ACTEURS ET ACTRICES
On peut appliquer aux acteurs et actrices des théâtres de la capitale le jugement que Martial portait de ses épigrammes.
Sunt bona , sunt quœdani mediocra , plurima ma-
Notre but n'est point d'examiner ici leurs talens ; nous laissons cette besogne au redoutable Feuilletonj notre prétention est de les considérer sous un autre point de vue.
Sans la discussion da la come-
(i) Peu de bonnes , quelques-unes de médiocres, et la plupart mauvaises,
die du jour et des talens des acteurs et des actrices , que feraient ou plutôt que diraient nos oisifs?
Une personne à qui nos moeurs seraient absolument étrangères , en voyant l'intérêt qu'ils prennent à nos acteurs et à nos baladins de théâtre , s'imaginerait avec raison que ce sont les premiers hommes de l'Etat et même les plus importais : il ne manquerait pas alors de se récrier, un peuplusinstruit , sur la futilité des conversations dont ils sont les éternels sujets.
Telle est la légèreté du Français, qu'il met plus de chaleur à disserter sur une tirade de Corneille ou de Racine , déclamée par Mademoiselle Buchesnois, ou G. Weymer;que sur les intérêts
du gouvernement et même sur ceux de sa maison.
Pour devenir bon come'dien , il ne suffit pas de le vouloir ; cet art exige beaucoup de talens, une étude assidue et un travail opiniâtre. Voilà la raison pourquoi on voit tant d'écoliers et si peu de maîtres. La dissipalionetles plaisirs qui semblent attachés à cet état font toujours échouer les troisquarts et demi des individus qui l'embrassent.
Avant la révolution , le titre de comédien était un brevet d'excommunication. L'Eglise avait jugé à propos de les rejeter de son sein, par la raison, qu'en contribuant à l'amusement du public 7 ils étaient un obstacle à son
salut. La révolution, en levant l'excommunication , et en les faisant participer au titre et aux droits de citoyen , n'a pu changer leur conduite et rendre leurs mœurs plus réglées et moins scandaleuses.
Presque tous célibataires , ils sont insoucians sur le passé , et jouissent du présent sans s'embarrasser de l'avenir , qui devient presque toujours pour eux une chaîne de maladies et de privations.
Quant aux actrices, qui jouent, a peu de chose près , le rôle de courtisannes , avec un très-petit talent et sur-tout un minois agaçant , elles parviennent a captiver les faveurs de tous les Plutus qu'elles ruinent avec une dextérité et une
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amabililité incroyable , sans pour cela s'enrichir elles-mêmes; car presque toujours leur sort est à plaindre sur la fin de leur vie.
Ayant su moissonner avec abondance dans printemps , elles n'ont pas eu l'art de conserver pour l'hyver de leurs jours.
Exposées à tous les genres de séduction, il est rare qu'elles veuillent ou qu'elles puissent y échapper. Il s'en est rencontré cependant quelques-unes qui ont gardé sur les planches le dépôt sacré de la pudeur et de la chasteté.
En 177 5, un Anglais, frappé de la beauté , des talens et de la sagesse d'une jeune actrice , lui écrivit la lettre suivante :
(( Mademoiselle ,
a On dit que vous êtes sage , « et que vous avez forme la résolues tion de l'être toujours ; je vous « exhorte à ne jamais changer. Je « vous prie d'accepter le contrat « quejevousenvoie;il vous assure t< cinquante guinées par mois , « tant que rfitte fanlaisic vous du- « rera; si par hasard elle venait « à vous passer , je vous demande u la préférence, et je vous en don- « nerai cent. r>
La proposition de l'Anglais était aussi originale que la résolution de mademoiselle , qui jugea cependant h propos d'y renoncer, trouvant trop pénible le fardeau d'une vertu qui faisait tant de bruit dans le monde.
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