CHAPITRE PREMIER
L'organisation de la Pratique
de l’Hygiène Mentale
Si l’on reproche, parfois, à l’expression aujourd’hui courantc d'Hygiène Mentale, son extension trop vaste et son caractère trop vague, c’est parce que l’on n’est pas suffisamment attentif à l'intérêt fondamental qui doit être porté à la conception théorique et pratique de lunité du vaste domaine qui s'offre aux applications d’une science et d’un art expérimental de l’équilibre humain.
La médecine psychologique, encadrée comme toutes les branches de la médecine par les activités de prévention et de post-cure, ne représente que l'aspect psychopathologique et rééducatif de l’'Hygiène Mentale, au service de tous les déficients et inadaptés psychiques, auquel doit faire pendant un aspect psychophysiologique et éducatif, au service d’un meilleur épanouissement de l'enfant et de l’homme dans la vie sociale.
Un autre grand mérite de l’expression d'Hygiène Mentale, c’est qu’elle permet de substituer à une conception médicale trop restreinte de sa pratique une conception plus adéquate, qui en fait le point de rencontre de toutes les disciplines qui ont l’homme pour centre et pour chjet.
L'organisation de la pratique de Hygiène Mentale comportera un jour la mise en œuvre d’un ensemble de dispositions et d’organismes techniques dont l’objet sera d’aider l’homme normal à améliorer sa vie individuelle et sociale. Divers mouvements tels que l'orientation et la sélection professionnelle permettent d’entrevoir le développement considérable que l'avenir réserve, sans aucun doute, à cette branche de l’'Hygiène Mentale.
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Dans ce travail, nous n’envisagerons que la branche psychopathologique de l’'Hygiène Mentale et nous n’emploierons cette expression que dans ce sens limité.
L'organisation de la pratique de l’'Hygiène Mentale limitée à sa branche pathologique ne répond pas seulement à une entreprise d'équipement en organismes spécialisés ; elle soulève des problèmes beaucoup plus généraux dont la solution doit être simultanément envisagée et poursuivie,
Depuis une dizaine d’années se manifeste en France, dans divers domaines se rattachant à l’Hygiène Mentale, un important effort de réalisation.
Nos grandes Administrations de la Santé Publique et de la Population, de l'Education Nationale et de la Pénitentiaire, rivalisent d’ardeur novatrice et s'efforcent de promouvoir dans leurs secteurs respectifs la réalisation d’un équipement adapté aux exigences du progrès des conceptions et des techniques.
Cet effort visiblement efficace s'exerce principalement sur l'équipement matériel en organismes spécialisés et sur une formation, mieux définie et plus perfectionnée, de leur personnel technique.
Sous cette impulsion, des progrès fort appréciables ont été réalisés dans un laps de temps relativement très court et tout permet d'avancer que l'ère de ces réalisations décisives ne fait que commencer.
Chacune de ces administrations a préconisé ou préparé des programmes d'équipement ou de formation de ses techniciens avec un souci évident de certaines grandes réalités. En matière d’équipement, par exemple, il a été judicieusement admis partout que le dispositif départemental retenu comme base d'organisation devait être complété par des organismes interdépartementaux pour toutes les catégories de sujets dont le recrutement ne pouvait être assuré que par une zone territoriale élargie,
En matière de formation des techniciens, on a également admis partout qu'une information générale étendue devait toujours compléter la stricte formation professionnelle ; et chaque administration n'a pas manqué de prévoir, pour assurer le bon fonctionnement de ses organismes particuliers de formation professionnelle, la collaboration de toute la gamme des spécialistes qualifiés.
D'autres grandes réalités ont été également perçues, mais leur
solution plus délicate a paru devoir être différée ou abordée avec plus de circonspection.
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Nous voulons faire allusion d’abord à cette exigence de la pratique de Hygiène Mentale dans tous ses domaines, qui implique la mise à contribution, simultanée ou successive, de techniciens de diverses disciplines tels que : médecins, psychologues, pédagogues, éducateurs, artisans de l’entraide et de la réadaptation sociale.
Aucune autorité administrative n’a cru pouvoir aborder cette réalité de front et dans son ensemble, se contentant d'adopter des solutions fragmentaires et attendant sans doute, pour le reste, que puissent être dégagées d’une pratique plus prolongée des directives plus précises.
Nous voulons évoquer, en outre, un des problèmes les plus particuliers à la pratique de l’Hygiène Mentale : celui qui est posé par la nécessité d’avoir fréquemment recours à des mesures de protection, d'encadrement ou de tutelle.
Nul n’ignore l’opportunité si fréquente des mesures de contrainte pas plus que lutilité, plus générale, des mesures d’entraide ou d'assistance sous contrôle.
La difficulté tient ici à l’intervention nécessaire du législateur. Ce qui retient l'attention, là encore, c’est que le législateur est sollicité d'apporter à une question d'ordre général des solutions partielle et fragmentaires, comme si l’on hésitait à adopter une vue synthétique des problèmes de la pratique de l'Hygiène Mentale.
Il est possible qu’une telle hésitation trouve une partie de son explication dans la vitalité persistante des particularismes administratifs et même techniques ; il semble surtout que lon ne soit pas encore parvenu à une conception unitaire de l’'Hygiène Mentale et de sa pratique.
Un effort dans ce sens, dont l'importance doit être soulignée, a été tenté et poursuivi sous l’égide de la Santé Publique, qui s’est employée à unifier la pratique de l’'Hygiène Mentale de l'Enfance en concevant et en utilisant un instrument coordinateur, représenté par les Associations Régionales de Sauvegarde à l’enfance et à l’adolescence inadaptées. Il faut louer cet effort dans toute la mesure où il a été et où il peut être fécond.
Il répond cependant à une conception trop étroite ou insuffisamment audacieuse, d’où découle la séparation artificielle et regrettable de l’'Hygiène Mentale de l’enfant et de l’'Hygiène Mentale de l’adulte.
Pour avoir consenti à isoler le problème de l’enfance, on a accepté de fragmenter le problème de l’'Hygiène Mentale et l’on a renoncé, par là même, au magnifique essor qui aurait pu être donné d'emblée à l’Hygiène Mentale tout entière à la faveur précisément de l'intérêt suscité par les problèmes de l'enfant.
L'originalité et sans doute le mérite des promoteurs de l’organisation de la pratique de l’Hygiène Mentale dans la Région du Centre a été de tenter, sous leur responsabilité et dans un secteur
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limité, une expérience d’unification plus large, destinée dans leur
. S # , CF esprit à servir la cause, qui leur parait essentielle, de lunité de l'Hygiène Mentale.
Avant de donner un aperçu sur les modalités de cette action locale, nous dirons rapidement sur quelles données principales peut être rationnellement fondée l'unité de la pratique de l'Hygiène Mentale.
L'unité de la pratique de l’'Hygiène Mentale paraît pouvoir être fondée sur l'originalité de son objet — sur la conception et l’organisation d’une pratique médico-psychologique élargie — sur l'ideantité de structure des dispositifs d'assistance — sur l’opportunité des mesures de protection et de tutelle,
L'originalité de l’objet de l’Hygiène Mentale répond à la généralité de l’'anomalie psychique ; son champ d'action s'étend, sans aucun artifice, de la déficience intellectuelle bénigne et du trouble caractériel léger jusqu'aux anomalies graves de développement et jusqu’à la délinquance en passant par les affections mentales proprement dites.
I doit être précisé, en outre, que les techniques médicopsychologiques de l’'Hygiène Mentale doivent être mises au service de tous les prédisposés par le fait de leurs infirmités physiques ou de la précarité de leurs conditions sociales, que leurs attributions s'étendent notamment à la surveillance du développement et de adaptation sociale des déficients sensoriels (aveugles et sourdsmuets) et à la surveillance du développement des orphelins et autres déshérités sociaux.
Si l'unité de l’objet de l'Hygiène Mentale se dégage de la nature des choses, l'unité de sa pratique ne peut être assurée que par l'adoption généralisée d’une organisation technique adaptée à son exercice,
Du point de vue technique, la pratique de l'Hygiène Mentale correspond à un art qui n’est pas exclusivement médical et qui exige la mise à contribution de compétences et d'activités tout aussi essentielles, d'ordre psychologique, pédagogique, éducatif, social et même moral.
I ne paraît pouvoir être satisfait à cette exigence que par la conceplion el la mise en œuvre d’une pratique médico-psychologique élargie qui admettra l’organisation d’une coopération technique constante fondée sur l'inspiration médicale.
Dans tous les domaines de l’'Hygiène Mentale, l'exercice des activités techniques devrait toujours, pour correspondre à l’originalité de leur objet, être assuré par une équipe organisée de praticiens.
I découle de cette conception qu’une formation complémentaire
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spéciale, commune à toutes les catégories de techniciens spécialisés et susceptibles de créer entre eux le lien organique nécessaire à lcur coopération de chaque jour, devrait être prévue et organisée.
Il serait dès lors du plus haut intérêt, pour la concrétisation ct le développement de l’unité de l'Hygiène Mentale, que cet enseignement soit dispensé dans des /nstituts Spéciaux, véritables Instituts d'Université, aux activités desquelles seraient appelés à participer des représentants qualifiés de toutes les Facultés et des praticiens de toutes les disciplines professionnelles requises.
Les ressortissants de l’'Hygiène Mentale se trouvent, en raison de nécessités rationnelles ou administratives, répartis en un certain nombre de catégories ou de secteurs d’assistance dont le nombre peut être, sans trop d’arbitraire, fixé à six, à savoir :
L'enfance abandonnée, L'enfance inadaptée, Les déficients sensoriels, Les déficients mentaux, Les névropsychopathes, Les inadaptés sociaux.
Il est remarquable de constater la véritable uniformité des dispositifs rationnels qui répondent aux exigences techniques de ces divers secteurs d'assistance.
En effet, qu’il s’agisse de l’organisation de l'assistance à l’enfance abandonnée, à l’enfance inadaptée ou déficiente, aux névropsychopathes ou aux inadaptés sociaux, le dispositif rationnel
comportera toujours : des organismes de dépistage — d'accueil et d'observation — des organismes de cure — d'éducation ou de rééducation — des organismes d'adaptation où de réadaptation sociale.
Le problème juridique de la protection et de la tutelle est, lui aussi dans une très large mesure, un problème commun à tous les ressortissants de l’'Hygiène Mentale, au point qu’il paraît tout à fait désirable de le résoudre par un texte législatif d'ensemble et même par une institution unique, détentrice de l'autorité de tutelle et dispensatrice de toutes ses modalités d'applications.
Nous donnerons quelque développement à cette importaate question dans un des chapitres de ce travail.
Dans la Région du Centre, l’unité de l’'Hygiène Mentale et de sa pratique a été érigée en principes fondamentaux qui ont servi de fil conducteur à l’entreprise poursuivie. Ils ont été généralement compris, admis et acceptés comme des facteurs d’activation, de
cohésion et de progrès.
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La constitution d’une Société d'Hygiène Mentale marqua le début de cette entreprise.
La Société d'Hygiène Mentale du Centre, créée en janvier 1947 par M. DELauxay, préfet du Puy-de-Dôme et M” DELAUNAY, ancien membre de l’Assemblée Nationale Consultative, a été conçue comme un instrument destiné à favoriser, dans la Région Sanitaire de Clermont-Ferrand, comprenant les départements du Puy-de- Dôme, de l'Allier, du Cantal, de la Haute-Loire et de la Lozère, le développement de l’'Hygiène Mentale et l’organisation de sa pratique:
Instrument efficace de propagande et d'action, la Société d'Hygiène Mentale du Centre a bénéficié d'emblée de tous les appuis locaux, elle est parvenue en quelques années à recruter des milliers d’adhérents et à susciter l'intérêt du grand public.
Elle s’est efforcée tout d’abord de procéder au rassemblement des techniciens spécialisés de toutes disciplines et de toutes obédiences administratives.
Les cadres généraux de ce rassemblement, prévus par les statuts, correspondent aux six groupes professionnels suivants : 1°" groupe professionnel. Justice, tutelle et préservalion sociale.
2° groupe professionnel... Assistance aux mineurs.
3° groupe professionnel... Neuro-psychiatrie.
4° groupe professionnel... Psychologie appliquée.
»° groupe professionnel.. Pédagogie spéciale et rééducative.
6° groupe professionnel.. Hygiène Sociale. - Entraide et réadap-
tation sociale.
Cet acte initial fut aussitôt complété par la détermination des tâches particulières qui incombent aux techniciens dans l’organisation de la pratique de l'Hygiène Mentale.
Il fut admis qu'il appartenait aux techniciens de décider de availler en équipes et d'organiser les modalités de leur coopération. Il fut également admis qu'il leur appartenait d’inspirer les réalisations des administrations et des pouvoirs publics afin que soient favorisés les intérêts essentiels de l'Hygiène Mentale et de ses applications. |
La Société procéda alors à l'ouverture, à Clermont-Ferrand, dun Instilut d'Hygiène Mentale, qui fut d’abord un Centre de contacts et d'information réciproque eutre les diverses variétés de techniciens, où chaque groupe professionnel eut à cœur d’apporter, avec un intérêt et une régularité jamais démentis, une documentation des plus consciencieuses.
De ces échanges se dégagèrent à l'évidence l'identité des préoc-
() Pierre DoussiNEr, Sous le signe de la Croix Marine. Imprimerie Régionale, Clermont-Ferrand, 1949,
cupations et des besoins, la communauté des points de vue et des aspirations.
A leur faveur, se prépara l’organisalion de la coopération et se réalisa, pour divers secteurs, la constitution d'équipes.
L'Institut d'Hygiène Mentale devint par la suite un Centre de formation professionnelle spécialisée, L'enseignement y fut réparti en cours généraux communs à tous les élèves et en cours spéciaux dispensés dans quatre sections distinctes visant la psychologie
appliquée — la pédagogie spéciale la technique sociale spécialisée — la psychologie criminelle et la criminologie sociale.
L'Institut ayant obtenu la participation de représentants de toutes les Facultés et Ecoles, il fut finalement envisagé de le transformer en Institut d’Université sous le nom d’Institut d'Hygiène Mentale et de Psychologie appliquée. Le projet, approuvé par le Conseil d’'Université de Clermont, est actuellement l’objet d’une demande d'autorisation.
Ces deux premières initiatives de la Société d'Hygiène Mentale du Centre paraissent avoir été, en tous points, capitales. Elles ont amené les esprits à cette optique synthétisante de l'Hygiène Mentale, ce qui a permis, par la suite, l'élaboration d’un plan d'équipement où se concrétise l’unité de la pratique de l’'Hygiène Mentale.
On conçoit dès lors le concours important que la Société a apporté au plan d'équipement de la Région Sanitaire de Clermont- Ferrand en organismes d'Hygiène Mentale.
C’est au travail accompli, dans ie cadre de l’Institut de Clermont-Ferrand, qu'est due la notion clarificatrice de l’uniformité des dispositifs applicables à chaque secteur.
C’est à lui également qu'est due la détermination de la ligne de conduite si simple et si rationnelle qui a été adoptée dans la Région et qui s’exprime par le souci de favoriser dans tous les secteurs l’achèvement du dispositif rationnel, lorsqu'il est incomplet, ou son développement lorsqu'il est insuffisant par rapport aux besoins, ou son perfectionnement technique lorsque la qualité de ses organismes laisse à désirer.
On retrouvera aisément dans chacun des chapitres qui vont suivre j’application et l'adaptation de ces vues générales et de ces directives.
On appréciera également, chemin faisant, que si la mission des Sociétés d'Hygiène Mentale en matière d’assistance n’est pas de se substituer aux pouvoirs publics ou aux administrations compétentes, mais d’amener ceux-ci à procéder, dans les meilleures conditions, aux réalisations qui leur incombent, il reste, néanmoins, pour ces Sociétés, de nombreuses et fécondes initiatives à prendre pour engager le publie à collaborer à la vaste ct difficile tâche de Ja réadaptation sociale des divers bénéficiaires des progrès de l'Hygiène Mentale.
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