‹ L'époux parisienChapitre 12 sur 18 · BABILLARDS · texte numérisé non relu

BABILLARDS

Partout on rencontre de ces espèces d'hommes nés pour nous tourmenter sans relâche , et nous

faire , pour ainsi dire , éprouver le supplice de Mézence. Au théâtre, à la promenade, dansles sociétés, dans les rues, ils tous abordent avec impudence ; commencent leurs litanies du jour avec une volubilité inconcevable , et les continuent de même , sans vous permettre ou plutôt sans vous laisser le temps de leur répondre un seul monosyllabe. Ils vous disent ce qui est et ce qui n'est pas ; le moindre incident, la plus petite circonstance d'un fait est paraphrasée avec une rare prolixité , ils ne vous fo^t grâce de rien , ils n'omettent pas même les dates , les heures, la pluie ou le beau temps.

Un plaisant les a défini gens inex- Iricabilis: selon le grand Frédéric,

ce sont des gens qui font pleuvoir

Un déluge de mots sur un désert d'idées.

11 en est de ces ignorans babillards comme de ces petites bouteilles qui ont le cou étroit ; moins elles renferment de liqueur , plus elles font de bruit en la re'pandant.

Permisà une jolie femme de babiller sans cesse ; la légèreté aveclaquelle elle le fait , et l'agrément de ses charmes sont une espèce de compensation qui nous fait supporter le babil , pour ne voir et ne penser qu'à ses attraits.

O n dit d'une perso nnebabillarde:

Elle est si pleine de paroles , qu'elle parle éternellement sans le moindre bon sens , et néanmoins avec une

%gS PETITE MACÉDOINE

aisance et une sécurité qui foirt douter si elle sait elle-même qu'elle ne fait que parler.

Je reviendrai demain vous raconter la suite de mon histoire 3 disait un jour un babillard à quelqu'un. Je la tiens pour racontée , lui répondit celui-ci. Que de personnes à qui on pourrait faire la même réponse.

Naguère t:n grand bavard tant jasait, tant jasait t Qu'en Ins de l'entendre, et ne pouvant le suivre , Un aveug'e attentif, estimant qu'il lisait, Lui dit: Pour Dieu, Monsieur, brûlez ce mauvais livre (1).

(t) Le saillant de cette épigrarr.ine appartient à feue madame Geoffroi , la culoltisre des auteurs s-mns culottes.

PA'RIStENNE. H)(3

fl

Page 1