L'équivoque du classicisme
Il y a aujourd'hui, au premier plan de la littérature, une question de Renaissance classique.
Elle constitue un fait qui, désormais, appartient à l'histoire. Que le sort la favorise ou non, il faudra que les futurs Brunetière, les Lanson, les Faguet la mentionnent dans leurs études sur notre temps, la citent en témoignage des recherches de la nouvelle génération qui se lève. L'honneur de l'avoir proclamée, ou plutôt de l'avoir amenée au point de généralité, revient, pour une bonne part, à M. Charles Morice qui institua et dirigea dans Paris-Journal une enquête sur cette question ainsi formulée :
« Il semble qu'à cette heure un grand changement est en train de se déterminer dans notre production littéraire et artistique. INous sommes au lendemain du Symbolisme en poésie, de l'Impressionnisme en peinture, du Wagnérisme en musique et voici qu'on annonce un retour de l'esprit française l'idéal classique.
« On sent quelle serait l'importance d'un tel mouvement, quelles conséquences il pourrait entraîner dans tous les domaines de l'activité. Mais est-il réel? En peut-on indiquer les symptômes significatifs? »
Scrutant le secret des consciences, obligeant les esprits à formuler expressément des idées, des désirs, des doutes, des réserves, des inquiétudes qui ne s'avouaient point encore ; formant déjà les rangs des adversaires, l'enquête opportune de Paris-Journal pressait le temps. Elle fondait une réalité que certains n'avaient pas aperçue d'avance. Elle engageait l'action de demain.
Deux enquêtes l'avaient précédée et, sans doute, amenée, mais sans poser la question décisive, et sans avoir, ainsi, son importance. L'une, menée par M. Henri Clouard dans la Phalange, l'autre par un journaliste, M. Amédée Boyer, dans Y Echo de Paris, celle-ci commençant peu après celle-là et renouvelant, mais sans autant de tapage, la fameuse consultation publiée dix-huit années auparavant, à la même place, par M. Jules Huret, sur Y Evolution de la littérature.
M. Henri Clouard concluait et obligeait, en les corrigeant de leurs erreurs, ceux qu'il avait interrogés à