‹ L'epreuve de la PologneChapitre 8 sur 15 · V. chap. IV p. 141 et suiv., 154 et suiv · texte numérisé non relu

V. chap. IV p. 141 et suiv., 154 et suiv

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trop vite. La journée de huit heures, introduite dans les industries sans la préparation qu'elle exige, à entraîné une diminution considérable de la production. J'ai sous les yeux des tableaux graphiques représentant les quantités de charbon extraites jour par jour dans une mine de Galicie : la colonne du samedi (journée de six heures) n'arrive pas au tiers de la hauteur de celle du vendredi ; celle du lundi n'en dépasse pas la moitié 5 dans les semaines qui comptent deux jours de fête, — les fêtes religieuses chômées sont très nombreuses en Pologne — , Textraction est extrêmement inférieure à la moyenne. J'ai assisté deux fois, dans une mine de charbon et dans une exploitation de pétrole, à la relève d'une équipe par l'autre : le travail était complètement arrêté pendant plus d'une heure. Si la production souffre, provisoirement, de la brusque introduction des mesures de prévoyance sociale imposées par le gouvernement, la classe ouvrière en profite très largement, et le pays tout entier y trouve une garantie de la paix intérieure. Les grèves sont assez fréquentes,

en Pologne, comme ailleurs ; j'ai été témoin de quelques unes : grèves de sympathie ou de solidarité. Elles n'avaient aucun caractère de violence ; pas de dégâts, nul acte de sabotage. L'ouvrier polonais, comme le paysan, est naturellement doux et pacifique. Un directeur de mine m'a raconté qu'au lendemain de l'indépendance, lorsque les ouvriers allemands et autrichiens furent expulsés, l'opération s'était effectuée dans le plus grand calme, sans un seul coup donné ou reçu et sans intervention de la police.

J'ai été frappé, en visitant les mines de charbon de Jaworzno, de la courtoisie presque affectueuse dont semblaient empreintes les relations entre ouvriers d'une part, directeurs et inspecpecteurs de l'autre. Dans les galeries, ou hors de l'exploitation, jamais ils ne se rencontraient sans ôter leur chapeau et échanger le salut particulier aux mineurs : « Dieu vous donne un bon travail 1 » Dès que l'ouvrier est « remonté », qu'il a passé à la salle de douche et échangé ses vêtements de travail contre des effets propres et

secs, suivant qu'il est marié ou célibataire, il regagne sa petite maison dans la « colonie » ou bien l'espèce de « boarding house » où il est inscrit. La colonie de Jaworzno, construite sur le modèle des colonies Krupp à Essen, se compose de 260 petites villas fort propres et nullement uniformes : chacune abrite une ou deux familles. Le loyer mensuel d'une famille est de six marks. L'entreprise fournit aux jeunes mariés la literie et les meubles indispensables : Touvrier en rembourse le prix par versements échelonnés ; jamais aucune retenue n*est faite sur le salaire. Les maisons de célibataires sont aménagées pour 120 ouvriers : elles comprennent des cuisines, des dortoirs et des réfectoires. L*homme paye 4 marks par mois pour son logement et 2 marks 60 par jour pour les frais de cuisine. Au centre du village s'élèvent deux bâtisses toutes neuves: Tune est la maiso7i de Réunion des ouvriers, l'autre la maison de Consommation^ qui comprend des magasins, des caves et des boutiques : là sont distribuées chaque jour, contre des cartes et des jetons, les denrées nécessaires' à la nourriture et à l'entrais

tien des ouvriers et de leurs familles : environ 16.000 personnes. Le paiement se fait chaque semaine. A la caisse d'alimentation, on me montre la cédule d'une famille de quatre personnes : sa nourriture de chaque semaine représente une dépense de 24 marks.

On comprend que le gouvernement polonais ait été amené, par réaction contre la politique suivie par l'Autriche en Galicie, par la Russie dans le Royaume, à témoigner à l'ouvrier industriel ou agricole une sollicitude particulière. Ce que l'Autriche avait surtout développé dans ses provinces polonaises, ce n'était point la prévoyance sociale, mais le socialisme dans sa forme la plus agressive : les efforts du gouvernement de Vienne n'allaient qu'à diviser les classes et à entretenir entre elles des germes d'hostilité. La Russie poursuivait le même but, mais par d'autres moyens : elle encourageait les abus de pouvoir du capital et refusait impitoyablement au travail le droit de s'organiser.

Aujourd'hui des syndicats professionnels groupent les ouvriers des villes* et des campagnes

dans toute la Pologne. Ces syndicats sont de deux sortes : syndicats socialistes et syndicats chrétiens. Les deux organisations sont parallèles et ne se combattent point l'une Tautre : en général, les jeunes ouvriers entrent plutôt dans les syndicats du P. P. S. (parti socialiste polonais), tandis que les ouvriers d'un certain âge se font plus volontiers inscrire à ceux du parti Chrétien- Social. Les ouvriers agricoles m'ont semblé plus turbulents, moins raisonnables que ceux des industries. Cependant, au moment du péril bolcheviste, ils ont spontanément fait trêve à leurs agitations et pris rengagement de ne point abandonner le travail, tant que le salut de la patrie ne serait pas assuré. Enfin l'élément le plus subversif est représenté par les organisations juives, dont Tesprit et le programme offrent un mélange bizarre d'idéalisme russe et de communisme allemand. On sait que les agitateurs juifs préconisaient une révolution simultanée en Pologne et en Russie, et il ne faut pas oublier que Rosa Luxembourg et Radek sont sortis tous les deux du ghetto de Varsovie.

A côté des syndicats, on trouve en Pologne, et surtout en Posnanie, des associations ouvrières confessionnelles et des coopératives. J'ai marqué plus haut ^ le rôle économique de ces organisations ; leur action sociale n'est pas moins importante. Il y a trois séries d'associations dites « culturelles », qui groupent respectivement les hommes, les femmes et les jeunes garçons ; des associations de jeunes filles sont en train de se former. Comme les hommes, les femmes ont accès tout à la fois aux syndicats professionnels et aux organisations culturelles. Ces dernières réunissent en Posnanie 20.000 femmes, ouvrières, demoiselles de magasin, paysannes, qui ont leurs assemblées et leurs journaux. Il faut noter que les syndicats, socialistes ou chrétiens,rassemblent les hommes et les femmes d'un même métier, tandis que les associations culturelles les séparent.

Action du gouvernement, initiative des individus ; étatisme et coopération : deux facteurs et deux méthodes qui tendent au même but, le

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