‹ L'époux parisienChapitre 11 sur 18 · AUTEURS · texte numérisé non relu

AUTEURS

Paris fourmille de petits auteurs que l'on peut appeler, avec justice, les enfans de chœur de la littérature. Ils savent , tout au plus , dire un verset , et veulent prendre le pas sur les chantres.

Quelqu'un qui veut avoir une idée un peu juste de la multiplication de tous ces noms de la

littérature, peut ouvrir les siècles littéraires de M. Bésessarts. Ce libraire-auteur, ou cet auteur-libraire a ramassé avec soin toutes les petites brochures , tous les pamphlets éphémères pour grossir cette nomenclature. On est tout étonné qu'un auteur dont on n'avait jamais entendu parler, n'en ait pas moins fait , sans qu'on s'en doute , de 55 à 60 ouvrages. On croirait, qu'armé d'un microscope, il a parcouru tous les musées, toutes les sociétés littéraires , tous les recueils pour y découvrir le plus petit auteur.

Il y a, disait Rivarol , des chemins connus pour arriver à l'Académie ; on n'en connaît pas pour échapper au Musée. On pourrait

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eu dire autant de la compilation de M. Désessarts, radis indigeslaque moles , 011 ne l'évitera point si on a fait un couplet , un distique, un paragraphe de prose et même une énigme.

Cette foule de noms inconnu sy qui remplissent presque toutes les pages des siècles littéraires, rappelle une plaisante querelle que rapporte l'ingénieux écrivain que nous venons de citer entre trois ou quatre personnes qui se piquaient de connaître un grand nombre d'auteurs obscurs : <r on « s'échauffa , et les auteurs dont « on parlait devenant de plus en « plus imperceptibles , on fit des « paris. Je gage , dit l'un , « que je pourrai vous citer tel

(c écrivain et tel ouvrage dont (( vous n'avez jamais ouï parler.

« Je vous le rendrai bien , ré- « pondit l'autre; et, en effet , ces « messieurs venant à disputer de a petitesse et d'obscurité, on vit « paraître sur la scène une armée de ce Lilliputiens. Mèrard de St.-Just , « Lourd et de Santerre, Lane de « Boissy , criait l'un; Jcly de Plan ci , « Joly de St.-Just , Renaud de Beau- « caron, criait l'autre ; Guin- « guéné par ci , Moutonnet par là , « Briquet , Braquet , Mariborou ; et « puis c'était Grouvelle ', et puis « Panis , et puis Fallet ; et comme « on s'irritait 9 on en vint à Fricat , « Pistolet , Mitraille , Cathala-Co- « ture : c'était une rage , un tor- « rent ; tout le moude était par-

« tagé ; car ces messieurs parais- « saient avoir une artillerie bien « montée ; et soit en opposant, « soit en accouplant les petits « auteurs , ils les balançaient assez « bien, et ne se jetaient guère « à la tète que des boulets d'un « calibre égal; de sorte que de « citations en citations, tant d'au- « teurs exigus auraient fini par « échapper aux prises de l'auditeur h le plus attentif, si l'assemblée « n'avait mieux aimé croire que « ces Messieurs plaisantaient, et « n'alléguaient qtie des noms sans «réalité. Mais les deux antago- « nistes , choqués de cette opinion, « se rallièrent , et se mirent à parier « contre l'assemblée. Oui , Mes- « sieurs , je vous soutiens qu'il 5v 17

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« existe- un écrivain nomme Le- « vrier de Champrion J un autre qui « s'appelle Delormc-lch la Rôtit re , « un autre Gabret de Salins; un a autre Bas ne de Douincourt ; et « si vous me poussez , je vous « citerai Groubert de Groobental; « Fenouillot de Falbaire Quingey , u et Thomas Minau de la Mist ringue.

« A ces mots , on éclata de rire; « mais le discoureur tira de sa « poche trois opuscules qui prou- « vaient bien que Groubert de u Groubentalj Fenouillot de /«/k baire de Quingey , et Thomas a Minaude la Mistringue n'étaient ù pas des êtres déraison. »

Chaque société a son auteur, dont elle fait ses plus chères délices, et par qui elle jure et prononce

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sur tous les ouvrages du jour ou d'un jour.

11 serait bientôt temps de former une hiérarchie parmi cesMessieurs, comme dans le clergé, où le chapelain n'ose faire le curé, où le chanoine n'a garde de se donner pour un prélat; il vaudrait encore mieux , je le crois , leur défendre d'écrire, et leur enjoindre enfin de laisser le monde en repos.

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