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bureau, une excursion quelque part, une réunion intime, on le pressait d’y assister, et on lui disait que sans lui la fête serait manquée. Ce n’était done pas là qu’il devait chercher le traître, se rappelant encore la grande sympathie dont chacun avait donné la preuve pendant le procès où il fut trouvé coupable, ‘‘ Nou, pas un des employés, ‘tous de mes amis,” disait-il encore, ‘n’a pu ‘{ tremper dans cette affreuse affaire, car ils affec- ‘“tionnaient tous le vieux Martin comme un ‘ père.??
Chaque soir, quand il pénétrait dans sa cellule pour y passer une nuit sans sommeil, il se laissait choir sur son humble lit et songeuit au passé. Jetant un regard inquisiteur sur tous les événe: ments de sa vie sociale, il repassait dans sa inémoire les faits les plus saillants, les dispositions, le caractère distinctif de ceux à qui il avait voué son amitié, avec qui il avait passé sa vie. Sa position au bureau du gouvernement l’avait mis en contact avec bien des gens sans qu’il les fréquentât beaucoup. De sorte que tous le connaissaient de nom, de figure, pour l’avoir vu et consulté d’nne manière tout-à-fait accidentelle, pour les affaires du bureau. Il restait encore la famille Monteil dont la jeune fille, Violette, était sa fiancée bien-aimée. Madame Monteil, vieille personne respectable et respectée, qui éprouvait toujours un plaisir sincère à le revoir et à le recevoir comme le futur époux de sa fille ; Edouard, qui l’aimait, qui s’ennuyait quand il n’était pas
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î là, auprès de Violette, et en compagnie de sa 4 vieille mère, pour les égayer par ses conversations, son chant, ses lectures.
; | Une nuit, alors que son esprit moins attentif à un sujet qui l’obsédait, mais devenu habituel et \ familier, opérait par une espèce d’automatisme, “ le sommeil se glissa dans son corps épuisé. Sur le mur de sa cellule se dessina la silhouette d’un 4 personnage recouvert d’un suaire — c’était lu- “gubre comme la mort. C’était l'ombre d’un homme, d’un trépassé qui tout en pleurant, lui “souriait avec douceur, Il reconnut Martin qui, u en le bénissant d’une main, écrivait de l’auire sur ‘le mur, en lettres de feu, le nom de Rodolphe. “ Paul voulut parler, mais l’ombre disparut... S'éveillant en sursaut et tout en nage, il s’assied “affolé dans son lit, fixa son regard sur le mur ; “il ne vit rien, tout était silencieux. J'ai rêvé,
dit-il... quel rêve... Rodolphe......et il songeait | c’est bien ce pauvre vieux Martin que j'ai Ets oui.....c’est lui......et il songeait......Rodolphe..…..c’est bien son nom qu’il écrivait en lettres de feu ?...... et pour quel motif ?....… Ro- . dolphe...…. mon ami d’enfance, presqu’un frère EE... Oh, non, ce n’est pas possible !....…. Quelle énigme, quel singulier rêve !!
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aimer un homme qui avait été assez vil pour attenter à la vie de son semblable, dans l’ambitieux espoir d’une position meilleure, Violette lui répliquait de cesser d’accuser leur ami commun et de le croire coupable par le seul fait qu’il avait été condamné.—‘ Vous, Rodolphe, qui connaissez ‘© Paul aussi bien et plus que moi, comment ne ‘ pouvez-vous pas croire À son innocence, après ‘avoir été témoin de sa vie. Rappellez-vous ‘ son bon cœur, sa sympathie, sa franchise, tout ‘le dévouement dont il n’a jamais cessé de don- ‘ ner des preuves.??
—“ Mademoiselle, Paul est mon ami d’enfance et ‘ j'ai été navré en apprenant qu’on le soupçon- ‘ nait d’une action aussi révoltante et si en oppo- ‘“ sition avec son passé ; maïs soit par aberration ‘ mentale, soit par effervessence passionnelle, la ‘ preuve démontre qu’il a grandement coopéré à ‘ ce crime, et j'ai dû me rendre à l’évidence et ‘ croire votre... notre malheureux ami, coupable ‘ du méfait dont on l’accuse.??
—‘ Rodolphe, ne soyez pas aussi cruel, je vous ‘‘ en prie, ayez pitié au moins de ma douleur si ‘€ vous savez qu’elle me navre, et n’ajoutez pas à ‘ ma souffrance celle de vous savoir accusateur ‘ vous-même, et de n’avoir plus rour Paul que ‘ du mépris.”?
—]1 n’y a pas d’accommodements avec la justice et l’honneur, mademoiselle ; il n’y à pus à transiger avec le devoir. Je puis regretter qu’un tel maiheur soit arrivé à mon ami d’enfance, j’ai du
cœur et je me souviens, mais maintenant, la seule sympathie que je ressens pour l’assassin est celle qui me donne l’espoir qu’il expie par un repentir sincère l’atrocité de son crime. L’honneur, la justice, la société nous commandent, tout nous ordonnent de ne pas douter de l’esprit de nos lois, de la sagesse des tribunaux qui l’ont condamné.
— Monsieur, vous abusez de ma faiblesse, et si vous m’estimez tant soit peu, pourquoi torturer ainsi mon cœur. Vous savez bien que j’aime Paul pardessus tout sur terre, et que persister à en dire du mal serait me rendre plus malheureuse encore. Soyez indulgent, Rodolphe, si vous saviez comme je souffre.
—C'’est peine perdue, Violette, Paul ne reverra plus la liberté, et vous vous aliénez tout le monde en vivant de son souvenir et en souillant votre honneur, en persistant à aimer du même amour un homme qui vous a déshonoré, vous et votre famille.
—Je ne vous reconnais plus, Rodolphe, comme vous êtes devenu indifférent, et dans l’ardeur que vous mettez à accuser Paul, comme vous êtes vaillant ; vos yeux jettent des flammes et pénètrent jusqu’à mon âme craintive ; votre voix accusatrice est indécise comme si les sentences s’échappaient péniblement de votre gorge desséchée.
Vous d’ordinaire si calme, vous gesticulez comme un acteur à son premier essai que le feu de la rampe énerve. Moi qui vous vis toujours avec un vif sentiment de plaisir, je crains que vous
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n’éprouviez plus ponr moi l’amitié commune qui nous unissait à Paul, et je suis si surprise de vos étranges procédés à mon égard, que je cherche, sans le deviner, le motif qui vous fait agir ainsi.
—Ah ! Violette, ne devinez-vous pas tout l’artifice que je mets dans mon langage pour vous cacher la douleur que je ressens moi-même de la perte de notre ami ?
Violette, émue et troublée, baissa ses paupières et des larmes coulèrent le long de ses joues pâlies.
—Oui, Violette, je comprends toute la grandeur de votre douleur si elle est égale à la mienne, et puisque nous étions trois amis dont les cœurs battaient toujours en harmonie, puisque notre pauvre Paul, votre fiancé, est arraché irrévocablement à votre affection, aimez-moi et vous deviendrez ainsi moins malheureuse en vous unissant à celui qui fut son meilleur ami.
— Vous m'étonnez, Rodolphe, et si j’ai bien compris, c’est...
—Que je vous adore, Violette, n’en doutez pas. Je voudrais unir ma vie à la vôtre, courir au devant de vos caprices pour les satisfaire, vous aimer toujours tendrement comme je vous aime aujourd’hui, goûter avec vous les mêmes joies, souffrir les mêmes douleurs, pleurer avec vous.
—Rodolphe, je ne suis pas insensible à la déclaration que vous me faites, car je ne puis vous dissimuler mon estime, mais pardonnez-moi ; rien
“grra combler le vide qui s’est fait dans mon .1 a: ce brisée dès son début. Vous accepter
pour mon époux serait un choix qu’approuveraient mes parents, mais ma loyauté se révolte contre une semblable détermination. Le mariage dans une pareille occasion ne pourrait me faire oublier l’idéal de mon âme dont je suis séparée par d’obscures fatalités.
Le jeune homme ne répondit pas et demeura consterné. Un moment après, un long soupir s’échappa de sa poitrine et il se leva pour partir.
—Allons, soyez raisonnable, lui dit Violette, ne prenez pas mon refus pour de l’indifférence, car tous les prétendants à ma main seront évincés, et nul autre ne pourra prendre dans mon cœur toute la place qu’y occupe Paul, mon seul et éternel amour.
—Mademoiselle, dit Rodolphe, pardonnez-moi de vous avoir fait une telle déclaration, puisque je suis éconduit à ma première tentative, mais je n’ai pu raisonner, aveuglé que je suis par l’amour. J’ose espérer que la réflexion finira par vous faire partager mes sentiments.
—Soyez indulgent, Monsieur Rodolphe, et ne m’en voulez pas ; au revoir, n’est-ce pas ?
—Au revoir, à bientôt, Mademoiselle, dit Rodolple, en prenant congé d’elle.
Violette, émue et intriguée, froissait dans ses mains une lettre qu’on venait de lui remettre.
Paul était depuis un an déjà au pénitencier, où il purgeait un crime qu’il avait toujours protesté
n’avoir pas commis, Tout Québec avait parlé pendant longtemps de cette malheureuse affaire, et quoiqu’on eût travaillé pour faire commuer sa sentence, une opinion publique s'était formée, et on croyait à sa culpabilité. L'événement faisait parti du passé, et l’on n’en parlait plus, mais Violette y pensait toujours, et en éprouvait une peine si intense que sa santé devenue chancelante mit sa famille dans l’inquiétude.
Rodolphe feignait avoir tout oublié en ne faisant aucune allusion au passé, mais les conversations attristées de la jeune fille lui tenaillaient affreusement le cœur. Un jour, elle lui témoigna beaucoup d’affection, parce qu’il s'était apitoyé avec elle sur le sort du malheureux, et elle avait pleuré de joie de ne se savoir pas seule pour exonorer et regretter son fiancé.
Rodolphe avait assez d’expérience de la vie pour savoir qu’il ne fallait pas violenter une femme qui pleure son bien-aimé, et qu’il fallait plutôt user de douceur, de sympathie et de bienveillance pour en faire la conquête, après que le temps qui guérit tout, eût cicatrisé son cœur ulcéré.
C’est sous l’empire de ce sentiment égoïste qu’il dit un jour à Violette son intention d’aller visiter le Pénitencier de St-Vincent de Paul, à sa prochaine vacance, et de procurer à leur ami tout le confort que permettrait sa condition, sans enfreindre les règles sévères de la discipline.
Violette roulant ses yeux remplis de larmes,
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lui avait pressé tendrement les mains en le remerciant...…... Elle ne devinait pas le sentiment qui dominait Rodolphe, et n’appréciant que la valeur intrinsèque de cette idée qu’elle croyait suggérée par la pitié et le regret—elle lui avait juré une amitié éternelle.
Rodolphe crut avoir trouvé le moyen le plus sûr pour arriver jusqu’au cœur de la jeune fille et de s’en faire aimer, Il résolut d’en épuiser toutes les ressources, quitte à revenir plus tard sur d’autres motifs moins habiles, si toutefois il échouaïit ............….
À la fin du mois de mai, Rodolphe, en compagnie d’autres amis, avait pris le train qui devait les conduire à St-Vincent de Paul. Le long du trajet, les voyageurs, groupés dans le fumoir d’un char dortoir, causaient du passé, et se rappelaient les différentes phases du drame sinistre qui avait mis tout en émoi la ville de Québec un an auparavant, Tous éprouvaient quelque répugnance à revoir dans son costume de détenu celui qui avait été leur ami, le compagnon de leurs jeunes années. Rodolphe ne se mêlait pas à la conversation, et retiré dans un coin, la tête rejetée en arrière, il regardait monter en spirales la fumée de son cigare.
J’hésiterais à lui parler, disait l’un ; je ne le pourrais pas, disait un autre. Et bien, moi, je le ferai, dit Rodolphe : il n’y a pas plus de honte à parler à un homme qui expie son crime dans un
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repentir sincère que de côtoyer des gens qui ont leur liberté parce qu’ils sont protégés et qui sont cependant de fieffés scélérats ! Tous s’écrièrent qu’il exagérait un peu, mais approuvèrent sa détermination de parler au prisonnier... La conversation continua avec entrain, tout en admirant de temps en temps, disséminés sur le parcours, tantôt une belle ferme, un beau paysage, tantôt une cascade, un ruisseau à l’eau limpide, serpentant dans un bois ombragé..................,...
Une flèche se dessine dans l’espace au-dessus des chênes et de hauts peupliers : c’est le geste de l’église qui garde et convie ses enfants, c’est sa voix argentine qui vibre dans les airs, rappelant à son devoir le paysan chrétien qui prie dans son champ... Le train ralentit sa course, la cloche d’alarme tinte, le sifflet résonne, et puis plus lent et... plus lent, les secousses du wagon deviennent insensibles et le train s’arrête : nos voyageurs sont arrivés à St-Vincent de Paul.
La rivière Jésus sépare cet endroit du pays de l’Ile de Montréal dont nous apercevons sur l’autre rive quelques habitations de la paroisse du Sault-aux-Récollets, bâties le long de son cours.
St-Vincent de Paul est un petit village peuplé de Canadiens-Français, peu fortunés mais vivant à l’aise, étant en cela comme la plupart de nos campagnes où les mœurs simples ignorent ou désap-
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prouvent les faux airs des exigences des villes, Les maisons y sont basses, mais confortables, les rues étroites et proprettes. Il y a de l’activité dans ce monde sans cesse au contact de tant de voyageurs que la curiosité, l’intérêt ou l’amitié amènent dans leurs murs.
Si à distance, l’église de ses bras élancés dans l’espace rassure et émeut le voyageur, une fois plus près du lieu convoité, le pénitencier avec ses murs escarpés et terribles de sévérité, les intimide et leur fait peur. Rodolphe avait hâte de pénétrer dans cette monstrueuse mais utile machine à correction. Le préfet les reçut avec gentillesse, et s’excusant de ne pouvoir les accompagner, il confia la tâche à un employé subalterne.
—Monsieur, dit Rodolphe, nous voulons tout voir si possible, et surtout les pauvres condamnés aux travaux forcés pour la vie,
—Je vous ferai tout voir, répondit le guide.
Ils avaient descendu un escalier large et bien éclairé—il faut beaucoup de lumière pour surveiller un peuple de ténèbres——-et étaient entrés dans une grande salle, Au milieu de la pièce, de longues tables alignées avec ordre, reposent lourdement sur un fond solide de brique et de granit. Des écuelles en ferblanc placées à égale distance de 2 pieds en 2 pieds, sur ces meubles nus, à l’aspect misérable d’un réfectoire de religieux qui travaillent à leur sanctification par la prière et un jeûne volontaire. C’est là que les criminels viennent dévorer la maigre ration qui calme un peu
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leur estomac affamé. Mais rien de plus ; c’est le jeûne rigoureux de l’état,
Le guide ouvrit une porte et les visiteurs sortirent dans une vaste cour, entourée de ces hauts murs infranchissables, sur lesquels des hommes armés marchent à pas lents et surveillent les mouvements des prisonniers,
Le pénitencier est imposant dans sa laideur et l’on se sent frissonner d’horreur en s’avançant au milieu de cette multitude d'êtres humains réduits au silence. Dans ce costume particulier dont deux moitiés de couleurs différentes, une rouge et une grise, les manches relevées, laissant voir des bras bien musclés, poilus et brunis, la figure indifférente et les yeux baissés comme des nonnes en prière, les uns courbés sur la pierre, travaillent sans relâche, les autres s’appliquent forcément sur le bois, ou font dans les habits ou le fer. Tous peinent sans aucune rémunération, c’est une dette qu’ils paient à la société outragée !
Les visiteurs suivaient en silence et observaient s’ils n’apercevraient pas la figure de leur ancien ami. Ils avaient fait le tour de la cour, visité les ateliers, et pas un n’avait découvert la présence du prisonnier ; il s'était cacié. Rodolphe se sentit tirer par la manche de so habit :—et Paul, dit un des amis, nous ne l’avens pas vu ?...
— Nous repasserons, dit Rodolphe à voix basse, comme s’il eut craint d’être soupçonné de mauvaise intention par le guide,
Ils étaient arrivés dans le corps de la bâtisse principale.
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La curiosité convie agréablement à observer la vie de ces hommes privés de la liberté, et malgré tout l’intérêt que peut offrir la nouveauté, les visiteurs ne se sentent pas à l’aise en longeant les longs corridors où s’alignent étroitement les ceellules pauvres des détenus, Ils entrent dans une pièce silencieuse et déserte ; des ombres fantastiques voilent leurs yeux et leur donnent la chair de poule, Ils s’approchent instinctivement les uns près des autres et sentent leur respiration devenir normale, leur cœur battre moins vite, L'on cause plus fort en questionnant le cicérone et l’on écoute moins attentivement les illusions qui se perdent dans l’espace resté vide,
Les visiteurs avaient traversé toute la bâtisse en jetant un œil timide sur les prisonniers indociles tenus sous les verrous. Arrivés à l’extrémité d’un long corridor, le guide, tournant quelques pas à sa droite, ouvrit une porte et les fit entrer : c'était la chapelle. C’est là, dans ce sanctuaire, que se dresse modeste et dégarni un petit autel, où chaque matin le prêtre immole son Dieu, en présence de toutes ces âmes criminelles, repentantes, peut-être méditant un nouveau crime. La lumière de deux cierges qui brûlent sur l’autel, vacille et éclaire l’étroit espace où le ministre de Dieu, les bras élevés au ciel, murmure les prières du saint office, pendant que les prisonniers rangés sur de longs bancs placés en arrière dans une demi obscurité, semblent prier. L’on dirait toute une communauté dans la méditation... Pour-
quoi pas ? Dieu est miséricordieux, et il n’est pas défendu à des criainels de le prier.
Revenant sur leurs pas et s’apprêtant à sortir de la chapelle, ils entendirent résonner un harmonium.
—Tiens, dit Rodolphe, vous avez de la musique ici ?
—Oui, dit le garde, c’est un prisonnier qui joue le dimanche et il est à pratiquer.
—Mais c’est nn privilégié, reprit un autre, car tout ce tem ps-là, il se repose.
— Peut-être, mais il est aux travanx forcés tout de même, ce qui est bien pénible, car c’est un excellent prisonnier.
—Quel est son nom ? dit un troisième.
— Paul Goulier.
—Paul Goulier ! s’écrièrent les quatre amis.
—Oui, le connaissez-vous ? dit le guide en les regardant.
Rodolphe, pâle, n’avait pu dompter sa physionomie devenue agitée. Les autres fixaient, hébétés, l’endroit d’où venaient les sons, réalisant avec angoisse la courte distante qui les séparait de celui qui avait été leur camarade. Rodolphe, retrouvant son énergie, répondit : Oui, nous le counaissons, il est de Québec et nous aussi.
— Vous pourrez le voir dans quelques minutes, il sera à son travail...
—Que fait-il ?
—Ï1 taille la pierre, dit le guide...
—Pauvre garçon, murmura Rodolphe..........….
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