A LA MEMOIRE DE CHARLES GILL
Je veux chanter pour toi l'éloignement du monde. Je ne méprise rien, mais je constate enfin Que le pauvre poète a toujours soif et faim Du grand rêve entrevu par son âme profonde.
Et je comprends aussi que dans sa nuit féconde Il puisse s'éloigner de nos tristes confins, Pour cherche vainement, l'azur des séraphins, Pour oublier le froid de la planète ronde.
Or, comme toi je sais que tout est vain
Consolant mes espoirs dans la bonté des songes, Puisque nos vérités sont souvent des mensonges'
Croyons, de parti pris, dans le néant divin. Loin des terrestres maux, du moins, croyons aux
[anges.
Que ton âme s'élève au dessus de nos fanges !
Je ne t'oublierai pas, j'en jure sur ta tombe. Toi qui fus incompris, je te comprends très bien; Que^l'on m'appelle fou, qu'on me traite de rien, Je t'écrirai quand même à l'heure où le soir
[tombe
Est-il une autre vie à l'instant qu'on succombe ? Quand on quitte la terre est-il un autre bien ? Que ne me réponds-tu si ton coeur se souvient ? As-tu vu quelque flamme en forme de colombe ?
Moi je veux croire encor tout ce que Ton me dit,
Mais j'ai jeté, tu sais, bien des rêves au fleuve:
Je prends les oui, les non, mais sans courrir aux
[preuves.
Et, pour garder ma foi, je me plie aux on-dit
Mais si tu me parlais autrement qu'en mes rêves, Je me consolerais, fut-ce qu'une heure brève.