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vu par tous ses camarades de collège, pour qui il était affable, sympatiq , mais on le blâmait quelque fois de se trop tenir à l’écart. Il se retirait dans quelque lieu solitaire ; 1à, plongé dans Chateaubriand, Lamartine ou Musset, il passait ses récréations et les jours de congé à rêver, à prendre des notes,
Violette avait quitté le couvent après beaucoup d’hésitations et contre les conseils de son directeur de conscience, qui d’abord la crut destinée à la vie religieuse, Mais dans une retraite qu’elle tit à 1: fin de sa dernière année, son directeur conclut qu’il était dangereux, impratiquable de vouer son corps au service de Dieu et de laisser son cœur à celui qu’elle aimait ; elle sortit, Paul était entré au ministère des Travaux publics, et attendait avec impatience le moment qui lui permettrait d’unir sa vie à celle de sa bien-aimée, Tout semblait leur sourire et favoriser leur amour, Violette avait déjà 20 ans, se faisait de jour ei jour plus belle et plus aimante, Paul avait alors 22 ans, et passionné pour l’étude de la littérature, de la philosophie dont il prenait ses modèles dans Hugo, Montaigne et Pascal, il était devenu sérieux, et avait habitné sa fiancée à une logique sévère. Ils se voyaient souvent, faisaient des lectures qui leur profitaient toujours ; ils étudiaient courageusement dans l’espoir d’un avenir plus beau, d’un hymen plus ‘approché. Les choses en étaient là quand Paul fut traduit devant les tribunaux et condamné.
C’est avec un sentiment d’horreur que Paul entendit prononcer sa sentence. Cet événement si étranger à sa vie simple et régulière le prit tellement par surprise qu’il troubla l’équilibre du malheureux paï sa sévérité.
Les premiers jours passés au pénitencier, ne pa- ‘aissant pas réaliser son nouvel état, il marchait machinalement à son travail avec l’inconscience d’un somnambule. Le soir, quand les détenus se retiraient dans leur cellule, il se jetait tout vêtu sur son lit et divaguait dans la nuit, Après un court sommeil, qui reposait son esprit, il se réveillait et plongeait avec épouvante ses yeux égarés dans le vide sombre et silencieux de sa cellule ; il réalisait alors le malheur qui le frappait, cherchaïit à comprendre comment une telle erreur avait pu être commise — car il se disait innocent — de qui il devait être la victime. Il repassait dans sa mémoire tous les noms de ses amis, deses parents, de ses compagnons de bureau, et s’arrêtait sur chacun, examinant les circonstances qui les lui faisaient rencontrer et qui lui rappelleraient des incidents louches, des conversations étranges, des mots blessants, des propos acerbes ; quelque chose enfin qui pût l’éclairer et faire planer des soupçons. Sa pensée distraite se reportait d’instinct vers l’acte tragique où le bon vieux Martin avait trouvé la mort. Martin, qu’il avait toujours estimé, pour qui il avait eu le respect qu’on doit
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