CHAPITRE XI
Depuis sa dernière entrevue avec sa femme, — cette entrevue que Souscarrière était venue interrompre, — Louis d'Ëstelan n'avait pas donné signe de vie.
Ni Madeleine, ni M. de Maugars, ni Bautru, ni le colonel n'avaient entendu parler de lui.
Et ce n'était certes pas faute de s'être informés de ce qu'il faisait.
Pas Madeleine, qui ne prononçait jamais son nom,, quoiqu'elle pensât beaucoup à lui ; mais le comte avait chargé son vieil ami d'ouvrir une enquête discrète sur l'existence que menait son gendre, et l'infatigable Souscarrière s'était renseigné tant qu'il avait pu.
A vrai dire, il avait accepté là une mission difficile, car d'Estelan manquait de relations dans le monde parisien, et les journaux, qui s'étaient tant occupés de lui, ne s'en occupaient plus du tout.
Métel lui-même, Métel toujours si bien informé, Ignorait ce qu'il était devenu. Métel, adroitement questionné, avait répondu que M. d'Estelan n'était plus chez. M. Aubijoux, depuis que madame Aubijoux était rentrée au domicile conjugal. Il n'en savait pas davantage et U supposait que la malheureux mari de mademoiselle de Maugars avait quitté Paris.
Souscarrière, d'ailleurs, était horriblement gêné pour demander des nouvelles d'un homme dont les tristes aventures avaient eu pour point de départ un mariage qui touchait de près l'oncle et le neveu.
Guy l'était encore bien davantage. Il tenait à cacher ses chagrins de cœur aux indifférents, et il lui en eût trop coûté de s'enquérir de son rival, comme on s'enquiert d'un ami disparu.
Son oncle aurait pu s'adresser à ce brave commissaire aux délégations, qui lui avait appris beaucoup de choses, lorsqu'il était allé le voir dans son cabinet de la Préfecture.
Le prétexte pour se présenter à son audience était tout trouvé. Il ne s'agissait que de lui rappeler l'arrestation de Rangouze qui était due à l'initiative du colonel et qui avait amené la mise en liberté du prévenu Vallouris,
La police se pique de tout savoir; elle ne devait pas avoir si vite perdu de vue un homme qu'elle avait cherché si longtemps et qu'elle pouvait avoir besoin de retrouver un jour ou l'autre, car il devait être appelé à déposer dans le procès de l'usurier- voleur.
Mais ce moyen répugnait beaucoup à Souscarrière. Mettre un magistrat dans la confidence des inquiétudes du comte de Maugars, aller réclamer un mari égaré comme on réclame un chien perdu, c'était une démarche pénible et même imprudente, car elle réveillerait infailliblement le souvenir de certains faits qui intéressaient la réputation de ses amis.
Il avait pensé aussi à Marins Guénégaud qui lui avait donné un si précieux concours, en revenant, de Bougival à franc- étrier. Ce Marseillais canotier n'y aurait pas regardé de si près, n'ayant aucune raison de se tenir à l'écart dans une affaire qui ne pouvait pas le compromettre. Il devait même être en bonne odeur auprès des agents qu'il avait aidés à mettre la main sur un coquin recherché par l'administration.
Marius était homme à tout faire. Marius n'aurait pas mieux demandé que d'opérer lui-même, moyennant récompense. Il se serait mis très volontiers en chasse afin de retrouver d'Estelan. Cet exercice rentrait dans son ancienne spécialité, Rangouzel'ayant souvent lancé jadis sur la pi^e de débiteurs récalcitrants. Actif et audacieux, il n'avait pas son pareil pour gagner la confiance des conpierges et pour se faire ouvrir toutes les portes. Ce garçon-là était né pour être reporter dans un journal.
Malheureusement, Marius n'était pas venu recevoir les compliments et Ja gratification du colonel, qui ne l'avait plus revu depuis le soir où il s'était illustré en prenant une part importante à la capture de son patron.
Marius ne travaillait guère quand il avait de l'argent, et il devait être occupé à dépenser le reste du billet de mille francs que lui avait alloué M. Aubijoux.
Où logeait-il, si tant était qu'il logeât quelque part ? Souscarrière n'en avait pas la plus légère idée. Marius avait sans doute établi son quartier général dans un estaminet borgne et Souscarrière, qui ne fréquentait pas les bouges, avait bien peu de chances de le décou« vrir.
Il y aurait bien eu un moyen de le dénicher. M. Aubijoux qui le protégeait devait connaître son adresse, et même très probablement celle de d'Estelan. Mais l'oncle de Guy de Bautru ne se souciait pas d'aller troubler les félicités du financier fraîchement raccommodé, avec sa femme, et encore moins de l'initier aux préoccupations intimes du comte de Maugars.
^es relations avec M. Aubijoux étaient un peu tendues depuis quelque temps pour plusieurs motifs :
D'abord le millionnaire du boulevard Montmorency n'avait pas été très content d'apprendre que le neveu du colonel devait servir de témoin àBusserolles.
Bautru s'était dégagé plus tard, mais il n'en tenait pas
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moins le parti d'an homme que le mari de madame Aubijoux n'aimait ni n'estimait.
Ensuite et surtout, ce mari était déToué à d'Ëstelan, qui n'avait pas à se louer de M. Souscarrière, quoiqu'il lui dût en partie d'être libre. D'Eslelan n'aTsil certes pas. manqué de raconter à M. Aubijoux comment M. Souscarrière l'aTait reçu dans une des salles à manger du Grand-Hôtel. D'Ëstelan était en hostilité déclarée avec Souscarrière et les siens. Il pouvait fort bien avoir recommandé à son ami de ne pas leur indiquer sa nouvelle demeure et de leur cacher ses projets.
Souscarrière devait donc craindre d'être mal reçu s'il s'avisait de questionner M. Aubijoux, et il préférait ne pas s'exposer à un affront.
Il résultait de tout cela que la fâcheuse situatioD de Madeleine ne s'était pas améliorée. Elle avait même plutôt empiré, quoiqu' aucun incident ne se fftt produit après la rencontre avec Frédoc. Madeleine et son père vivaient dans des incertitudes de toute sorte, et l'incertitude est le pire de tous les maux. Madeleine et son père ignoraient encore les intentions de d'Ëstelan et celles de Frédoc.
D'Ëstelan allait-il réclamer sa femme? Frédoc alkdt-îl réclamer sa fille? S'étaient-ils mis d'accord pour l'arracher à son père adoptif, ou bien au contraire allaientils se tourner l'un contre l'autre, et vider leur différend particulier sans consulter la principale intéressée? Se préparaient -ils à se la disputer les armes à -la main?
Quel que fût le vainqueur, M. de Maugars était menacé dans son affection la plus chère, et il aurail bien voulu ne pas attendre l'issue du combat. Tout était prêt pour un départ sans esprit de retour, lorsque deux rencontres dues au hasard étaient venues y mettre
^tacler
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Maintenant que Madeleine était instruite des malheur» immérités de son mari, elle ne voulait plus partir sans qu'il Ty autorisât. Elle considérait que son devoir Tobligeait à obéir à ce mari qu^elle avait, sans le savoir et sans le vouloir, gravement offensé.
Ses sentiments à regard de son père n'était pas précisément les mômes. Entre Frédoc et M. de Maugars, elle n'hésitait pas. Mais elle déplorait le sort qui la forçait à opter; elle plaignait de tout son cœur le pauvre égaré qui l'avait persécutée. Elle passait ses jours et ses nuits à pleurer, attendant un ordre de Louis d'Estelan, comme un condamné attend le rejet de son pourvoi.
Elle ne parlait jamais de Guy, elle évitait môme de prononcer son nom, mais elle ne l'avait pas oublié, et le souvenir de l'espoir évanoui n'était pas la moins cruelle de ses douleurs.
Le comte n'avait rien négligé pour la faire revenir sur la décision qu'elle avait prise de rester à Paris. Il lui avait représenté qu'en restant elle s'exposait à un danger qu'il dépendait d'elle d'éviter ; que la résignation et la patience ont des bornes. C'était bien assez, disait-il, qu'elle eût fait acte de soumission. Son mari n'avait pas le droit de la laisser dans le doute. Qu'il la reprit ou qu'il renonçèt à elle, il fallait qu'il s'expliquât. Elle n'était pas tenue de se mettre au régime du bon plaisir, de rester indéfiniment sous une épée de Damoclès.
Et, au surplus, tout indiquait que d'Estelan avait pris le parti le plus sage, et qu'il ne reparaîtrait jamais. Il avait compris, sans doute, que sa femme ne pouvait plus l^aimeret qu'au lieu delà réclamer, le Code à la main, il valait mieux agir en galant homme, se retirer sans mot dire, et s'en aller chercher ailleurs un bonheur que la fatalité lui avait enlevé.
En disparaissant, il avait probaMement voulu montrer à Madeleine qu'il lui rendait sa liberté.
Mais Madeleine ne goûtait pas ces raisonnements. Elle s'obstinait à prétendre que son devoir était tout tracé, qu'elle appartenait à Thomme dont elle portait le nom et que cet homme était le maître de disposer d'elle.
Souscarrière l'avait appuyée dans une certaine mesure. Il n'admettait pas qu'elle fût obligée d*attendre toujours qu'il plût à d'Ëstelan de lui signifier sa volonté ; mais il était d'avis qu'il fallait donner à d'Estelan un certain délai.
La loi accorde un. an pour réclamer un trésor perdu; il était juste d'accorder un mois à d'Estelan pour réclamer sa femme.
Et l'opinion de Souscarrière avait fini par prévaloir. Le comte avait consenti à remettre au mois suivant l'embarquement sur le paquebot de Saint-Nazaire, où son passage et celui de Madeleine étaient déjà retenus.
Le châtelain de La Bretèche crut pouvoir profiter de cette trêve pour aller faire un tour dans ses domaines.
Il y était appelé par des affaires pressantes.
Des voisins mal pensants avaient mis le feu à ses bois et il en était pour quelques hectares de taillis brûlés. Un violent orage avait lézardé une des tours du manoir, une tour transformée en pigeonnier, et cette construction féodale menaçait de s'écrouler, si un architecte habile ne venait pas la soutenir. Les braconniers, enhardis par l'absence du colonel, fusillaient les chevreuils dans les réserves et venaient tendre des collets jusque dans les allées du jardin potager.
Pour remédier à tous ces désordres, il fallait Tœil du maître, et ce maître avait de plus à s'entendre avec le notaire du canton, à propos de certains trous creusés par Guy de Bautru, au temps où il n'avait pas encore mis bas l'équipage du diable, et bouchés récemment avec les économies de l'oncle providentiel.
Souscarrière était donc parti pour l'Anjou et se proposait d'y passer une semaine.
Rien ne lui faisait prévoir que le repos de ses amis dût être troublé pendant ce court voyage. Il laissait Madeleine et le comte de Maugàrs dans des dispositions d'esprit un peu plus calmes. D'Ëstelan continuait à faire le morty et Frédoc aussi.
Frédoc était devenu invisible depuis la scène du square de la Trinité. Aurore, la négresse, avait disparu de son domicile de Montmartre. Peut-être son ancien maître l'avait-il séquestrée.
Quant à Bautru, il vivait dans la retraite la plus absolue, en attendant le jour de son départ pour Alger, fuyant ses anciens compagnons de plaisir et s'abstenant, par délicatesse, de toute espèce de rapports avec M. de Maugàrs, comme il s'était abstenu, par respect pour les conseils de son oncle, de toute démarche qui touchât, de près ou de loin, au mari de mademoiselle de Maugars.
A ce régime, il avait perdu sa gaieté, et sa santé commençait à en souffrir. Il gardait la chambre depuis deux jours, lorsque Souscarrière prit le chemin de fer de rOuest. Mais son indisposition ne paraissait pas grave, et il avait lui-même engagé son oncle à partir.
D*ailleurs,^ le télégraphe était là, M. de Maugars et Bautru n'auraient eu qu'*à envoyer une dépêche pour rappeler Souscarrière, s'il était survenu quelque événement imprévu.
Et six jours après le départ du colonel, il n'en était encore survenu aucun dans la maison du comte. On y vivait dans une paix profonde, une paix attristée, il est vrai, par de douloureux souvenirs bien plus que par l'inquiétude, car le père et la fille commençaient à se rassurer; le père surtout, qui s'était persuadé peu à peu que d'Estelan avait quitté Paris, et que Frédoc, désespéré, ne tarderait pas à en faire autant.
M. de Maugars se trompait. Frédoc songeait à- toute autre chose qu'à s'exiler, et d'Estelan, que Souscarrière
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avait tant cherché, habitait aux environs de la place de la Trinité.
D'Estelan aurait pu continuer à occuper le pavillon mis à sa disposition par M. Aubijoux, mais il ne s'y trouvait plus assez libre de ses mouvements, et il était tout simplement rentré dans son appartement de la rue de Rome, pensant avec raison que personne ne s'aviserait de venir le chercher là.
' Cet appartement, loué et meublé peu de temps après son mariage, ne lui rappelait que la catastrophe qui avait suivi. Madeleine n*y était venue quune fois, poar le visiter et, lui, n'y avait jamais couché, quoique sa maison fût toute montée au moment où il avait été obligé de fuir. ^
Les domestiques, congédiés par M. Aubijoux, n'y étaient plus, mais les meubles y étaient toujours, et d'Estelan avait bien le droit de s'y établir à sa guise. | Il en avait donc, repris possession, au grand ébahissement du portier, qui connaissait les mésaventures de son locataire et qui ne s'attendait pas à le revoir.
Il y vivait, seul, n'ayant voulu pour le servir qu'une femme de ménage, qui venait lui préparer ses repas, et il n'y avait encore reçu que M. Aubijoux, Fami resté fidèle^ Tunique confident de ses peines et de ses projets.
Assurément, il ne comptait pas mener longtemps cette existence farouche, et si elle n- avait pas déjà pris fin, c'est qu'il voulait, avant de s'occuper de l'avenir, régler le compte du misérable auquel il devait tous ses malheurs.
A quoi bon arrêter une décision quand on n'est pas sûr du lendemain? D'Estelan espérait bien tuer son adversaire, mais son adversaire pouvait aussi le tuer. Le duel qu'il cherchait avec ardeur primait donc tout, et ce duel semblait le. fuir.
Le jour oit Souscarrière lui avait appris "que le dénon«
iateur, Tennemi, c'était Frédoc, d'Estelan avait couru liez cet homme, mais il n'était pas arrivé jusqu'à lui.
Prédoc avait défendu sa porte, et sa gouvernante affirlait qu'il gardait le lit par ordonnance du médecin.
D'Estelan, après bien d'autres tentatives, ne se tenant as pour battu, lui avait écrit une lettre où il lui reprobait, dans les termes les plus violents, son infâme conuiie, et où il le provoquait, en le menaçant de le soufeter dans la rue, s'il lui refusait satisfaction.
Frédoc ne lui avait pas répondu, et d'Estelan, exaspéré, s préparait à exécuter sa menace. Mais il n'était pas isé de rencontrer Frédoc, qui ne se montrait nulle part, t d'Eslelan songeait à mettre des espions à ses trousses, fin de savoir où cet homme allait lorsqu'il lui arrivait le sortir.
Un matin qu'il attendait quelqu'un que M. Aubijoux levait lui adresser pour faire cette besogne, on sonna à a porte. Il alla ouvrir lui-même et il se trouva en face Tune personne qu'il n'attendait pas du tout.
Cette personne était une négresse bizarrement accourée.
Il pensa d'abord qu'elle se trompait, mais cette femme, ans attendre qu'il l'interrogeât, lui dit qu'elle avait une îttre à lui remettre et qu'elle venait de la part de l. Frédoc.
Lorsqu'il entendit prononcer ce nom, d'Estelan treslillit d'aise et n'eut rien de plus pressé que de demaner cette lettre qui contenait sans doute un cartel, avec ssignation d'heure et de lieu.
^ Il faut que je vous parle avant de vous la donner, dit
négresse.
Cette réponse et la prétention qu'elle énonçait surpri-
mt d'Estelan, mais il aurait accepté bien d'autres con-
itions pour connaître la tardive épîti^e de son ennemi,
; il fit entrer la noire messagère.
— Vous êtes au service dé M. Frédoc?lui demaiida-t>il„ quand il Teut conduite dans la pièce où il se tenait de préférence : un grand cabinet de travail attenant à la chambre à coucher.
— Non, murmura-t-elle, en le regardant avec une attention singulière.
— Qui êtes-vous donc ?
— Je m'appelle Aurore.
— Votre nom ne m'apprend rien. Est-ce que vous me connaissez?
— Je vous ai déjà vu. Mais, vous, vous ne m'avez jamais vue? Je vous apporte une lettre.
— De M. Frédoc, vous me l'avez dit. Pourquoi n'est-il pas venu lui-même ?
— Parce qu il est malade... très malade.
— Encore I II y a bien des jours qu'il met en avant celle prétendue maladie.
— Il s'est couché hier... et peut-être qu'il ne se relèvera plus.
— Alors, je ne devine pas pourquoi il vous envoie. Montrez-moi cette lettre. Je n'ai pas de temps à perdre.
Aurore hésita un instant, mais enfin elle se décida à tirer de son corsage un pli carré, et elle le tendit à d'Es-" telan qui se hâta de l'ouvrir et de lire.
Il y avait ceci :
« Monsieur, je vous ai évhé longtemps, j'ai refusé de! vous recevoir. Je savais que vous veniez me demander une réparation par les armes, et je me croyais engage avec M. de Maugars. Maintenant je suis libre; M. de Maugars se retire. Mais je suis retenu chez moi par une indisposition très grave, et j'ai à vous apprendre des choses que je n'ai pas la force de vous écrire. Il est absolument nécessaire que vous connaissiez notre situation
réciproque et que je connaisse, moi, les résolutions que vous allez prendre quand vous la connaîtrez.
» Je ne sais si vous consentiriez à venir me voir. La femme qui vous remettra ce billet vous dira tout et me rapportera votre réponse.
» Vous pouvez croire au récit qu'elle vous fera et lui parler sans réticences. Elle est interressée à ne pas mentir et à garder tous les secrets. Vous n'en douterez pas quand vous saurez quel rôle elle a joué dans une histoire qui nous intéresse tous les deux. »
D'Estelan, fort peu éclairé par la lecture de ce message énigmatique, interrogea des yeux la négresse.
— C'est moi qui ar nourri Madeleine, dit-elle, sans autre préambule.
— Vous ? s'écria-t-il.
— Oui, moi. Je l'ai nourrie de mon lait et je ne l'ai pas quittée pendant les dix premières années de sa vie. Je suis revenue en France avec elle.
— Gomment se fait-il que je ne vous aie jamais rencontrée dans la maison de M. de Maugars?
— Le comte de Maugars m'a renvoyée de chez lui.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il me craignait. J'en savais trop long. J'aurais pu parler. Le comte avait tort. Je me serais tuée. J'aimais trop Madeleine pour lui nuire par une parole imprudente. Et c'est parce qu'on m'a chassée que j'$ii laissé échapper le secret.
— Quel secret?
— Le secret de sa naissance. Madeleine n*est pas la fille du comte de Maugars.
— Vous mentez, et l'homme qui vous a soufflé ce mensonge, c'est l'homme qui vous envoie, c'est M. Frédoc.
— Khomme que vous venez de nommer est le père de Madeleine. Je ne mens pas, je vous le jure. J'étais là quand le comte a pris l'enfant qui n'était pas à lui.