusoires fondées sur des combinaisons politiques, et de ne plus compromettre les intérêts de leur nation et le saint nom de leur Dieu dans les vicissitudes des combats et Les turpitudes diplomatiques des États de ce monde. La politique n’a rien à faire avec la vérité. |
Ils ont, enfin, la loi écrite, les psaumes qu'ils aiment à lire et à chanter, leur littérature religieuse, leurs moralistes, leurs historiens, quelques livres ou rouleaux (volumen), dont les exemplaires sont rares sans doute, et dispendieux, mais que l’on sait où trouver, et que l’on peut consulter en cas de besoin, soit direc-
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tement, soit par l’intermédiaire des prêtres et des scribes. [ls ont surtout la parole des prophètes et ces admirables oracles de Daniel, que Dieu leur à donnés comme un dernier et précieux témoignage de son amour et de sa fidélité, au moment où des destinées nouvelles, inconnues, se préparaient pour eux.
Sous quel nom convient-il de désigner la période de l’histoire juive dans laquelle nous sommes entrés ? On à pu, dans l’histoire de l'humanité, trouver un âge d'or et un âge de fer; les siècles du moyen âge ont pu s'appeler des siècles de plomb; Montesquieu à pu nous dire la grandeur et la décadence des Romains; chez presque tous les peuples on a pu distinguer une enfance, une jeunesse, un âge mür, une vieillesse, parfois précédée d'un été de la Saint-Martin; presque tous les peuples ont eu leurs temps héroïques, et sous une forme ou sous une autre, une espèce de bas-empire et de décrépitude.
Mais chez les Juifs, aucune des expressions dont on se sert habituellement pour désigner les phases successives du développement d’un peuple, ne saurait être admise. C’est un peuple à part’, c’estune histoire
1. Ur peuple à part, quoiqu'on puisse l'appeler aussi le résumé ou le type de tous les autres; c’est dans ce sens que Châteaubriand a pu dire : «Le peuple juif est un abrégé symbolique de la race humaine représentant dans ses aventures tout ce qui est arrivé et tout
ce qui doit arriver dans l'univers.» (Génie du Christ., V, chap. 1). Voy. aussi M. Fréd. de Rougemont, Le peuple primitif.
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à part. Quand presque tous les peuples commencent par un homme de guerre, par un soldat heureux, Rome par un Romulus, Israël commence par un homme de foi, le père des croyants, et dès lors toutes ses destinées se rattachent à sa fidélité ou à son infidélité. L’âme et la conscience humaine ne sont pas soumises aux mêmes lois de progrès ou de décrépitude que le corps et l'intelligence. Les forces que Dieu a départies aux peuples comme aux individus, ont toutes leur mode de vivre et leur régime distincts. Le corps grandit d’après certaines règles; 1l s'accroît et se fortifie, puis forcément il décline et meurt. Ce fut la destinée de l’ancienne Rome, premier ramassis de brigands régulièrement organisés, que lon vit, admirable spectacle, devenir peu à peu une nation, puis la maîtresse des destinées du monde, et que des barbares venus de lextrême Orient réduisirent, aux quatrième et cinquième siècles, à sunir à l'Église chrétienne, pour y puiser, comme en une fontaine de Jouvence, une vie nouvelle, une résurrection artificielle, une prolongation de règne accordée à l’abdication. Mais même sous cette forme nouvelle, Rome n’a connu que la force; elle s’est rappelée la devise de son grand Virgile : |
Tu regere imperio populos, Romane, memento.
Dans les affaires du cœur, de l'intelligence et de la foi, elle n'a connu qu'un moyen, la force; qu’une
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preuve, la force; un texte de l'Évangile : Contrains-les d'entrer. |
La Grèce, qui dans l’histoire du monde représente l'intelligence, la pensée, l'art et le goût, fimt par succomber aux excès mêmes de son tempérament. Son grand savoir la mise hors du sens. La ville de Minerve s’amollit par le luxe, se pervertit par la philosophie, s’affaiblit par ses révolutions, fut trahie par ses ambitieux, et après avoir commencé par Solon, finit par Pausanias et Thémistocle. La déesse Raison était déclarée folie par ses œuvres même, trois siècles avant Christ. «Les Grecs recherchent la sagesse,» disait saint Paul, et la Grèce d'aujourd'hui est tombée dans l'enfance, décrépite, presque aussi mal administrée que Rome et que la Turquie.
Jérusalem devait avoir d'autres destinées; elle devait représenter dans le monde la force morale, l’âme, la conscience, la recherche de la sainteté, les aspirations vers le bien, vers le ciel; en un mot, une autre vie, un autre monde. «Si parfois, dit très-bien M. Félix Bovet', si parfois les rois de Jérusalem ont tenté de la faire sortir de son rôle, s'ils ont voulu faire d'Israël une puissance terrestre en lui donnant Péclat et le secours des richesses, des armes, des arts, ou de la diplomatie, les prophètes, organes fidèles de la pensée de Dieu à l'égard de ce peuple, ne s’y sont jamais