LE BON HOMME
i^AVEz-vous bien , mes très-chers lecteurs, que c'est une terrible entreprise que celle d'écrire l'histoire d'un mari parisien? Cela demande quelque talent d'observation: il est vrai que les originaux ne manquent pas; mais il y a une infinité de détails précieux , qu'un historien doit faire valoir , et ce n'est pas un petit travail ; et puis on court risque de se mettre tous les maris sur les bras, ce qui ne serait pas lout-à-fait aussi 3. i
plaisant que leur histoire. Ces Messieurs peuvent se reconnaître , et crier haro sur le pauvre auteur, qui est bien l'homme du monde le plus pacifique , et qui d'ailleurs, eùt-il la force d'Hercule, serait fort embarrassé de rendre raison à tous les bons hommes de notre belle France , ou seulement de Paris. Us auraient pourtant grand tort de se fâcher ; car après tout , ce n'est pas leur faute si la mode ne veut pas que les femmes aiment leurs maris. Je les invite à se calmer, à rire avec moi des ridicules du jour, et j'espère qu'ils auront le bon esprit de le faire. Au surplus je reconnais hautement qu'il est des femmes fidèles, et par conséquent des maris qui ne sont pas c... per-
mis à chacun de se croire un de ce petit nombre d'élus. Quant , à moi, qui , pour le moment , ai le bonheur d'être garçon , mais qui , pour mes péchés, pourrai quelque jour prendre femme , j'avoue que je ne redouterai guère l'accident qui pourra orner mon chef, et j'aurai le bon esprit de répéter avec La Fontaine :
Quand on l'ignore , ce nVst rien ; Quiind on le sait, c'esi peu de chose.
Sur ce, lecteur, et ma profesiion de foi faite une bonne fois pour toutes , je reviens à mes personnages , et , si vous aimez le scandale, je vous invite à y revenir avec moi.
Les femmes, les prêtres , les maris et le scandale , voilà les mines que
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jusqu'ici j'ai tenté d'exploiter , et je pense que ce ne sont point les moins fécondes.
INous avons, s'il m'en souvient bien , laissé Denesville et le baron dans la voiture de ce dernier, et se dirigeant vers l'hôtel qu'habitait madame d'Antremont.
Denesville ne pensait pas plus à sa femme qu'à son ami de l'Espadon; il n'avait fallu rien moins que l'anecdote qu'avait racontée Angerville , pour qu'il se souvînt qu'il était mari. Exclusivement occupé du soin de sa fortune, et les loisirs fcjue lui laissaient ses occupations étant consacrés à la baronne , il s'inquiétait fort peu que sa femme se vendit ou non au plus offrant et elernier enchérisseur; il était même